Béthune

Passeurs du passé, les archivistes savent vivre avec leur temps

Publié le 02/10/2012 à 00h00

Vous avez noté une affluence inhabituelle au théâtre ? C'est normal. Le 10e colloque national des archivistes communaux débute ce mardi. Jusqu'à jeudi, ils seront 200 à confronter leurs vécus. Premiers croisés, le Béthunois Arnaud Willay, jeune dans le métier, et Laurence Perry, Strasbourgeoise de trois fois rien son aînée !

Passeurs du passé, les archivistes savent vivre avec leur temps
Vous avez noté une affluence inhabituelle au théâtre ? C'est normal. Le 10e colloque national des archivistes communaux débute ce mardi. Jusqu'à jeudi, ils seront 200 à confronter leurs vécus. Premiers croisés, le Béthunois Arnaud Willay, jeune dans le métier, et Laurence Perry, Strasbourgeoise de trois fois rien son aînée !



PAR ISABELLE MASTIN
bethune@info-artois.fr Quelques années les séparent mais au fond, ils sont venus aux archives municipales par le même chemin. Arnaud Willay, à la tête du service béthunois, ne parle jamais autrement de son job que comme « d'une passion ». À 37 ans, il ne regrette pas d'avoir lâché son ambition première de « devenir prof d'histoire. J'ai eu une recherche à faire sur les mines de Béthune, j'étais aux Archives nationales du monde du travail, à Roubaix, et j'ai eu un déclic ! » Un déclic, c'est aussi ce qui a montré sa voie à Laurence Perry, même si de son temps - allez, elle n'a qu'une petite cinquantaine - le métier restait à inventer. Là où Arnaud a passé un DESS d'archiviste à Mulhouse, Laurence a décroché « un concours sur titre ». Auvergnate, elle aussi ne jurait que par l'histoire. « J'adorais ça, déjà en primaire. Mais je ne me voyais pas enseignante, en revanche j'adorais le contact avec les documents anciens. » DESS et doctorat d'histoire en poche, elle visite une amie archiviste « dans le Puy-de-Dôme. Elle m'a parlé de son poste... » Laurence a passé huit ans à Villeneuve d'Ascq avant de faire son trou à Strasbourg. Diplôme en poche, Arnaud Willay a relevé à Béthune un défi à la mesure de ses rêves. Il y a 12 ans, quand il pose le pied au dernier étage de la mairie, il bute sur des centaines de mètres d'étagères croulant sous les registres. Avec sa collègue Laure Laurent, il a tout pris à bras-le-corps pour qu'en 2012, la consultation s'organise sur deux pôles : à l'hôtel de ville pour les pièces contemporaines et intercommunales, à Beaulaincourt pour l'état civil et les archives antérieures à 1790. À Beaulaincourt, tout est numérisé : un pas énorme dans l'ouverture au public ! « Pour une ville de 28 000 habitants, ce n'est pas mal ! » Laurence approuve, qui attend que saute un verrou strictement informatique pour faire entrer son petit monde d'archives dans l'ère numérique. Strasbourg, c'est une autre échelle ! « Mon service gère à la fois les archives de la ville et celles de la communauté urbaine. » Chef de service, elle jongle avec les plannings de 27 collaborateurs et la définition des projets. Mais parvient encore « à toucher aux archives ! » Dans son bâtiment neuf investi en 2004, elle règne sur un monde millénaire concentré sur 7 200 m². « Deux tiers sont réservés aux locaux de conservation.


Nous avons une salle d'exposition, une de conférences... » Reflet d'une « volonté politique » qui a eu la délicatesse de laisser aux archivistes le choix des armes pour ouvrir le monde méconnu des archives au public. « Notre fréquentation a explosé ! Celle de notre salle de lecture a doublé, et cela ne représente que le quart du total de nos visiteurs ! On en reçoit jusqu'à 10 000 en un an. » Un nouveau public, moins attendu, s'intéresse aux divers fonds. S'étonne souvent de sa richesse. Et là, surprise ! On sait l'engouement croissant pour la généalogie, son avènement au grade de sport national. Ça se vérifie à Béthune où Arnaud confirme que le gros des demandes touche à la quête des racines. « Peut-être parce qu'on communique moins sur les autres documents ? » Question d'ancrage culturel aussi. Laurence hausse les sourcils : à Strasbourg, la généalogie est surtout l'affaire « de professionnels », ceux notamment creusant les « fichiers domiciliaires », un héritage allemand. Ce qui séduit aux confins du pays, c'est « l'histoire des maisons, qui intéresse les architectes, les étudiants, les agents immobiliers... Les images sont aussi très demandées - nous sommes en Alsace le service le plus riche en plaques de verre, plans... » Motivante aussi, « l'histoire des religions. On a les archives de la fondation Saint-Thomas », une mine sur le protestantisme qui fait courir des chercheurs du monde entier.
24 heures sur 24 !
Béthune n'est pas de taille à rivaliser mais n'en est pas moins connectée à la planète. Merci l'informatique ! « On reçoit beaucoup de mails. » Laurence aussi, qui se fait fort d'y répondre « dans les 15 jours » et loue la technologie. « On gagne du temps, on peut faire des recherches croisées... » Et là, Béthune n'est pas peu fière de son fonds numérisé et de ce site internet qui permet d'y accéder « 24 h sur 24 ! C'est une vitrine du service. » Un plus dont peu d'archives communales bénéficient encore dans le pays. 36 000 communes, pensez... Les effectifs augmentent mais malgré tout, « on est loin de couvrir tous les besoins nationaux », soupire Laurence. Dans trop de villes et de villages, « les archives sont mal conservées ». Négligence, mauvaises conditions qui les voient pourrir de jour en jour... Pourtant, « c'est l'une des rares dépenses obligatoires pour une commune que de conserver ses archives ».

Nord Éclair