Le bestiaire saugrenu et distingué de Thomas Fersen hier soir au théâtre
Publié le dimanche 08 novembre 2009 à 06h00
Rare sur les radios et les télévisions, Thomas Fersen a fait salle comble, hier soir, au théâtre. Cet artiste au ton original s'est constitué un public fervent qui frappait dans les mains, fredonnait ses refrains et lui a fait fête.
C'est que par leur fantaisie et leur saveur de bonbon acidulé, les chansons de ce poète vous requinqueraient le plus déprimé des zèbres ou des lionceaux de marbre un soir de pluie.
Tantôt rêveur, tantôt d'une loufoquerie distinguée, son récital nous entraîne dans un zoo inattendu. On y croise un moucheron en complet marron sirotant un diabolo-grenadine, un lion en veston, une chauve-souris au paradis, un mulet assaisonné au sel fin, enfin une infinité d'espèces vaguement cousines de la souris verte que l'artiste a regardé courir dans l'herbe plus longtemps que ses petits camarades de l'école maternelle.
Son univers farfelu est également peuplé d'objets inanimés, valises et cache-coeur, auxquels il donne une âme sur une assise rythmique enlevé. Les climats varient avec les lumières et les contrastes d'instrumentation et de timbres quand aux guitares et à l'accordéon succèdent le piano et le synthétiseur.
Même quand il chante les tribulations du squelette du train fantôme de la Foire du Trône, Thomas Fersen reste de joyeuse compagnie. Ses créatures conservent une chaleur bonhomme et cette capacité à émerveiller qui sont la marque de ce chanteur à texte aimant s'accompagner à l'ukulélé. Un poète qui, loin de ahaner sous la rime comme tant d'autres Orphée, semble la trouver avec une insolente facilité.
Au lendemain de Kent au Poche et à la veille d'Élie Semoun sur le même plateau, le théâtre municipal a, une nouvelle fois, donné la mesure de sa capacité à séduire des publics divers en s'écartant des sentiers rebattus. Et de son niveau d'exigence en matière de qualité. CH. L.





