Sports de Lens

Cyrille Guimard livre enfin ses secrets

Publié le 17/06/2012 à 00h00

À l'occasion de la sortie de son livre « Dans les secrets du Tour de France », Cyrille Guimard revient sur son époque bénie, celle des titres mais surtout des rencontres avec des légendes de la Grande Boucle.

Cyrille Guimard livre enfin ses secrets
À l'occasion de la sortie de son livre « Dans les secrets du Tour de France », Cyrille Guimard revient sur son époque bénie, celle des titres mais surtout des rencontres avec des légendes de la Grande Boucle.


FRANCK SEGUIN > franck.seguin@nordeclair.fr

Cyrille, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de prendre la plume pour raconter vos souvenirs du Tour de France ?


>> J'ai eu depuis 15 ans des tas de demandes. J'ai été sollicité surtout depuis que je n'étais plus directeur sportif chez Cofidis. Mais je n'étais pas prêt, il me fallait plus de recul. Quand on est au coeur du cyclisme, on n'a pas toujours la liberté illimitée dans les paroles. Si c'était pour dire "on est tous beaux" en faisant attention à ne blesser aucune susceptibilité, il valait mieux s'abstenir. Un livre doit apporter quelque chose et pas forcément ce qu'il y a dans la presse.

« Je n'ai pas tout mis »
Votre livr
e, « Dans les secrets du Tour de France »,
retrace un tas d'anecdotes, mesuriez-vous combien elles étaient attendues ? >> Compte tenu des propositions des journalistes, des maisons d'édition ou encore des supporters, je mesurais l'attente. Ils me disaient : "Pourquoi tu as des choses à dire et tu ne dis rien". Le bouquin doit faire 340 pages, mais il aurait fallu trois tomes pour tout raconter. À un moment, il faut sortir les ciseaux et couper. À la sortie, il y a même une forme de frustration car je n'ai pas tout mis.
Mais c'est un exercice intéressant.

Vous avez dirigé les plus grands comme Hinault ou Fignon, vous avez côtoyé de grands champions comme Merckx. Quelles sont les choses que vous avez évité de dire ?
>> On peut dire des choses mais si les polémiques n'apportent rien, je ne vois pas l'intérêt. Et puis, il n'y a que 340 pages ! il faut faire des choix. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas un second livre. Dans deux ans, si j'ai encore toutes mes facultés, on pourra peut-être aller plus loin. Il faut en avoir envie. Il y a un an, je n'en avais pas encore le désir.

Vos plus grandes victoires, vous les avez connues dans la voiture du directeur sportif. Un sentiment différent de celui de coureur ?
>> C'est différent, les émotions ne sont pas pareilles. Quand tu gagnes une course, c'est un moment qui n'appartient qu'à toi. Tu es dans un autre monde. Il y a des années d'entraînement pour arriver à ce résultat. Ma carrière cycliste s'est arrêtée beaucoup trop tôt. En tant que directeur sportif, l'émotion est différente, sauf celle qui casse comme les 8 secondes de Fignon sur les Champs-Élysées. Là, en tant que directeur, tout est bâti, on sait qui peut gagner et comment. Mais il n'y a pas l'émotion flash. L'important est d'essayer que les coureurs aient l'envie de gagner, de transmettre son savoir, sa technique. Les émotions sont différentes. J'ai la satisfaction d'avoir réussi ma carrière amateur, ma carrière sur route, elle, s'est arrêtée à 25 ans et ça reste un regret car j'étais en position de gagner le Tour et on a mis trois ans pour savoir ce que j'avais.

Dans votre livre, le début de votre carrière de directeur sportif, à 28 ans, vous l'évoquez dans le chapitre « Le genou de Cléopâtre », c'est un clin d'oeil ?
>> Ma carrière s'est arrêtée à cause d'un souci au genou. En 1969, j'ai eu un accident, et si on avait porté plus d'attention à ma blessure, j'aurais eu une meilleure carrière de coureur. À 28 ans, c'était jeune pour devenir directeur sportif.
Aujourd'hui, pour diriger comme ça, il faut avoir un minimum de diplômes et dans n'importe quelle discipline. Il faut des connaissances pour ressentir les choses. J'en parle à un moment, le plus difficile aurait été la prise en main d'un groupe. J'ai fait beaucoup de choses à l'instinct. Coureur, très tôt, j'étais déjà capitaine de route. J'avais une certaine capacité d'analyse.

Vous revenez aussi sur Laurent Fignon, c'était bien plus qu'une simple complicité entre un coureur et son directeur sportif...
>> J'évoque le parcours de Laurent Fignon. Sa carrière aussi a pris un sérieux coup quand il a eu sa rupture de tendon d'Achille en 1985, c'est l'année aussi où Renault arrêtait. L'équipe s'est retrouvée à la rue mais on a été à deux, au charbon, pour la sauver. C'était une phase difficile mais très forte sur la complicité, le stress. On a eu trois-quatre mois où on a fait des choses qu'on ne peut pas oublier, qui créent des liens indestructibles. Et puis, ensuite, il y a eu les 8 secondes des Champs-Élysées.

« Je ne suis pas là
pour me justifier »

Merckx, Hinault, Anquetil, Poulidor, Fignon, qu'évoquent pour vous ces personnages ?
>> Ce sont tous des personnages hors normes, qui ont l'immense chance d'avoir des dons naturels au départ. Ils ont un capital génétique au-dessus de la moyenne, ensuite, il y a le travail, la personnalité. On se rend compte, qu'il y a les individus, leurs palmarès, leurs qualités humaines, et leur charisme. Ils sont tous au-dessus de la mêlée. Ils ont tous quelque chose à part, de particulier. Ils ont tous une émotion particulière à travers le public.

Vous êtes connu pour votre « grande gueule », croyez-vous que le regard des autres sur vous aurait été différent si vous étiez plus dans la langue de bois, comme c'est courant dans votre milieu ?
>> J'en suis sûr, mais on est comme on est. Si j'avais été plus politiquement correct, aurais-je été plus heureux ? Non. Aujourd'hui, je suis sur RMC comme consultant, ça me va bien, j'ai une liberté de parole. On peut dire ce qu'on pense si on respecte les gens.

Dans votre livre, vous prenez souvent à témoin vos lecteurs, en détaillant des faits, est-ce une manière pour vous justifier ?
>> Je ne suis pas là pour me justifier. Mais je dis juste que les faits peuvent se commenter mais ne se discutent pas. Je dis juste qu'il y a une réalité des faits. J'ai besoin d'une "canne" pour expliquer mon point de vue, et la "canne", ce sont les faits. Après, il y a la façon dont je ressens les événements, mais on est obligé de prendre une base de départ qui n'est pas discutable. Il y a quelque chose de réel et derrière, j'ai ma sensibilité. Mon explication part d'une réalité. Je rentre toujours dans la réalité des choses.

Vous avez connu en tout, coureur-directeur sportif et consultant compris, une quarantaine d'éditions du Tour de France, avez-vous toujours autant de plaisir ?
>> J'essaye d'être pragmatique. Je ne veux pas tomber dans ce que j'ai critiqué dans ma jeunesse quand les vieux disaient « c'était mieux à mon époque ». Je ne veux pas dire ça. Par contre, je peux dire que je ne suis pas d'accord, comme au sujet des oreillettes. Je ne sais pas si on peut rouler comme avant aujourd'hui. Je ne veux pas y penser. Il faut rester objectif. Que dira Thomas Voeckler dans trente ans ? Ne soyons pas plus royalistes que le roi !w « Dans les secrets du Tour de France », éditions Grasset, Prix : 19 E Cyrille Guimard sera en dédicace au Furet du Nord de Lille mardi de 17 h à 18h30.

Nord Éclair