Après un mariage forcé, la deuxième vie d'Halima commence
Publié le samedi 11 avril 2009 à 06h00
Son titre de séjour a été une délivrance. Halima, une Algérienne qui a fui un mariage forcé,a tenu à témoigner.
Pas pour qu'on s'apitoie sur elle, pas pour qu'on imagine que son sort est celui de toutes les Algériennes. Mais pour remercier ceux qui l'ont soutenue.
YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
Sur son T-shirt très fashion est écrit « Liberty ». « C'est le bonheur », dit-elle souvent. Ses yeux pétillent.
Elle sourit. Elle sourit tellement qu'on a du mal à croire qu'elle a vraiment vécu ce qu'elle raconte. Halima a 25 ans et naît pour la deuxième fois.
« Je n'avais plus d'espoir, j'étais morte », confiera-t-elle lors de l'entretien.
Halima est Algérienne. Elle a neuf frères et soeurs et une vie familiale compliquée. Mais elle trouve son équilibre grâce au karaté. Même si faire un sport de combat, « c'était mal vu dans la famille ». Sa vie bascule en 2004. Elle a 20 ans, on veut la marier. Le fiancé a 50 ans, il est riche.
Ça n'est pas le sort réservé à toutes les jeunes femmes en Algérie, mais ça arrive encore. « J'ai refusé, j'ai été victime de violences. »
Piège
En 2005, l'histoire tourne au cauchemar. « Le monsieur m'a appelé un jour, il m'a dit "viens, on va en discuter". Je suis partie avec lui, dans sa voiture. Ça s'est mal passé. » Le piège se referme... Elle se réveille à l'hôpital le corps couvert d'hématomes, des os brisés, le cuir chevelu ouvert sur presque toute la longueur, un bout de mémoire en moins. « J'ai été hospitalisée presqu'un an. » À partir de là, elle n'a plus qu'une idée en tête. Fuir. Son entraîneur de karaté va l'aider. « Il m'a fait un visa pour venir en France. » Un visa pour participer à une compétition. Même si, à cause des séquelles, Halima a abandonné le sport. L'équipe repart, mais pas elle. Elle s'installe chez sa cousine, à Lille, et dépose une demande de titre de séjour. Durant neuf mois, tant que la préfecture n'a pas rendu sa décision, elle est en règle. Puis sa demande est refusée et Halima devient une « sans-papiers ».
On est fin 2007. Quelques mois plus tard, elle va devenir une ombre, un fantôme. « J'ai été arrêtée deux fois. La première fois, j'ai passé 48 heures en garde à vue et une semaine en centre de rétention. Le tribunal m'a relâchée et m'a assignée à résidence. » La deuxième fois, Halima évite la case centre de rétention. Mais la peur d'être expulsée devient si forte qu'elle décide de rester cloîtrée chez sa cousine. « Je ne suis plus sortie pendant neuf mois. Je n'osais pas regarder par la fenêtre, je baissais le son de la télé. Je n'arrivais pas à sortir pour acheter du pain. »
Dernière chance
Entre les deux arrestations, sa cousine est allée frapper à la porte de la Saffia, une association de Fives (lire encadré). Ce n'est pas la première association qu'elle contacte. Mais - comment dire ? - toutes ne pratiquent pas la même politique. « On a essayé de trouver une stratégie, explique Hadda Zouareg, la présidente. Le problème, c'était de réunir les preuves. » Par deux fois, la Codrese* réclame d'ailleurs des pièces complémentaires.
En novembre dernier, cette commission de la dernière chance des étrangers en situation irrégulière convoque Halima avant de rendre un avis définitif. La jeune femme doit se faire violence pour s'y rendre : « Si les femmes de la Saffia n'avaient pas été là... » Pourtant, l'entretien se passe bien. Très bien même : la préfecture lui délivre un titre de séjour d'un an pour vie privée et familiale.
Un précieux sésame qui lui donne droit de travailler. Avec l'aide de l'association, Halima devient d'ailleurs aide à domicile pour les personnes âgées.
« C'est le bonheur », répète-t-elle. Son français n'est pas parfait, mais la jeune femme n'est pas peu fière d'annoncer qu'elle a réussi les quatre tests exigés par le ministère de l'Immigration. « Mon pays, c'est la France. Ma famille, c'est ici, c'est l'association », glisse-t-elle en regardant Hadda Zouareg et Halima Ayachi, une bénévole. Indiscret, on finit par apprendre qu'elle s'est installée avec son petit ami à Lille. « Maintenant, j'ai une vie normale, comme tout le monde. Une vie meilleure. Je suis heureuse. » On avait failli l'oublier ! Codrese : commission départementale de réexamen de la situation administrative des étrangers.
La Saffia oeuvre dans la discrétion Saffia, ça veut dire Solidarité aux femmes et familles d'ici et d'ailleurs. Blottie rue de Châteaudun à Fives, ouverte jusqu'à 21 h, elle fonctionne avec quatre salariés - pas tous à temps plein -, deux vacataires et beaucoup de bénévolat. « L'objectif, affirme Hadda Zouareg, c'est l'autonomie. » Grâce à un système de parrainage, l'association accompagne des femmes, mais aussi des hommes, de toutes nationalités.Partant du principe que « sans statut, on n'existe pas », la Saffia va « au fond des situations » et préfère travailler ses dossiers que de faire de l'agitation médiatique. En 2007, l'association a ainsi aidé 1 200 personnes dans leurs démarches administratives. Grâce à des groupes de paroles, toutes peuvent partager leurs expériences et, quand les choses s'arrangent, elles peuvent parrainer quelqu'un à leur tour. « On est vraiment à côté des personnes, insiste Hadda Zouareg, on n'est pas là pour faire à leur place. » Subventionnée par la Ville, les conseils général et régional et l'État, la Saffia doit faire face aux restrictions budgétaires de ses partenaires. « Il ne faudrait pas qu'on mette la clé sous la porte », plaide la présidente. Y.M.


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