Son visage n'est plus inconnu. Sa spontanéité et ses pratiques politiques rafraîchissantes, aux antipodes de celles des vieux barons du bassin minier, ont réussi à séduire une part non négligeable d'un électorat ouvrier, pas génétiquement écolo...
PROPOS RECUEILLIS PAR CÉLINE DEBETTE ET GAËLLE CARON > artois@nordeclair.fr - PHOTOS THIERRY THOREL
Vous étiez candidate aux dernières législatives sur Hénin-Beaumont face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette campagne ?
>> Justement j'ai mis longtemps à prendre du recul, de la hauteur. Pendant la campagne, je ne me suis pas posé de questions, j'avais la tête dans le guidon. À Hénin, on n'est jamais à l'abri d'une surprise, donc on analyse au fur et à mesure. Ce qui me touche aujourd'hui c'est que plein de gens m'arrêtent dans la rue pour me dire que ma campagne était dynamique et courageuse. C'est le côté sympa, mais il y a aussi un côté violent, un grand sentiment d'impuissance face au FN. Samedi, à la télé, j'ai entendu Florian Philippot (vice-président du FN, ndlr) dire qu'il voulait faire des Hénin partout. J'en avais les larmes aux yeux.
Sans le combat homérique que se sont livré les deux poids lourds médiatiques, votre score aurait-il été différent ?
>> Je suis réaliste, je n'aurais jamais pu gagner. Beaucoup d'électeurs de gauche me disent avoir voté Mélenchon pour battre le PS. Mes 2,92 % à Hénin-Beaumont, c'est faible, mais c'est quand même plus du double d'Éva Joly à la présidentielle !
Votre jeunesse a-t-elle été un handicap ?
>> Plus que d'être une femme. En tout cas, dans mon parti, je ne me suis jamais sentie entravée parce que j'étais une femme. L'âge c'est différent, il faut faire ses preuves. Je comprends que les électeurs puissent avoir du mal à accorder leur confiance à un jeune candidat, surtout aux municipales. Député, t'es seule face à ton destin, mais maire d'une ville... Je ne dis pas que c'est pas possible, mais il faut être capable de manager une équipe, d'apaiser les tensions. Ça demande beaucoup d'énergie. Je pense que la crédibilité, je l'ai gagnée au cours de la campagne. La communication, le porte-à-porte, la distribution de tracts, les tweets... Je faisais tout toute seule. Il y a aussi eu mon karaoké sur le marché aux puces où je chantais contre Marine Le Pen sur du Gilbert Montagné et le fameux débat sur France 3. J'étais l'outsider et j'ai créé la surprise. Être jeune et écolo permet aussi d'avoir une certaine liberté de ton.
Vous aviez déclaré vouloir être la mauvaise conscience du député élu. Tenez-vous parole ?
>> Oui, c'est prévu mais je ne veux pas trop l'embêter avant que le recours en annulation de l'élection déposé par le FN soit examiné. Si son élection est confirmée, j'aurai des questions à lui poser, notamment sur sa démission d'un de ses mandats : il ne pourra pas rester député, maire de Carvin, à l'agglo, au conseil régional. Et s'il quitte ce dernier, ça fait remonter un candidat écolo, donc je vais suivre ça de très près. Ce pourrait être Régine Calzia (candidate aux municipales à Hénin, ndlr). Ensuite, Philippe Kemel a une responsabilité envers Hénin dont il est le parlementaire, il va donc falloir qu'il participe à l'effort de guerre. On a des comptes à lui demander.
Serez-vous candidate aux prochaines municipales à Hénin ?
>> Tout le monde est focalisé, obsédé par 2014. Moi, je pense qu'il y a beaucoup d'actions à mener d'ici là. Mais effectivement, c'est compliqué de ne pas y aller. De toute façon, on est plusieurs écologistes et je ne prendrai pas de décision sans en parler aux copains. Aucune option n'est écartée pour le moment mais une chose est sûre, je n'irai pas sur une liste avec des gens qui ont travaillé avec Gérard Dalongeville.
Hénin-Beaumont peut-elle devenir une ville FN ?
>> Clairement oui. Ça serait autiste de dire qu'il n'y a pas de danger.
C'est possible et même probable. On va tout faire pour que ça n'arrive jamais. Il faut que tous les acteurs politiques du bassin minier en prennent conscience, car il y en a qui ne sont pas vraiment stressés. Le FN est un rouleau compresseur. Je pourrais tout arrêter et passer mes journées entières à faire du porte à porte, ça ne changerait rien. La séduction a opéré. Je trouve hyper malsain l'instrumentalisation que Marine Le Pen fait de la ville. J'ai envie de dire aux médias : « Oubliez-nous un peu. »
Originaire d'Hénin, vous travaillez à Paris. N'est-ce pas un handicap pour bien s'imprégner du climat local ?
>> Je bosse au Sénat et ça prête à critique. Mais je veux aussi rappeler le taux de chômage des jeunes dans le bassin minier, où je ne trouverais pas de boulot dans mon domaine de compétence. Je ne vais pas me retrouver au chômage pour faire plaisir à Marine Le Pen. Ici, je bosse sur des questions sociales et de santé, donc je me sens très proche des préoccupations des habitants d'Hénin. Ma famille est installée ici depuis des générations. J'ai des grands-parents d'Hénin-Liétard et les autres sont de Beaumont-en-Artois. Je suis métisse. Ikéa s'est implanté sur les champs de mon grand-père où je faisais du vélo en étant petite. J'ai vécu tout ça et je continue à rentrer à Hénin tous les week-ends. Ça me prend aux tripes.w