PROPOS RECUEILLIS PAR SIMON CAENEN> simon.caenen@nordeclair.fr
L'agriculteur aujourd'hui est-il différent de celui d'hier ?
>> La première chose qu'il fait le matin c'est d'aller voir la météo sur internet. Moi, je prenais un café et j'allais traire mes vaches manuellement.
C'est une façon de dire que les évolutions technologiques ont été nombreuses. Pouvez-vous nous donner des exemples marquants ?
>> Les tracteurs. Au début on avait quatre roues et un siège en bois. Il n'y avait pas de cabine ! On portait une canadienne pour ne pas avoir froid. Le dernier tracteur que j'ai eu, j'aurais pu dormir dedans en tee-shirt tant le siège était confortable...
Le gain de temps était aussi précieux...
>> Oui. Il y a aussi eu la moissonneuse batteuse qui a été grand changement dans les années 70 ou l'épandeur à fumier qui a remplacé la fourche.
Comment êtes-vous devenu agriculteur ?
>> J'ai étudié à l'école agricole. J'ai ensuite repris l'exploitation de mes parents : la ferme du Cerisier. Vingt-cinq vaches laitières, du blé, des pommes de terre, de la betterave... on s'est mis au maïs dans les années 70.
Où est-elle située ?
>> Au 200 rue Gabriel-Péri (c'est aujourd'hui une maison, ndlr). Au début, elle était située au numéro 46...
Que voulez-vous dire par là ?
>> Qu'entre-temps, il y a eu des constructions, de nouvelles habitations. J'ai été grignoté toute ma vie. J'avais au début 42 hectares au départ. À l'arrivée, j'en ai gardé 26 qui sont aujourd'hui à mon neveu.
Le grignotage des terres agricoles est un sujet dont on parle beaucoup. Y a-t-il une solution ?
>> On dit qu'on fait attention à moins grignoter les terres. Mais il est évident que si vous voulez faire des maisons, on prend sur les terres agricoles. Les agriculteurs ne peuvent pas faire grand-chose...
Y avait-il déjà de la vente directe ?
>> On vendait du lait, des pommes de terre, des graines pour ceux qui avaient des poules... C'était au début la plus grosse partie des ventes. Après il y a eu Danone.
Quel regard portez-vous sur l'agriculture d'aujourd'hui ?
>> Avant c'était « chacun son champ, chacun son outil ». C'est fini. Les agriculteurs s'associent et c'est bien.
À votre avis, comment va évoluer l'agriculture ?
>> Qu'on le veuille ou non, on va finir par n'avoir que de gros agriculteurs. Les petits exploitants ne pourront plus réussir à rentabiliser leur lait. Un tracteur c'est minimum 80 000 E, si vous avez dix hectares, vous ne pouvez pas investir.
Avez-vous aimé votre métier ?
>> Oui, pour l'amour de la terre. Je passe d'ailleurs encore beaucoup de temps dans mon potager.
Vous en profitez pour prendre des vacances ?
>> Quand j'étais agriculteur je travaillais tous les jours de l'année de 6h30 à 17h30. J'ai pris mes premières vacances une fois en retraite. Et quand on y goûte, on a envie de repartir une deuxième fois !