GAËLLE CARON > gaelle.caron@nordeclair.fr
S'il fallait n'en choisir qu'une... Direction le pavillon des expositions temporaires, dont la première sera dédiée à la Renaissance. En guest star, la Sainte Anne restaurée (lire ci-contre) de Léonard de Vinci, qui quitte pour la première fois le Louvre de Paris, son port d'attache. Privilège lensois donc... « Il y a dix ans, le principe était clair : les peintures sur bois ne voyagent pas ! », rappelle Xavier Dectot, le directeur du Louvre Lens. À cause des « variations climatiques », précise-t-il. Mais la Sainte Anne nettoyée, repicturalisée et revernie, a eu une permission de sortie, contrairement à la Joconde...
Pendant trois mois donc, les visiteurs vont pouvoir admirer « le » chef d'oeuvre inachevé de Léonard de Vinci, « même s'il est moins connu du grand public que la Joconde ». L'artiste italien a consacré vingt ans de sa vie à Sainte Anne, la retouchant sans cesse jusqu'à sa mort en 1519. « Il a changé de version au moins trois fois puisque trois cartons préparatoires ont été retrouvés.
Le plus ancien, conservé à la National Gallery de Londres, montre qu'à l'origine Jésus ne tient pas un agneau dans ses mains mais joue avec son cousin Saint-Jean-Baptiste », commente Xavier Dectot. Exposés au printemps dernier au Louvre, de nombreux autres documents, esquisses ou dessins d'études, mettent en exergue la relation particulière entre le peintre et son oeuvre, en perpétuelle évolution, soignée dans les moindres détails. Henri Loyrette, le Pdg du Louvre, parle d'ailleurs de son « incomparable subtilité ». Certains critiques soulignent l'incroyable technique picturale de Léonard de Vinci, d'autres « une profondeur et un relief quasi sculptural », d'autres encore vont jusqu'à parler de « tremblement de terre esthétique ».
Concernant le sens et l'interprétation de l'oeuvre, Xavier Dectot décrypte la puissance de la symbolique religieuse. Et ce malgré la surexploitation à l'époque du thème trinitaire... « On voit Sainte Anne tenant sur ses genoux sa fille la Vierge Marie. Elle-même entoure son fils Jésus, qui tient un agneau, allusion au sacrifice du Christ. Le regard de l'enfant vers sa mère est le signe de l'acceptation de ce sacrifice. Le geste de la main de Marie montre lui qu'elle veut le retenir et en même temps l'accompagner. Cette peinture est un véritable condensé de l'histoire du Christ de sa naissance à sa mort. » Prouesse technique et trésor de l'iconographie religieuse, Sainte Anne est aussi « un extraordinaire témoignage historique » sur les méthodes de travail, à l'époque, dans les ateliers de peinture, celui de Léonard de Vinci en particulier. En effet, lors d'une réunion scientifique au Louvre sur le thème du génie italien, son oeuvre a été déposée à l'envers. L'éclairage était tel que l'un des conservateurs présents, placé juste au bon endroit, a aperçu un dessin de tête de cheval... « Au début, tout le monde a cru qu'il hallucinait, mais non... Les infrarouges ont même fait apparaître deux autres esquisses, un crâne et un enfant ! », raconte Xavier Dectot. Le matériel de peinture coûtant excessivement cher en ce temps-là, Léonard ou l'un des élèves de son atelier avaient déjà utilisé le support en bois pour faire des brouillons, « gribouiller » des croquis. Sans savoir qu'un jour, le verso ferait la fierté du Louvre Lens...w