PAR CHARLES-OLIVIER BOURGEOT
bethune@info-artois.fr « De toute façon, on veut tous les deux être députés. » Octobre 2009, la scène a lieu dans le bureau du maire. Alors que Stéphane Saint-André et Olivier Gacquerre mettent fin devant la presse à un mois de scène de ménage, le maire de Béthune se livre à cette confidence que le premier adjoint réfute illico. Le nouveau parlementaire, déjà candidat à la candidature en 2006, n'a jamais nié cette ambition. Mais il l'est devenu contre vents et marées mellickiennes et au terme d'une campagne d'une virulence extrême dans les derniers jours. Il suffit de lire le courrier envoyé par Jacques Mellick jeudi aux militants socialistes pour comprendre la haine qu'il voue à celui qui n'est sous sa plume qu'« un traître », « un imposteur », « un tricheur », « un être nuisible ». C'est aussi, surtout, son tombeur.
Réseaux extérieurs
Il n'empêche que la détestation est depuis longtemps réciproque. « Stéphane Saint-André se lève tous les matins en se disant : "Qu'est-ce que je vais pouvoir faire contre Jacques Mellick ?" », nous fait un jour remarquer Michel Piard, ancien adjoint aux finances de Saint-André aujourd'hui dans l'opposition. Depuis plus de 10 ans, notamment au cabinet de Bernard Seux, et plus particulièrement ces 4 dernières années à la tête de la mairie, Stéphane Saint-André a fait de sa bataille contre son prédécesseur un combat quotidien, féroce et qui semble enfin toucher à sa fin.
Car dimanche, Jacques Mellick l'a sans doute définitivement perdu en sortant décrédibilisé d'une bataille livrée presque seul pour faire perdre le candidat de gauche.
Mais cette victoire, Stéphane Saint-André l'a d'abord gagnée quelques mois plus tôt contre la fédération du Pas-de-Calais où Mellick garde des réseaux solides. En fin connaisseur des appareils politiques, il tisse le sien à l'extérieur de Béthune, voire du Pas-de-Calais : de Marie-Noëlle Lienemann à Martine Aubry en passant par le président du Parti radical de gauche Jean-Michel Baylet. Ceux-là feront balancer l'investiture de son côté. Une revanche.
Deux ans plus tôt, la fédé 62 fait barrage à sa présence sur sa liste régionale de Daniel Percheron. À l'époque, il encaisse, amer. « Il est assez flegmatique. C'est une qualité qu'on ne retrouve pas souvent chez les personnes de petite taille », dit de lui le communiste Henri Tobo, son colistier au premier tour des municipales.
Du PS au PRG Les coups, Stéphane Saint-André les prend sans broncher. Lui qui pense profiter de sa victoire municipale pour être réintégré au PS où il milite depuis près de 30 ans sous-estime l'influence fédérale de l'ancien ministre. Il prend alors sa carte à l'été 2008 au Parti radical de gauche. Caution indispensable pour un homme de gauche, fils de l'ancien maire de Saint-Omer. Parce que s'il s'en défend depuis son élection, Stéphane Saint-André est bien à la tête d'une majorité hétéroclite, d'une alliance certes établie avec le MoDem d'Olivier Gacquerre mais où figurent en bonne place plusieurs élus UMP dont le futur suppléant d'André Flajolet. Henri Tobo, qui ne monte pas sur cet attelage après le 1er tour, tempère : « Même si j'étais en désaccord au niveau de sa municipalité, il a toujours été là pour les manifestations, notamment sur les retraites. C'est aussi l'un des seuls maires à être venu manifester à Arras contre Marine Le Pen avec son écharpe. » On retrouve aussi Saint-André dans les « manifs » pour la défense des services publics ou au tribunal avec les salariés de Bosal fin 2009.
Une époque où il est rejeté par les socialistes d'Artois Comm.. Au tribunal de commerce, le président de l'agglo Alain Wacheux l'ignore, Daniel Boys, encore conseiller régional, lui tourne le dos. Les deux hommes le soutiennent aujourd'hui. Parallèlement, le maire est maltraité par l'aile centre-droit de sa municipalité. L'homme semble seul. Une image renvoyée par sa présence solitaire lors des manifestations de la Ville.
Il lui reste pourtant quelques fidèles et sa carte de radical de gauche. « Tu dois beaucoup au PRG », lui glisse d'ailleurs dimanche Bruno Dubout lors de la tournée des bureaux de vote. Lui, premier à avoir rompu avec Mellick, est de ceux qui, au sein du groupe Agir pour Béthune, ont vu en Saint-André le possible rassembleur des forces de gauche à défaut d'être celui d'une majorité multicolore. Ses atouts : l'expérience, la connaissance de Béthune et l'image d'un homme neuf. Et pour Dubout, avec son élection, Saint-André transforme l'essai : « Pour moi, il fallait d'abord montrer que la gauche, ça n'était pas Mellick. Puis s'en débarrasser, ce que nous avons fait aux municipales en 2008. Là, c'est le troisième étage de la fusée. » t