Grosse Madeleine sur le feu des casseroles
Publié le samedi 14 novembre 2009 à 06h00
Depuis le 1er juillet, il est interdit de regarder ou de photographier l'oeuvre monumentale « God Hungry ». Mais a-t-on encore le droit de visiter l'église Sainte-Marie-Madeleine ? La Ville soumettra le rachat de l'oeuvre en conseil ce lundi...
YOUENN MARTIN ET JULIA MÉREAU > youenn.martin@nordeclair.fr
On savait, depuis cet été, qu'elle était à vendre (notre édition du 12 juillet). Ce qu'on ne savait pas, par contre, c'est qu'en attendant, il était interdit de la photographier et même d'y jeter un oeil ! Exigence de son créateur, Subdoh Gupta. L'oeuvre en question, c'est God Hungry (Dieu affamé), déferlement impressionnant de casseroles en fer blanc, rappelant le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, entre les voûtes de l'église (désacralisée) Sainte-Marie-Madeleine.
L'artiste indien avait installé son oeuvre pour l'édition 2006, Bombaysers, de lille3000. Elle devait être éphémère. Mais les sept tonnes de vaisselle sont restées dans cette église qu'on surnomme aussi la Grosse Madeleine.
Subdoh Gupta et lille3000 ont formalisé les choses en signant une convention. Sauf que celle-ci est arrivée à échéance le 30 juin dernier. « Depuis, il est interdit de regarder ou de photographier son oeuvre », déplore Jean-Denis Clabaut, secrétaire général de Renaissance du Lille Ancien.
C'est son association qui a levé le lièvre. Tant que God Hungry est là, il est impossible d'entrer dans l'église, à moins de porter des oeillères. Si la Grosse Madeleine a pu être au programme des journées du patrimoine, en septembre dernier, c'est bien parce que l'auteur a consenti d'offrir 48 heures de jouissance de son oeuvre.
« La situation est ubuesque ! » s'emporte Jean-Denis Clabaut, grand défenseur du patrimoine. On n'a pas trouvé, dans le Code de la propriété intellectuelle, de réponse toute faite pour cette équation. Peut-on détruire l'oeuvre ? On sent que l'hypothèse ne chagrinerait pas Renaissance du Lille Ancien. Et c'est à peine si Dominique Plancke, élu au patrimoine, verserait une larme. « Ça monopolise un peu l'espace et ça bloque pas mal de disponibilités », commente-t-il, en avouant partager le point de vue de RLA.
150 000 euros
Pourtant, on ne s'achemine pas vers une destruction ni vers un démontage : lundi soir en conseil municipal, une délibération sera soumise au vote pour que la Ville puisse acheter l'oeuvre. Mise à prix : 150 000 euros. Un mécène participerait à hauteur de 100 000 euros. « L'acquisition de l'oeuvre en soi n'est a priori pas scandaleuse. Ce qu'il y a, c'est qu'il faudra l'approbation des Monuments historiques si elle reste en place, indique Dominique Plancke. C'est un monument classé. Tant qu'elle était installée-là de manière provisoire, ça pouvait aller mais si elle devient pérenne c'est une autre histoire ». Et l'élu de suggérer d'aller retrouver les trois arches dans un autre endroit de la Ville. À cela, on rajoute que oui mais si c'est pour faire comme avec les éléphants de Bombaysers qu'on ne voit jamais...


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