Ogier, diplomate méconnu
Publié le lundi 06 février 2012 à 06h00
Dominique Arrighi, qui a traduit du latin les lettres turques d'Ogier de Busbecq, a présenté la richesse de ces 40 lettres.
Dominique Arrighi, professeur à Louis Le Grand à Paris, était à Bousbecque dans le cadre de la journée d'histoire organisée par l'association Patrimoine et histoire. Elle a soutenu une thèse sur les lettres turques du diplomate Ogier de Busbecq (1522-1592) qui vient d'être publiée.
PROPOS RECUILLIS PAR FLORENT STEINLING > florent.steinling@nordeclair.fr
Pourquoi avoir choisi de traduire les lettres turques d'Ogier de Busbecq ?
>> Quand on est latiniste comme moi, on veut traduire. Et tous les écrits de l'antiquité ont déjà été traduits. Alors, on travaille sur les textes néo-latins du XVIe siècle. Et Ogier de Busbecq n'a pas été traduit depuis le 18e siècle et c'était toujours de manière imprécise. Il n'y avait pas une traduction de bonne en France.
Parce qu'il a été traduit dans d'autres pays ?
>> Oui, c'est un personnage beaucoup plus connu à l'étranger. Il a encore été traduit aux États-Unis en 2005, mais il l'est aussi en Grande-Bretagne, en Allemagne... Il reste très présent comme base de travail dans les pays anglo-saxons où il a été traduit de manière régulière. Mais il faut dire qu'il travaillait pour les ennemis de la France. Ce n'était pas un homme des Valois mais des Habsbourg.
Pourquoi s'être penchée plus précisément sur ses lettres turques ?
>> On oublie souvent aujourd'hui que l'Empire ottoman était la première puissance à l'époque. Une puissance qui effrayait l'Europe. Il y avait donc beaucoup d'ouvrages écrits dessus, mais Ogier avait une plume bien supérieure aux autres. Et il était beaucoup moins sectaire, il a toujours su garder un ton modéré
Pourtant, les conditions dans lesquelles le diplomate bousbecquois vécut à Constantinople sous le règne de Soliman le magnifique étaient loin d'être idéales...
>> Il est resté là-bas pendant 7 ou 8 ans. Il résidait dans un caravansérail où il était en quelque sorte assigné à résidence. Il n'avait pas le droit de sortir. Ses conditions étaient effectivement très difficiles, il subissait beaucoup d'humiliations, de brimades.
Ces lettres turques sont un peu différentes du reste de sa production littéraire ?
>> Elles n'étaient pas forcément destinées à quelqu'un en particulier. Le récit épistolaire était un petit subterfuge. Ces lettres peuvent paraître moins sérieuses que le reste de sa correspondance. Pour autant, cela donne une vraie vision de ce qu'était l'Empire turc. C'était un vrai diplomate de l'époque, un espion... C'était un homme qui cherchait à défendre les intérêts de son prince, Ferdinand.
A-t-il ramené des choses de son voyage à Constantinople ?
>> Oui, d'abord des plantes, des parfums, mais aussi beaucoup de textes. C'était un véritable humaniste qui a racheté et sauvé de nombreux manuscrits de la Renaissance. Notamment le Codex Constantinopolitanus qui a été placé au patrimoine mondial de l'Unesco en 1998.w
Vous projetez de traduire d'autres textes ?
>> J'aimerai bien. Mais, il m'a fallu 5 ans pour faire publier ces lettres. Alors oui, mais seulement si j'ai l'accord d'un éditeur.
« Les lettres turques » par Dominique Arrighi, Éditions Honoré Champion


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