Rideaux imposés au Restau Soleil ?
Publié le lundi 22 décembre 2008 à 06h00
Ce matin, le Restau Soleil, rue Henri Kolb, pourrait bien se voir notifier une nouvelle fermeture administrative. Soit la troisième en deux ans. Le patron dénonce une discrimination à son encontre. Un collectif d'usagers prend sa défense. La ville dément.
JULIA MÉREAU > julia.mereau@nordeclair.fr
Les Visiteurs, rue Jean-Jacques Rousseau, dans les années 90, c'était lui. L'affaire a fini en liquidation judiciaire. La Grange, rue de Wazemmes, c'était lui aussi. Liquidée, elle aussi. Et aujourd'hui, le Restau Soleil, rue Henri Kolb. Le lieu a déjà subi deux fermetures administratives depuis 2006, et une troisième pourrait tomber ce matin. Là, sur les papiers, ce n'est pas Lahcen Guerroua, le patron. Mais sa compagne.
« Quand on a ouvert, on s'était dit que ce serait mieux comme ça. Ils arrêteraient de nous faire ch... », soupire l'homme fatigué.
Lahcen Guerroua, 62 ans, pense qu'on lui en veut parce qu'il est d'origine algérienne et militant.
Ouvert en 2001, le Restau Soleil a d'abord été qu'une simple pizzeria et débit de boissons, avec une salle à l'arrière pour « réserve ». Les difficultés ont commencé lorsque la « réserve » a commencé à accueillir du monde. « Mais on avait les travaux nécessaires ! », insiste Lahcen Guerroua.
Sauf qu'en 2006, lorsque tombe la première fermeture administrative, la ville n'est pas de cet avis. En 2007, rebelote. Des voisins se plaignent jusqu'à ce soir, où cette riveraine se saisit d'un marteau pour casser la vitrine du bar-restaurant. Trois mois tombent. Rideau.
Les autorités réclament une étude d'impact sonore et la pose d'un outil capable de limiter le son à 105DB, sinon rien. Le couple propriétaire assure alors s'être démené pour fournir les documents envers et contre une ville chicanière à leur égard. Jeudi dernier, au tribunal administratif, le commissaire du gouvernement a rejeté ces arguments, au motif desquels le Restau Soleil faisait appel. Le jugement sera rendu dans les semaines à venir.
Mais en attendant, c'est une troisième fermeture administrative qui pourrait bien tomber ce matin, suite à un contrôle effectué en septembre dernier. Sauf qu'en septembre, le bar-restaurant avait bien son autorisation d'ouverture tardive, remise entre temps par la mairie, et un limiteur sonore dans sa salle.
Alors quoi ? « Ce soir-là, raconte Lahcen, la police municipale a débarqué. Elle a réclamé le papier d'autorisation tardive mais elle est repartie, le temps que ma compagne remette la main dessus. Et la police nationale est arrivée, c'est elle qui a dressé le PV, sans même vérifier le tapage nocturne. Ils n'avaient pas d'appareils pour mesurer ! ». De ce fait, le patron est convaincu qu'on lui en veut. « C'est de la discrimination : nous sommes la salle la plus sanctionnée et pourtant la plus isolée ! » s'insurge-t-il.
« Il y a à Lille une jet-set des cafés. Dès lors, tout le monde est exclu, sauf leurs amis ».
« Le truc, c'est qu'ici, tout le monde peut rentrer. Il n'y a pas de portier. Les associations militantes se retrouvent ici parce que c'est gratuit. C'est certainement ça qui ne doit pas leur plaire », argumente ce client. Entre autres, il cite des soirées de soutien pour le Rwanda, des concerts de musique reggae, des prises de paroles alternatives et anticapitalistes...
Le couple propriétaire a pris un avocat, Me Olivier Maricourt, pour défendre ses intérêts. « Si nouvelle fermeture il y a, je ferai un recours en urgence. Le préfet s'appuie sur des PV qui n'apparaissent pas au dossier, et combien même il y en aurait le Restau Soleil peut apporter les preuves contraires : son limiteur sonore est bridé à 105 DB ». L'avocat pourrait aussi saisir la Halde pour discrimination, au regard des autres autorisations délivrées à Lille. Côté ville, le ton monte vite quand on évoque le Restau Soleil. « Pendant la dernière fermeture administrative, j'ai moi-même appuyé en commission pour que le Restau Soleil recouvre ses droits d'ouverture tardive, en fonction des mises aux normes ! Maintenant s'il persiste à ne pas respecter la réglementation, ce n'est pas de mon fait. Il y a une loi qui s'applique à tous ». L'élu en charge de la vie nocturne, Roger Vicot, met en doute la conformité de l'arrière-salle. « Cette salle est déclarée en débarras, en aucun cas elle n'est adaptée pour accueillir un concert ! L'autorisation a été délivrée pour un bar-restaurant, en aucun cas pour une salle de concert ».
Ce qui a le don de faire bondir Lahcen Guerroua, qui cite un tas d'autres cafés-restaurants qui à Lille organisent des concerts dans des conditions pires que les siennes. « M. Vicot n'a qu'à venir me voir et m'expliquer ! ». À bon entendeur : justement ce soir, le collectif des amis du Restau Soleil invite à une réunion. 18h30, rue Henri Kolb.





