Jean-Luc Romero vient dédicacer en octobre un livre militant sur la fin de vie et l'euthanasie
Publié le jeudi 24 septembre 2009 à 06h00
C'est la sixième fois qu'il prend la plume. En brandissant cette fois sa casquette de président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, Jean-Luc Romero signe un livre militant contre « Les Voleurs de liberté ». Il viendra le dédicacer le 5 octobre à Béthune, sa ville natale.
PAR ISABELLE MASTIN
bethune@info-artois.fr t Comment ce livre est-il né ?
« Le jour où j'ai été auditionné par la commission Leonetti, chargée par le Premier ministre après l'affaire Chantal Sébire d'évaluer son travail de 2005 - la loi du "laissez mourir... de faim et de soif". J'avais face à moi des mandarins et je me suis dit qu'il fallait pousser un cri du coeur. Dire que tant de gens ne meurent pas si paisiblement que la commission le prétendait. » t Vous vivez avec le SIDA depuis 24 ans. Votre père a été emporté par un cancer. En 1994, vous avez vu mourir votre compagnon, Hubert, et vous écrivez avoir alors été « lâche » face à ses suppliques de le « délivrer de cette torture ». Comment votre vision a-t-elle évolué ?
« Avec tout ce que j'ai vu, je ne peux plus accepter le discours d'une mort "sous contrôle". 75 % des gens meurent seuls à l'hôpital et on n'en parle jamais, parce que ça dérange des médecins, des responsables religieux... Ça me rend fou que dans le pays des Lumières, on ne peut pas faire comme chez nos voisins de Belgique ou des Pays-Bas. » t Pensez-vous à ce que vous-même souhaiteriez ?
« Moi, je vis dans l'incertitude. Je fais des projets à trois mois. C'est la première phrase de mon livre : je suis un survivant. J'ai écrit sur un petit carnet noir la limite au-delà de laquelle je ne souhaite pas aller. Quand mes lendemains ne seront plus que souffrances, je ne pourrai pas rester cloué dans un lit après la vie que j'aurai eue. Ça ne m'intéresse pas et ce serait aussi pénible à endurer pour mes proches. Alors je serais plus serein si une loi encadrait la fin de vie. » t Pourquoi cette frilosité
des parlementaires ?
« Le personnel qui accompagne les malades est souvent d'accord avec nous. Mais il y a de grands mandarins, souvent médecins et parlementaires à la fois. Ils ont fait de cette question leur affaire et seul leur avis compte. Il y a aussi une partie de la droite réactionnaire, des parlementaires très catholiques. Il y a un hiatus entre l'élite et les Français. » t Des Français, qui, dans un sondage d'avril, affirmaient à 86,2 % être favorables à ce que l'euthanasie soit autorisée en France quand une personne atteinte d'une maladie incurable le réclame...
« On craint les dérives ? Mais la loi est faite pour les éviter ! On ne parle pas de permettre de mourir à un jeune déprimé par un chagrin d'amour ! Faute de cette possibilité de choisir sa mort, en France, beaucoup de gens de plus de 85 ans se suicident, et souvent de manière violente car tous ne connaissent pas les bons médicaments à prendre. Ils en arrivent là, souvent trop tôt, car ils savent que le moment venu, ils ne pourront pas être aidés. Une loi pourrait prévenir les suicides. » t Avance-t-on malgré tout ?
« On a avancé à petits pas, avec Vincent Humbert, puis Chantal Sébire. Mais combien de douleurs faudra-t-il encore ? Alors qu'il se pratique des euthanasies illégales, on le sait ! Pour moi, la seule condition, c'est la volonté de la personne. Il faut une loi pour la faire respecter. » t Part-on couramment à l'étranger pour mourir selon sa volonté ? En Suisse notamment ?
« Il existe deux associations en Suisse, dont une prend en charge les étrangers. Ils ne sont que 130 en moyenne par an. Cela coûte cher et exige aussi beaucoup de moyens de la part de l'association. Mais c'est incroyable de fuir son pays pour vivre ses derniers instants !
» t L'ADMD, que vous présidez, gagne de plus en plus d'adhérents. Comment l'expliquez-vous ?
« Nous en sommes à 47 500 adhérents, une des plus grandes associations de France, alors que les associations de soins palliatifs en perdent. Je crois qu'ils ont compris que les soins palliatifs - que je soutiens, ne sont pas suffisants. On a des seniors qui voient l'échéance arriver, mais aussi des gens qui, depuis l'affaire Humbert, réfléchissent. Notre commission des jeunes est très active. Le cas de Chantal Sébire a marqué l'opinion. » t Après l'affaire Sébire, sur quoi a débouché l'évaluation de la loi Leonetti ?
« On propose par exemple un "congé d'accompagnement" mais il faut voir qu'il ne concerne que l'accompagnement à domicile, dans le cadre de soins palliatifs, et pour une durée de 3 semaines - en Belgique, il est d'un mois renouvelable. Ça ne concerne que 15 % des gens ! Il faudrait classer d'un côté les "bons" et de l'autre les méchants, même s'ils passent des jours à l'hôpital près d'un proche... Et on fait quoi au bout de trois semaines si la personne n'est pas morte ? » t Vous avez quitté l'UMP. Quels partis sont-ils plus réceptifs à la question de l'euthanasie ?
« Le Parti socialiste et son président de groupe se sont engagés à déposer une proposition de loi et à utiliser une "niche parlementaire" - une séance publique dont l'ordre du jour est fixé par un groupe politique. La députée UMP Henriette Martinez dit qu'elle est aussi prête à voter. Je voudrais au moins qu'on arrive pour octobre à un vrai débat sur la fin de vie... Et ça n'a rien à voir avec les étiquettes politiques.
» VDédicace le 5 octobre, de 17 h à 19 h, au Furet du Nord.


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Odeladeule : Ils se sont donnés le mot. 1) deconsidérer l'auteu...
sainte justice : Rien que le sport et le spectacle et fi des commentaires...
Gillou59100 : Mettez la clé sous la porte, vous ne servez plus à rien
gregpulsion : la democratie c'est d'abord de pouvoir choisir de ne pas manger...