Béthune

Jans, 5 ans, enfant de forain, prêt pour la relève de la 6e génération

Publié le 20/03/2011 à 00h00

Hier, 12 h, deux enfants de 5 et 10 ans regardent la télé sur un grand écran plat. Classique ! Sauf que la scène se déroule dans une vaste caravane qui sert de maison à Jans et Jordan, enfants de forains. Ce week-end, ils s'amusent à la foire. Lundi, Jans retournera à l'école maternelle Sévigné où il va le temps que ses parents sont à Béthune, avant de partir à celle d'Arras. Jordan, lui, retournera à l'internat des bateliers-forains.

Jans, 5 ans, enfant de forain,  prêt pour la relève de la 6e génération
Hier, 12 h, deux enfants de 5 et 10 ans regardent la télé sur un grand écran plat. Classique ! Sauf que la scène se déroule dans une vaste caravane qui sert de maison à Jans et Jordan, enfants de forains. Ce week-end, ils s'amusent à la foire. Lundi, Jans retournera à l'école maternelle Sévigné où il va le temps que ses parents sont à Béthune, avant de partir à celle d'Arras. Jordan, lui, retournera à l'internat des bateliers-forains.



PAR ELSA LAMBERT-LIGIER
bethune@info-artois.fr Depuis deux semaines, l'école Sévigné maternelle accueille un nouvel élève. Qui repartira déjà dans une semaine. Quand la foire sera finie. Ses parents iront alors faire celle d'Arras et Jans, 5 ans, ira à l'école à Arras. Le temps de la foire également. Avant un nouveau changement d'établissement.


Une vie d'enfant de forain, de ville en ville, d'école en école.
En arrivant à Sévigné, Jans a versé une petite larme quand même. « De novembre à début mars, il était à l'école de Flers-en-Escrebieux , raconte son papa, Bernard Aelters, propriétaire du Baby-Love sur la place Foch, fidèle de la foire de Béthune depuis 1945. Comme l'hiver, on bouge moins, il était tout le temps dans la même école. Mais la maîtresse a dit que ça a duré 5 minutes. » Faut dire que Jans est habitué aux changements, au rythme des foires, depuis qu'il va à l'école, à l'âge de 3 ans. Son papa n'a jamais eu de refus pour l'accueillir. Le petit bonhomme dégourdi s'adapte vite mais commence à s'attacher. « Je voudrais pas changer d'école parce que je vois plus mes copains. » Ça ne va plus tarder.
À 6 ans, comme son père et ses trois frères, il rejoindra l'internat des bateliers-forains à Douai. « Il aura toujours les mêmes copains, toujours les mêmes maîtresses, reconnaît Bernard. Les enfants apprennent mieux et ont toujours les mêmes méthodes pédagogiques, ce qui n'est pas le cas quand ils changent souvent d'école. » Nouveau changement de vie. Plus sédentaire. Et séparé du lundi matin au vendredi après-midi de ses parents avec qui, aujourd'hui, il passe tout son temps. Dès l'école finie, il les rejoint sur la foire où il fait des tours de manège gratuits jusqu'à une heure avancée, le week-end notamment.
Les forains, c'est une grande famille. Au sens propre et au sens figuré. Bernard Aelters a huit personnes de sa famille sur la foire de Béthune. Un de ses fils, sa soeur, des neveux, nièces... Et puis les autres, la famille de coeur. « Souvent, on est avec les mêmes collègues. Ils connaissent tous Jans. » Quand il sera grand, Jans sait déjà ce qu'il veut faire. Devinez ? « Démonter. » Des manèges s'entend ! Forain, quoi. Comme son père « qui ne se voit pas faire autre chose, être enfermé dans un bureau 8 heures », son grand-père, son arrière grand-père... Jans incarnera la 6e génération de forain. Il a une idée très précise du manège qu'il voudra. « Un scooter.
 » Et donne déjà un coup de main. « Il ramasse les cales. On lui demande rien. Ça lui plaît », souligne, avec fierté, son papa. Comme la vie en caravane. Une vraie maison sur roues de 14 m sur 5 avec tout le confort. « Une vie à part, admet Bernard.
Une vie de nomade. On est toujours dehors. C'est une passion et un plaisir. » Jans est déjà atteint par le virus. « Mon manège, c'est mon 5e enfant », confie le papa. Sauf que celui-là n'a pas à se soucier de l'école !

Nord Éclair