Rencontre idyllique pour lui, agression sexuelle pour elle
Publié le mardi 28 avril 2009 à 06h00
Ont-ils vécu la même histoire ? Il se souvient d'une tentative ratée pour renouer avec une ex. Elle garde le souvenir dégoûté d'une agression sexuelle par un type qu'elle ne connaissait que de vue. Rendez-vous... à la case prison.
Tout au mieux, Abdelmalek Taleb admet qu'il a poussé le bouchon un peu loin. Mais au fond, il a l'air étonné de celui qui ne voit pas bien ce qu'il a fait de mal. Parce qu'après tout, dans ses souvenirs, l'histoire n'est pas si désagréable : le 23 novembre 2007, il marchait dans une rue de Carvin quand il a reconnu sur le trottoir d'en face une ancienne petite copine qui faisait encore battre son coeur. Alors il lui a proposé d'aller au restaurant et, passant par un parc, s'est laissé aller à une étreinte trop gaillarde. La demoiselle l'a repoussé et quelques jours plus tard, il a sonné au domicile de la maman en demandant à la voir. Elle n'était pas là.
Vu comme ça, il n'y avait pas matière à encombrer une salle d'audience. C'était compter sans la version de la jeune fille. Aux antipodes, et c'est peu dire.
Son souvenir à elle serait plutôt du genre traumatisé. Ce n'est pas par hasard si elle a porté plainte. Elle est formelle : elle n'a jamais vécu d'amourette avec cet homme. Tout au plus le connaissait-elle de vue pour vivre dans le même quartier que lui. Ce jour-là, il l'avait abordée en la saluant par son prénom. Elle avait éludé, poursuivant son chemin. Il l'aurait alors suivie. Dans le square, il l'aurait ceinturée, l'embrassant dans le cou. Elle l'avait repoussée mais il l'avait receinturée, par devant cette fois. Poussée contre un tas de pierres et embrassée. La jeune fille avait dû « le griffer au visage » pour fuir.
Inconnu de tous Ne le connaissant que de vue, elle n'avait pu donner son nom aux policiers, mais malgré tout une description précise. Et quand il était venu sonner à la porte de sa mère, elle n'avait pas mis longtemps à faire le rapprochement avec son agresseur. C'est à ce moment qu'elle l'avait identifié sur photos et qu'Abdelmalek Taleb avait été placé en garde à vue. Toutes les vérifications ont alors abouti à la même conclusion : rien n'abondait dans le sens du mis en cause. Tout le monde dans l'entourage de la jeune femme était convaincu qu'aucune relation n'avait jamais existé entre elle et le prévenu.
Pas même sa meilleure amie qui avait affirmé que « chacune était au courant de la vie de l'autre ».
Ce que tous ont remarqué, en revanche, c'est l'état d'anxiété de la demoiselle. Ce que confirme le médecin, qui décrit « une peur de sortir, une grande nervosité avec des tremblements ». Un psychiatre s'est penché sur le cas d'Abdelmalek Taleb, qui a dénoté « une profonde mésestime de lui-même », « pas de dangerosité sociale » mais « un pronostic sombre de réinsertion ». C'est cette phrase que relève le procureur, qui n'en revient pas « d'une thèse abracadabrante ». Il attendait l'aveu d'un comportement déplacé face à une femme « qui vous plaisait. C'est le contraire. Vous minimisez. » D'autant plus inquiet que l'homme a déjà été condamné pour une agression sexuelle, il a requis 18 mois, dont un an avec sursis et mise à l'épreuve.
Me Tabary a tenté de brosser le portrait d'un jeune miné par « un désespoir noir ». Un gars qui, « sur les 10 dernières années, en a passé 7 en prison ». L'avocat l'imagine bien emportant avec lui le souvenir entêtant d'une belle aperçue dans la rue. « On l'accable pour un rêve de gamin qui fantasme sur une fille qui ne l'a peut-être même pas regardé... » La partie était difficile : le prévenu écope de 9 mois ferme, sans SME mais avec inscription pour 20 ans au fichier des délinquants sexuels. 1 500 E échoient à la plaignante.I. M.





