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Une journée particulière, et même plusieurs, avec Pierre Mauroy

Publié le 11/09/2012 à 00h00

De combien de jours dans une vie se souvient-on véritablement quand on se retourne sur l'Histoire ? Pierre Mauroy a choisi les siens et nous les fait partager dans son dernier livre, « Ce jour-là ».

Une journée particulière, et même plusieurs, avec Pierre Mauroy
De combien de jours dans une vie se souvient-on véritablement quand on se retourne sur l'Histoire ? Pierre Mauroy a choisi les siens et nous les fait partager dans son dernier livre, « Ce jour-là ».


FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Il y a celles qu'on attendait, forcément. Comme le 10 mai 1981, qualifié de journée « pas comme les autres ». On imagine.
Il était 18 h 30, ce dimanche d'élection, quand il a su que c'était « notre tour ». Pierre Mauroy savait déjà que si François Mitterrand l'emportait, il serait son Premier ministre. Le pacte était conclu depuis un petit moment. Il est heureux ce 10 mai bien sûr, mais « je sens déjà un poids peser sur mes épaules ».


Nous n'allions pas échapper non plus au jour où il est devenu maire de Lille, en avril 1974, ou celui, plus lointain encore où le jeune Pierre Mauroy choisit d'entrer à la SFIO. Il aurait pu opter pour de Gaulle, « le résistant, l'homme qui avait libéré la France depuis Londres », mais « il se déclare à droite, hélas ! » Il y avait bien le MRP de Maurice Schumann et son côté démocrate-chrétien qui ne lui déplaît pas, ou encore le parti communiste, mais s'il a la fibre ouvrière, c'est quand même un peu trop. Donc, la SFIO, qui deviendra le parti socialiste. Impossible aussi de couper à l'anecdote maintes fois racontée de Margaret Thatcher, en pleine négociation sur le tunnel sous la Manche, qui lui offre son propre portrait très british.
Mais là où le livre nous surprend, c'est quand l'animal politique revient sur un certain 3 février 1983. Le Premier ministre Mauroy, en campagne pour les municipales, fait le tour des territoires d'outre-mer. Il passe par Cayenne. Il vient d'atterrir, sort du DC8 du GLAM, quand on lui apprend qu'un autre avion officiel va arriver pour emmener, en France, Klaus Barbie. Moment de panique. L'aéroport est bondé de journalistes et l'exfiltration doit se faire dans la plus grande discrétion. La Bolivie a accepté de le livrer. Barbie ne sait pas qu'il vole vers la France, le procès qui l'attend et ses victimes qui veulent le regarder dans les yeux.

Sur les routes de l'exode
Il faut faire diversion, occuper les journalistes à autre chose pour que nul ne devine qui est l'homme qui va embarquer. Pierre Mauroy sait très bien faire cela, occuper les journalistes. Il n'apercevra que la silhouette - « ce corps fin » - du bourreau, mais à l'heure de se souvenir des grands moments de sa vie politique, ce 3 février 1983 s'est imposé.
On y découvre aussi le gamin Pierre sur les routes de l'exode en 1940, plongé dans le grand maelström de l'histoire, qui lui vaudra, tout de même, de voir la mer pour la première fois.
Le jeune homme bouleversé par le suicide de Roger Salengro et qui se souvient du brouillard qui écrasait Lille le matin de ses funérailles, suivies par un million de personnes : « Même les phares des voitures ne suffisent pas à éclairer les routes qui mènent à Lille. » La presse d'extrême droite s'était déchaînée, accusant Salengro d'avoir été un traître pendant la guerre 14-18, sujet hautement sensible dans la France des années 30. Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose, dit-on pour résumer ce dont le fascisme est capable. Et, de fait, Salengro, veuf depuis dix-huit mois, n'a pas supporté. Un soir de novembre 1936, il est rentré dans son appartement lillois, vide et silencieux, il a ouvert le gaz et laissé quelques lignes : « Je ne suis ni un déserteur ni un traître. » Un des chapitres les plus touchants.w « Ce jour-là », par Pierre Mauroy, éditions Michel Lafon, 19,95 euros.

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