Ils veulent un Noël sans publicités
Publié le dimanche 21 décembre 2008 à 06h00
Ils cherchent à faire ouvrir les yeux sur les méfaits de la pub, en barbouillant, chaque mois, un panneau en plein jour. Mais malgré la crise, qui remet le capitalisme et ses dérives en question, les anti-pub peinent à se faire entendre.
« Vive les ventes, vive les ventes, vive les ventes d'armes. De bagnoles, de portables, de bois exotique, chic ! » Pour son action du mois, le collectif anti-pub des déboulonneurs de Lille était de saison, samedi matin : pendant qu'une trentaine de camarades activistes la soutenaient par des chansons très à propos, Laëtitia, déguisée en mère Noël, « barbouillait » les deux côtés du panneau publicitaire situé à la jonction des rues Solferino et Ernest Deconynck.
Objectif de la joyeuse dégradation, qualifiée « d'acte de désobéissance civile » ? Protester contre l'envahissement des écrans publicitaires et susciter des réactions. Pari gagné lorsqu'un homme sort de sa voiture et bloque la circulation pour exprimer sa colère. « Je suis contre vos dégradations, c'est négatif. Vous vous faites plaisir, avec vos idées préformées. Si vous voulez vous battre contre quelque chose, battez vous contre la misère ! » Les anti-pub sont ravis d'engager le débatµ. « C'est un combat compliqué », avoue Marlène, 35 ans, professeur des écoles. « Si on barbouille une pub Renault, je comprends qu'un ouvrier licencié de Renault ait mal au ventre en nous voyant. »
« La stratégie de l'autruche »
En cette période de crise économique, le débat sur la pub dans l'espace public n'est pas anodin : les anti-pub s'opposent aux dérives du capitalisme. « S'il n'y avait pas de loi, il y aurait un panneau tous les cinq mètres, comme en Europe de l'Est aujourd'hui », argumente Séb,30 ans, comptable, qui dénonce ces supports énergivores « Maintenant, en plus des panneaux déroulants et lumineux, ils mettent des télés digitales. Autant de désastres économiques et écologiques. » Ce que réclame le chef de file du collectif, Alessandro, 31 ans, c'est aussi que les collectivités locales fassent appliquer la loi. « Il y a des règlementations assez strictes autour de l'affichage. Dans 30% des cas, elles ne sont pas respectées. » C'est l'association Paysages de France qui attaque en justice pour tenter de les faire appliquer. Le collectif, lui, cherche à provoquer : le procès et le débat. Mais pour l'instant, hormis une action de JC Decaux, qui réclame 370 euros, rien. « Les pouvoirs refusent l'affrontement, juge Seb. C'est la stratégie de l'autruche. »
P.Y.





