Elles ont eu la vocation très jeunes : le secret de ces dames en bleu
Publié le dimanche 03 mai 2009 à 06h00
Ce qui frappe, c'est leur jeune âge. Qui sont ces petites soeurs de la communauté de l'Agneau ? Quels sont leurs secrets pour que plus de 300 personnes les aident à construire leur petit monastère ? « Vous avez l'air si jeunes.
.. » C'est que le groupe reflète la réalité de la communauté : sur 125 soeurs à l'échelle planétaire, « la moyenne d'âge est de 37 ans ». Sourires taquins. Les visages se tournent d'un bloc vers soeur Marie-Dominique. La doyenne, oh, de si peu... Elle a été institutrice pendant huit ans. L'accent belge qui affleure à peine, elle raconte. « J'ai toujours été croyante mais je crois que je n'avais jamais voulu être religieuse ! » Son métier, elle l'adorait. « C'était aussi une vocation, c'était même impensable de le lâcher. Pourtant, il me manquait quelque chose pour être comblée.
» Ses élèves lui demandaient pourquoi elle ne se mariait pas et elle leur répondait : « Je ne pourrais plus m'occuper de vous de la même manière ! » C'était sa façon de vivre la maternité.
« Et puis j'ai demandé à Dieu ce qui me manquait... » La réponse, elle l'a trouvée auprès de 3 frères dominicains, dont un lui a fait connaître les petites soeurs de l'Agneau. « Je les ai rejoints pendant les vacances. » Au retour, elle n'était plus la même. « Les parents d'élèves me demandaient si j'avais rencontré quelqu'un. » En un sens, oui.
Esther-Marie sait sa vocation depuis ses 11 ans. Seule Ch'ti, elle a eu une révélation quand « un prêtre a dit à la classe que parmi nous se trouvait peut-être un futur prêtre ou une future soeur. J'ai su que c'était moi mais je l'ai gardé comme un jardin secret. » Ses frères et soeurs l'ont su « deux mois avant ». Le choc passé, ils l'ont soutenue. « Il y a forcément une coupure avec la famille parce qu'en se donnant à Dieu, on se donne à tous. Mais c'est différent : on se retrouve moins souvent mais plus profondément. Les confidences sont plus fortes. » « Un appel » Priscille a compris il y a cinq ans. Elle travaillait au Mans à la réinsertion professionnelle de chômeurs. « J'étais en train de prier et j'ai entendu un appel. » Elle précise tout de suite qu'il ne s'agit pas d'entendre des voix. On n'est pas dans Don Camillo. Plutôt d'une conviction intime. « J'ai ressenti une grande paix.
» Mais quelle communauté choisir entre toutes ? « Je voulais une vie de prière, de pauvreté et de simplicité.
» Ce qu'elle a trouvé quand une amie l'a emmenée à Gosnay, à la Chartreuse des dames. Là où le petit groupe est arrivé en 1999. Il n'en est parti qu'après la fermeture des maisons du coron, en même temps que des familles dans la dèche, qui les avaient acceptées - les enfants surtout allaient et venaient chez elle.
Des doutes, elles en ont eu. Comme elles ont eu 8 ans pour confirmer la vocation, depuis le postulat (sans l'habit, « pour voir »), au noviciat, puis aux premiers voeux et aux voeux « éternels même si comme dans un mariage on n'est pas tenues par des chaînes ! » Béthune s'est imposée comme nouvelle terre d'accueil. « D'habitude, on s'installe plus dans des grandes villes. Béthune n'est pas une grande ville mais avec les villages, c'est une grande région touchée par les difficultés. » Tout le monde a repéré leur chantier. « De 300 à 350 personnes » ont déjà prêté main-forte. Des particuliers, des scouts enthousiasmés par leur projet. Les professionnels endosseront les travaux trop lourds pour les mains des soeurs : plomberie, électricité, fondations, murs... Avec quel argent ?
Les dons. Soeur Esther-Marie a une autre définition et lève les yeux au ciel. Non pas agacée : le regard sourit. « C'est la bonté des coeurs. » Semée par vous savez qui.I. M.





