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Un fleuron du textile aux enchères

Florencio Toro, investisseur espagnol, et Suresh Bandal, chef d'entreprise en Inde, participent régulièrement à des ventes en Europe. Les archives du tissage sont également mises aux enchères. Florencio Toro, investisseur espagnol, et Suresh Bandal, chef d'entreprise en Inde, participent régulièrement à des ventes en Europe. Les archives du tissage sont également mises aux enchères.

Trois mois après la liquidation judiciaire et le départ des salariés de Textiles de France, anciennement Gratry-Lorthiois, tout le matériel de l'usine est vendu aux enchères aujourd'hui. Tunisiens, Pakistanais, Indiens sont sur les rangs.



ANGÉLIQUE DA SILVA-DUBUIS > angelique.dasilva@nordeclair.fr
Froid glacial dans les travées de cette immense usine. Orpheline. Un des derniers vestiges d'une industrie autrefois florissante.
Des générations d'ouvriers se sont succédé derrière ces métiers à tisser depuis 1870. Du coutil à matelas, longtemps spécialité de la maison, l'entreprise était devenue une référence dans les tissus d'ameublement de luxe et plus récemment dans les applications techniques (des textiles luminescents à la conception d'abris d'urgence pour le Darfour). Plus de 60 % de l'activité était destinée à l'export, en majorité vers les États-Unis. Antoine et Damien Willefert avaient repris l'entreprise Gratry-Lorthiois début 2009 en préservant 34 des 69 salariés... Ils étaient un millier à la belle époque. Une aventure en forme de collier de perles et d'épines sur fond de crise économique mondiale. Le 3 novembre dernier, le tribunal de commerce prononçait la liquidation express de l'entreprise. Une semaine aux salariés pour honorer les dernières commandes et débarrasser le plancher.


Depuis, le cabinet de Maître Depreux, mandataire judiciaire à Croix, est chargé de liquider le patrimoine de l'entreprise pour rembourser les créanciers et payer les salaires du personnel. Mercier et Cie, commissaires priseurs et associés, procédera à la vente aux enchères du matériel de l'entreprise ce mercredi après-midi au sein de l'usine. Une cinquantaine de métiers à tisser, des ourdissoirs, des bobinoirs, 40 tonnes de fil ou encore 16 000 mètres de tissu figurent à l'inventaire de cette vente aux enchères. Estimation de départ : entre 300 000 et 350 000 euros. Publiée à l'international, cette vente aux enchères publiques attire des investisseurs européens mais aussi beaucoup d'étrangers en quête de bonnes affaires...

En Inde dans 24 jours
Tunisiens, Égyptiens, Pakistanais, Indiens sont sur les rangs. À l'image de Suresh Bansal, un jeune chef d'entreprise originaire de Panipat, en Inde. Il explique en anglais vouloir faire l'acquisition de quelques métiers à tisser pour son entreprise qui emploie une trentaine de salariés ou pour les revendre sur le marché indien. C'est un habitué des ventes aux enchères. Un cercle très fermé et cosmopolite. Suresh Bansal fait d'ailleurs son marché avec Florencio Toro, un entrepreneur espagnol qui connaît toutes les dynasties du textile de la région pour avoir démonté des dizaines de machines à destination de l'Inde, du Pakistan ou de l'Égypte. « En France et en Europe, le textile c'est fini. En Inde, vous faites travailler 20 personnes pour le salaire d'un Européen.... Comment voulez-vous rivaliser ? C'est impossible », s'exclame Florencio Toro qui a fait le voyage de Barcelone.
Et d'ajouter : « En 24 jours, on vous démonte ce métier à tisser et on le remet en route en Inde. » Sans état d'âme ? « Forcément, cela me fait quelque chose. Je me dis que les ouvriers ont dû travailler dur ici et qu'ils se retrouvent peut-être sans rien aujourd'hui », exprime le client indien. Plus loin, un chef d'entreprise tunisien fait du repérage : « J'ai vu cette vente sur Internet. J'aimerais acheter un métier à tisser mais tout dépendra des prix... » Samir Sebaï, gérant de la société Tunitex, basée à Tourcoing, est lui en quête de matières premières pour la Tunisie « exclusivement pour le marché local.
 » Au milieu de ce capharnaüm, un autre morceau de l'histoire de l'usine s'offre en crève-coeur aux visiteurs : des catalogues de tissus et de magnifiques dessins à la gouache remontant pour certains au XVIIIe. Des ouvrages d'art. Un trésor inestimable aux yeux des historiens... Insignifiant ou presque pour tout ce petit monde qui prospère à sa manière sur cet immense gâchis.w


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