À l'église Saint-Vaast, une autre idée du Carême avec Michael Lonsdale
Publié le mardi 16 mars 2010 à 06h00
Sobre et concentré, celui qu'on est davantage habitué à voir sur grand écran a conquis une église comble.
Michael Lonsdale est contrarié. Il a beau fouiller dans les moindres recoins du choeur de l'église Saint-Vaast, rien n'y fait. « J'ai perdu la dernière feuille de mon texte.
.. » Arrivé le matin, « juste à temps pour la messe », l'acteur se reprocherait presque d'avoir laissé ses papiers sur le pupitre avant d'aller déjeuner. Un fan fétichiste en aurait-il profité ? Qui sait. En tout cas, la connivence avec ses complices a fonctionné à plein : France Folli, qui contait en alternance avec lui les stations du Chemin de la croix de Paul Claudel, a rattrapé les mots manquants au vol. La foule n'y a vu que du feu.
La foule, mais oui. Ce n'est pas tous les jours que l'on entend résonner des applaudissements dans la nef de l'église Saint-Vaast. Si bien qu'on y met un peu de pudeur avant de céder à la tentation de manifester son enthousiasme à des artistes qui une heure durant ont fait du choeur une scène respectueuse de la foi. Tout commence par une mélopée envoûtante, oppressante quelquefois. Un mélange d'orgue et de percussions. Une rencontre « entre les ténèbres et la lumière », décrypte France Folli, celle qui non contente de faire la lecture l'a aussi mise en scène.
La magie opère dans une église comble comme rarement et où l'abbé Gallois irradie de voir à côté des mines familières de ses fidèles des visages nouveaux, croyants ou pas, attirés par un spectacle qui n'en a pas tout à fait la vocation : le doyen n'est pas impresario et quand il a demandé au père Vincent Marie, de l'abbaye d'Ourscamp, de venir à Béthune, c'était pour chercher « la foi dans le beau et l'art d'aujourd'hui ». Il a été exaucé.
Un quart d'heure avant de s'installer au pupitre, Michael Lonsdale se concentrait dans la sacristie. « On a fait une petite prière.
» Là, il ne joue plus. À 79 ans, ce pilier du cinéma et du théâtre n'enfile aucun costume. Loin derrière lui l'abbé du Nom de la rose, pour lequel il avoue beaucoup d'affection, et Hugo Drax, l'ennemi de James Bond, qui a dû l'amuser. Sous les vitraux de l'église Saint-Vaast, dont il a appris la ruine dans les bombardements et dont il loue la renaissance, il n'a besoin de rien que d'une étole parce qu'il doit dire qu'il ne fait pas très chaud dans le choeur (mais c'est mieux qu'à Châlons, où deux pulls n'avaient pas suffi).
« Heure magnifique » Quand il s'avance dans ce halo de musique, la salle retient son souffle. Pas d'esbrouffe. Tout en sobriété, ce chrétien engagé met juste ce qu'il faut d'émotion, d'une voix qu'on reconnaît à la première syllabe. Posée, claire. Sous la plume de Claudel, servie par la flûte et une voix cristalline libérant des chants sacrés à la croisée de l'Orient et de l'Occident, la Passion du Christ explose de tragique. « Je plains le peuple qui a tué son berger... » La dernière note s'éteint. La nef se vide à mesure que le plateau de participation aux frais se remplit : le doyen avait appelé à une contribution « équivalente à une place de cinéma » pour aider la paroisse à renflouer sa caisse. Il a été entendu au delà de toute espérance. Michael Lonsdale est ravi de cette rencontre, et renvoie un sourire attendri à cet homme qui lui promet « avoir passé une heure magnifique ». Un oracle au nom de tous les autres.
ISABELLE MASTIN


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jsr : Je suis d'accord avec vous.
Noob : En tous cas, comme il s'agit d'une prof de lettres,...
jeanjean59 : je suis d'accord avec toi ! mais là on ne parle...
jeanjean59 : je suis d'accord avec toi, mais là on ne parle...