Art et débat s'invitent chez les Fivois
Publié le vendredi 18 décembre 2009 à 06h00
La Contre Allée, maison d'édition lilloise attachée à la thématique « mémoires et société », organise des lectures musicales au domicile des Fivois. Sauf ce samedi, où « la Rencontre en Aparté » se déroule au Théâtre Massenet.
LAURIE MONIEZ > laurie.moniez@nordeclair.fr
Ce soir-là, c'est Brigitte qui invite. Bonbons, cacahuètes et petit coup à boire. On reçoit à la bonne franquette dans cette rue Désaugiers, à Fives. Et on arrose le tout d'une bonne dose de chaleur humaine. Les voisins ne se sont pas déplacés en masse, mais ce n'est pas le nombre qui compte. « L'idée, c'est avant tout de rassembler des gens autour d'une histoire, autour du quartier qu'ils habitent », nous explique Benoît Verhille, le créateur de la maison d'édition La Contre Allée qui propose ces « Rencontres en Aparté ».
Et des histoires à Fives, il y en a. En résidence depuis octobre dans un petit appartement du quartier, l'auteur Lucien Suel a glané ici et là des témoignages de ces Fivois, « des gens simples qui vivent ensemble ».
L'auteur venu des collines de l'Artois est même devenu un Fivois, avec ses « petites habitudes ». De rencontres en rencontres, il a bâti des textes sur la vie du quartier, et notamment la place Degeyter. Chez Brigitte, c'est devant la cheminée que Lucien s'est installé pour mettre en voix ces histoires fivoises. À ses côtés, l'accordéoniste Laure Chailloux salue un par un les voisins venus assister à cette lecture musicale. Il y a Jean-Pierre, retraité SNCF, « embrigadé dans cette association de malfaiteurs ! » se marre-t-il en évoquant son adhésion à Paroles d'Habitants. Il y a aussi Jean-Claude, attaché à son quartier comme un arbre à sa terre. Au encore ce jeune couple ou cette maman venue avec ses deux enfants.
On s'installe dans le canapé. Et, comme au théâtre, le silence se fait pour permettre à Lucien et Laure d'entamer leur lecture musicale. Lucien raconte la vie de Fives Cail Babcock à coups de métaphores, d'ellipses et de poésie. « L'usine est fermée », souffle-t-il.
« Ah, non ! Elle est pas fermée ! » tempête Jean-Claude, qui, le temps d'un instant, a oublié que les artistes sont en représentation, que les textes de Lucien sont romancés, que, même si l'avenir de FCB est un sujet délicat pour lui et ses voisins, le temps des débats est pour après. Cette intervention du voisin de Brigitte prouve que le travail mené par les artistes touche au coeur de la vie des habitants. Il faut la douceur des notes de l'accordéon de Laure pour replonger dans l'ambiance feutrée de la lecture musicale.
Les grands yeux bleus de la jeune accordéoniste balayent le public restreint. Ses doigts galopent sur les touches blanc ivoire de son instrument en bois pendant que le feu crépite dans la cheminée et que Lucien poursuit sa narration. À la manière d'aphorismes, l'auteur de romans raconte : « À la place de la Place, il y avait des maisons », « Il reste du passé qui ne veut pas trépasser », « Il est encore temps de refuser la table rase, de remplir les places vides ».
Fin du spectacle. Applaudissements. Brigitte, Jean-Claude, Jean-Pierre et les autres digèrent ce texte sur la mémoire de Fives et ses habitants. Benoît Verhille, qui souhaitait « aller au-delà du "bonjour voisin" pour échanger sur ce qui touche les habitants comme leur environnement qui bouge » a réussi son pari. Un double pari puisque selon lui, « une fois qu'on a fait passer un artiste dans la cuisine des gens, on a déverrouillé quelque chose ». Si ces Fivois se déplacent samedi soir au Théâtre Massenet, c'est gagné. w


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