Jacques Mellick attaqué en diffamation par Jean-René Boutinon
Publié le vendredi 04 décembre 2009 à 06h00
La goutte d'eau qui a fait déborder le (la ?) vase. Une goutte salée qui a déclenché la colère de Jean-René Boutinon. L'adjoint en charge des travaux n'a pas supporté une chronique sur le blog du « Ch'ti béthunois », réputé pro-mellickien. Des railleries ne le nommant pas, mais où il se trouve reconnaissable entre mille. L'enquête a mené deux hommes au tribunal pour diffamation : le webmaster et... Jacques Mellick, dont l'avocat est venu seul.
PAR ISABELLE MASTIN
bethune@info-artois.fr Enfin, quand on dit reconnaissable entre mille, il faudrait plutôt dire entre treize. Comme autant d'adjoints parmi lesquels Jean-René Boutinon a le sentiment qu'on ne pouvait penser qu'à lui en lisant une chronique satirique parue l'été dernier sur le blog Le Ch'ti béthunois. Le 1er août 2008, c'est par un huissier qu'il fait constater l'existence d'un article évoquant : une partie de pêche épique sur la Côte d'Opale un adjoint au maire et un attaché territorial faisant autorité rentrés à terre si avinés que Jean-René Boutinon aurait fait venir de Béthune un véhicule et un chauffeur municipaux pour les ramener, lui et son ami - cité hier comme Jacques Corbet, ancien directeur des services techniques. La charge est consignée dans ce qui apparaît sur le blog comme le « rapport n°3 ».
Plainte. Enquête. Et « surprise », promet Me Dubout, quand lui et son client apprennent les résultats des investigations. « D'une plainte contre X, on est passé à une plainte contre Jacques Mellick et Guy Leroy ». Lequel Guy Leroy est entendu au commissariat de Marles, loin de la cocotte-minute béthunoise. L'ex-conseiller municipal, gendarme de réserve, s'explique : il a créé ce site entre les deux tours de l'élection municipale à l'origine, il en était le seul auteur mais peu à peu, il a lâché du lest, mettant en ligne des articles signés des colistiers de Jacques Mellick, voire de l'ancien ministre lui-même. Pour preuve, le script manuscrit impliquant Jean-René Boutinon... C'est ce script sous les yeux que Jacques Mellick a admis être l'auteur du texte. Et là, Me Dubout, qui bien avant le prétoire a ferraillé avec l'ancien maire dans l'arène politique, s'amuse. « Il a commencé par nier avec une bonne foi extraordinaire. Comment ? Un ancien ministre ! » Mais il jubile : « Chaque prévenu a le droit de mentir, mais quand on est ancien ministre, c'est un peu déplacé. » Pour l'avocat de Jean-René Boutinon, l'affaire est claire comme de l'eau de roche : son client est « identifiable », ce qui en soi suffit à établir la diffamation. « Tout le blog ne parle que de Jean-René Boutinon, et dans une ville de 28 000 habitants, tout se sait ! » Quant à savoir si le fiel visait l'homme privé ou l'homme public (ce sur quoi avait insisté Jacques Mellick)... « les éléments dont on fait état ont été commis dans le cadre du mandat - certes dans le cadre de la vie privée ». Reste un but : « Que ce comportement cesse. » Il réclame 5 000 E solidairement contre Guy Leroy et Jacques Mellick, sans résister à une dernière salve : « En espérant que Jacques Mellick ait l'élégance de tout prendre à sa charge... » Encore faudrait-il qu'il soit reconnu coupable, ce qui de l'avis de son avocat ne va pas de soi. Me Cattoir, comme Me Hareng pour Guy Leroy, plaide la relaxe. Me Hareng trouve « déplorable que la politique descende dans le prétoire pour arbitrer ce qui devrait se régler dans les urnes ». Surtout, il s'étonne que la plainte ne porte que le « rapport n°3 » quand les deux précédents rapportaient une épopée aussi peu flatteuse mais aussi arrosée. « Mais pas de plainte, pas de reproches. Cela prouve-t-il que c'était vrai ? Chacun se fera une opinion.
» Me Cattoir est tout aussi véhément. « C'est de la diffamation par ricochet. Pour l'identifier, il faut être initié » et se référer à l'immatriculation d'un véhicule qui n'est rattaché à l'adjoint que dans un autre chapitre du blog. « On parle en outre de voiture de service, utilisable donc par plusieurs personnes. » Quant aux 5 000 E... « C'est comme le loto, ça rapporte gros. » Comme la pêche ?t Délibéré le 14 janvier.





