Accident du travail mortel à Bully-les-Mines : « l'habitude » tue un employé en menuiserie
Publié le samedi 28 novembre 2009 à 06h00
Trois jours que l'homme travaillait pour V. D. et J. B., co-gérants d'une entreprise de menuiserie installée depuis quelques mois dans la zone du Minopole de Bully-les-Mines.
Le 30 janvier 2008, alors qu'il aidait ses collègues à décharger une livraison de plaques de bois, le transpalette et les 500 kg de marchandises qu'il contenait, basculent sur lui. Il meurt écrasé contre le camion (nos éditions des 31 janvier et 5 février 2008). Le père de famille de 33 ans ne portait ni casque ni chaussures de sécurité, n'avait pas suivi de formation sur la sécurité au travail. « Il n'avait pas d'équipement ni de formation parce qu'il était là depuis trois jours et sa fonction n'en nécessitait pas », explique V. D., qui précise que des casques et chaussures étaient cependant à la disposition des employés dans les ateliers.
La victime avait été embauchée comme responsable d'un atelier de menuiserie, qu'elle était chargée de mettre en place. « On connaissait ses compétences, c'était la personne idéale pour développer l'entreprise », poursuit-il. Les trois hommes étaient « amis, ils appartenaient au même monde », précise leur avocat, Me Brunet. Ils avaient travaillé pendant trois ans dans une même entreprise avant d'en être licenciés. En 2006, V. D. et J. B. investissent leurs indemnités de départ dans une société et embauchent leur ancien collègue quand il se retrouve à son tour au chômage. « En 2008, il y avait neuf salariés, c'était une entreprise familiale où lorsqu'une livraison arrive, tous les employés donnent un coup de main », décrit encore l'avocat. « Il a pris l'initiative, il avait l'expérience, il avait l'habitude », répète J. B. au président du tribunal correctionnel de Béthune et au procureur où l'affaire était jugée jeudi. Considérer que l'habitude est au-dessus d'une législation vue comme une contrainte, c'est ce que leur reproche le procureur. « Vous étiez là, vous auriez dû imposer à vos employés de porter leur équipement de sécurité », lance-t-il, fustigeant « une succession de manquements, y compris de la victime », un enchaînement de mauvais réflexes : alors que la marchandise a commencé à être déchargée, les hommes se rendent compte qu'ils n'ont pas pris de lanières. Deux partent en chercher, laissant la victime et le chauffeur du camion maintenir en équilibre les plaques de bois. Après s'être enquis que son partenaire pouvait rester seul quelques instants, le chauffeur s'en va ramasser l'emballage pour se préparer à repartir. C'est alors qu'il entend un cri derrière lui. Une rafale de vent aurait déséquilibré l'ensemble.
Le procureur a requis une peine d'amende de l'ordre de 5 000 E pour les deux dirigeants. Le délibéré sera rendu le 10 décembre.
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CÉCILE RUBICHON
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