L'Europe, ça vous dit ?
Publié le lundi 18 mai 2009 à 06h00
Pourquoi la campagne pour les Européennes a tant de mal à démarrer ? De quelle Europe veulent les candidats ?... Les étudiants de Licence et de Master de Sciences politiques et l'association « Droits pour Tous » organisent un débat aujourd'hui à Lille 2 pour comprendre les enjeux de ces élections. Tour d'horizon des points de vue.
PROPOS RECUEILLIS PAR ERWAN GUÉHO > erwan.gueho@nordeclair.fr
Comment expliquez-vous le peu d'intérêt porté par nos concitoyens aux élections européennes ?
Philip Cordery >> L'Europe est une construction complexe. Et il y a un désamour qui s'est amplifié depuis plusieurs années en raison des politiques libérales qui y sont menées. Du coup, l'Europe apparaît presque comme un problème plus que comme quelque chose de bénéfique. Or, il est possible de proposer un autre projet pour l'Europe. Cette campagne peut permettre de se réapproprier le projet européen.
Olivier Henno >> On sent que l'intérêt est grandissant au fil des semaines et que la campagne commence à porter ses fruits. Mais il ne faut pas nier qu'il existe un problème. Les responsables de l'époque n'ont pas su gérer l'élargissement à 27. Du coup, le projet européen a perdu en densité. Notre projet est de renouer avec les pères fondateurs.
Michelle Demessine >> Les articles fleurissent sur l'abstention « attendue ». En fait l'abstention « attendue » est très fortement souhaitée. La droite craint l'expression de la contestation des politiques libérales en France et en Europe. Elle craint la traduction politique du mouvement social très fort dans notre pays. Elle cherche une abstention populaire massive.
Le Parti socialiste, quant à lui, se sait en difficulté en menant une campagne anti-Sarkozy en ayant adopté avec lui le traité de Lisbonne, copie conforme de la constitution rejetée par les français. Pourtant, 70% des Français avaient participé au référendum du 29 mai 2005 et c'est la preuve qu'ils s'intéressent aux enjeux dès lors que l'on mène le débat.
C'est ce que fait le Front de Gauche depuis des mois... Jean-Paul Gauzès >> La construction européenne est compliquée à expliquer. Et l'effort pédagogique est sans doute aussi insuffisant.
Ali Rahni >> Ce n'est pas un désamour de l'Europe. C'est plus large que cela c'est un désamour du politique. Le politique s'est éloigné du citoyen. Il faut redescendre au plus près des citoyens.
Dans quel domaine l'Europe est-elle particulièrement importante dans notre quotidien ?
Philip Cordery : On parle beaucoup d'emplois dans le Nord-Pas-de-Calais, en Picardie et en Normandie parce que ce sont des régions très touchées par la crise. C'est un sujet concret sur lequel on peut agir au niveau européen.
Olivier Henno >> Tout le monde est d'accord pour dire que face à la Chine, à l'Inde.. on ne peut pas s'en sortir tout seuls. Au contraire, on a besoin d'Europe. L'acquis en matière d'éducation, en matière monétaire avec l'euro ou de libre circulation avec la fin des frontières, ici, dans la région, on sait à quel point c'est important. Mais il faut aussi maintenant concevoir une politique économique et sociale à la hauteur du projet européen.
Michelle Demessine >> L'Europe est importante dans tous les domaines de la vie quotidienne. En réalité, 75% des lois françaises sont, en fait, des « transpositions » en droit français de lois, de directives, de l'Union européenne. Or l'Europe casse notre protection sociale.
Jean-Paul Gauzès >> Sur les produits chimiques, le Parlement européen a joué un rôle considérable pour mieux encadrer les produits existants et en trouver de nouveaux moins nocifs pour la santé. On peut aussi parler du téléphone. Les opérateurs ont été obligés de baisser leurs prix à l'international grâce à une intervention du Parlement européen.
Ali Rahni >>La région Nord-Pas-de-Calais est l'une des régions françaises qui a le plus bénéficié des fonds européens. La remise en état du canal de Roubaix se fait aussi en partie grâce à des fonds européens. Ça, c'est du concret !
Si vous étiez élu député européen, quelle serait la première mesure à prendre ?
Philip Cordery >> Il faut une législation qui oblige chaque Etat à mettre en place un salaire minimum.
Michelle Demessinne : >> Remettre en cause la « libéralisation des services publics » Olivier Henno >> Travailler à l'harmonisation fiscale. On ne peut pas avoir une monnaie commune sans avoir une harmonisation fiscale.
Jean-Paul Gauzès >> Il faut mettre une législation en place qui permette de mieux réguler les marchés financiers.
Ali Rahni >>Tout faire pour rapprocher l'Europe des citoyens et les citoyens de l'Europe. Pour avoir plus d'informations sur « Droits pour Tous » : http://droitspourtous.bling.fr/





