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CINÉMA

Il y a 30 ans à Lens, « Passe ton bac d'abord »

«Chez Caron», le café en face de la gare où se retrouvaient les jeunes lycéens du bassin minier à l'aube des années 80.Photo D.R. «Chez Caron», le café en face de la gare où se retrouvaient les jeunes lycéens du bassin minier à l'aube des années 80.Photo D.R.

Hiver 1978. Maurice Pialat arrive à Lens avec en tête une vague idée de film sur la jeunesse. Été 1979. « Passe ton bac d'abord » sort en salle.



Retour sur l'histoire d'un bide commercial devenu une oeuvre référence.
GAËLLE CARON > gaelle.caron@nordeclair.fr
« C'est un jour de décembre 1978. Un jour comme les autres. Je suis assis au Caron, le café en face de la gare, le fief des jeunes Lensois à l'époque. Je sirote un radeau, une limonade avec du citron, et je parle de Léo Ferré avec mon ami Patrick. » Bernard Tronczyk, 49 ans, raconte cette scène ordinaire de sa vie de lycéen comme si elle avait eu lieu hier. Difficile d'oublier les détails d'une rencontre hasardeuse, qui allait marquer le début d'une aventure extraordinaire.


« Quatre hommes entrent dans le café et s'installent à la table à côté. Ils nous regardent avec insistance au point de nous agacer. L'un d'eux finit par se lever et se présente. C'est Dominique Besnehard. À l'époque, il est directeur de casting. Il cherche des lieux de tournage et des personnages pour un film de Maurice Pialat, dont le scénario n'est pas encore écrit. » Bernard a alors 18 ans. Fils de mineur, allergique au bahut, il habite dans un coron lensois, où la culture pénètre difficilement. Pas question pour lui d'apprendre un texte et de s'agiter devant une caméra. Besnehard parvient tant bien que mal à le convaincre et malgré la présence de deux comédiens professionnels parisiens, pas franchement dans les petits papiers du réalisateur, Bernard et sa bande de copains deviendront les acteurs principaux d'un long-métrage intitulé Passe ton bac d'abord.
Le scénario est bancal, pour ne pas dire inexistant. Venue à Lens aux côtés de Pialat, Arlette Langmann, la soeur de Claude Berri, l'écrit au jour le jour, au contact des jeunes qu'elle observe. Chez eux, au café ou au stade Bollaert, qui vibre le samedi soir au rythme des exploits des Sang et Or, dans leurs maillots brillants et moulants et leurs shorts échancrés. Car Pialat n'a pas le choix. Deux ans auparavant, il a en effet reçu une avance sur recette d'une société de production pour tourner un film intitulé Les filles du faubourg, sur une idée originale d'Arlette Langmann. Mais le projet, mal ficelé, a été abandonné et le cinéaste se doit de le substituer. Dans l'impasse, il décide donc d'aller poser sa caméra dans le bassin minier, où il a déjà tourné L'enfance nue dix ans auparavant.
Bref, c'est dans un climat particulièrement tendu, avec des bouts de ficelle et sans véritable fil conducteur que Pialat réalise Passe ton bac d'abord. « Du baccalauréat, il n'en sera pas question. Il ne veut pas échafauder une énième chronique lycéenne. Il veut capter des épisodes de la vie, bruts, entiers, improvisés, vécus et non joués. Il s'attache à filmer le monde des petites gens. Il veut scruter l'univers d'une population qui vit modestement, loin de la capitale », analyse Rémi Fontanel, critique de cinéma et auteur d'une bio-filmographie de Pialat.
À Lens, Bernard et ses potes, eux, s'amusent comme des petits fous, sans penser qu'ils resteront à jamais les acteurs principaux d'une oeuvre essentielle d'un cinéaste qui comptera un jour parmi les plus grands. Devant l'objectif, ils jouent à être eux-mêmes. C'est tout ce qu'on leur demande.
« Oui, c'était une expérience énorme ce tournage, mais quand on est gamin, on ne s'en rend pas compte. C'était un jeu pour nous. On touchait un peu d'argent, on allait au resto, on faisait la fête et il y avait une grande animation dans la ville. Pour moi qui étais chômeur, l'ennui, les longues journées d'attente n'existaient plus. C'était une vie nouvelle, excitante », confie Patrick Lepczynski, le meilleur copain de Bernard.
Après un mois et demi de tournage, Pialat et son équipe, fauchés, rentrent à Paris. Mais FR3, qui a vu les rushs, décide d'octroyer une petite rallonge au réalisateur. Retour dans le Pas-de-Calais au printemps et direction Bray-Dunes, où le scénario conduit les jeunes Lensois en vacances.
Le montage du film, certainement l'un des plus complexes de l'histoire du cinéma français, tant la trame est décousue, a lieu pendant l'été 79.
Passe ton bac d'abord sort à Paris le 29 août et à Lens le 19 septembre.
« Il ne fait pas recette », convient Bernard Tronczyk. Un euphémisme. Mais le bide commercial n'est pas boudé par la critique. Il deviendra même au fil du temps une référence pour toute une génération de réalisateurs, influencés par le cinéma-réalité de Pialat.
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Acteurs hier, prof et prêtre aujourd'hui

De la table du Caron, un café où les jeunes Lensois ont leurs habitudes, à l'affiche de « Loulou » pour Bernard Tronczyk et de « Sans toit ni loi » pour Patrick Lepczynski, l'itinéraire pas ordinaire de deux copains, finalement devenus prof et prêtre. À la fin de Passe ton bac d'abord , on voit Bernard et Patrick, inséparables, quitter Lens en fourgonnette, un matelas sur le toit, pour aller tenter leur chance à Paris. Preuve que le cinéma de Pialat colle à la réalité, c'est vraiment ce qu'ont fait les deux copains, alors chômeurs, après la sortie du film dans les salles. « Mais ce fut un échec, raconte Bernard Tronczyk. Quinze jours plus tard, on était de retour avec le matelas sur le toit et nos espoirs derrière nous. » Patrick s'entête et quelques temps après regagne seul la capitale. Resté dans le bassin minier, Bernard, lui, vit de menus travaux dans le bâtiment. Éloigné, le duo va pourtant emprunter le même chemin, en tout cas au début. « Un autre monde » À Paris, Patrick suit des cours d'arts dramatiques. À Lens, Bernard vient d'être opéré de l'appendicite quand il reçoit à l'hôpital un télégramme du « fascinant » Pialat, qu'il aime « comme un père » depuis le tournage de Passe ton bac . Le cinéaste a pensé à lui pour incarner à l'écran le frère de Gérard Depardieu dans Loulou , aux côtés également d'Isabelle Huppert. « Un super contrat blindé, un Smic par jour et des beaux hôtels, un autre monde auquel je ne me sens pas appartenir », confie Bernard, qui laisse ensuite filer des propositions de Rohmer et Beineix. « Je me suis retrouvé un jour chez Dominique Besnehard. Il a écouté son répondeur. Ce n'était que des messages d'acteurs en détresse, prêts à se suicider pour un rôle. Ça a fini de me décourager. » Rentré définitivement à Lens, le jeune homme passe son bac à 21 ans, s'inscrit en fac et devient prof de maths. Aujourd'hui, il exerce toujours dans le bassin minier et le grand bonheur de ce cinéphile pas fait pour être devant la caméra est sans conteste le projet de sa fille, Lucile, de devenir scénariste. Patrick, lui, s'attache à Paris et parviendra à vivre du cinéma pendant une dizaine d'années, partageant même l'affiche d'un film d'Agnès Varda, Sans toit ni loi, aux côtés de Sandrine Bonnaire. Avant de renoncer à son tour au septième art, à la faveur d'« une passion plus belle et plus forte ». Il sera ordonné prêtre le 15 novembre prochain dans l'Essonne. En présence de son pote Bernard. wG.C.


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Tronczyk
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Passe ton bac D’abord, restera une grande aventure pour beaucoup de Lensois de ma génération.Maurice Pialat, Domique Besnehard, Arlette Lagman, Patrick Granperret, ont laissé une trace indélébile pour nous. Mais surtout, ils ont montré à de jeunes lycéens Lensois, qu’il existe autre chose que nos corons.Je tiens à remercier Gaëlle Caron, qui encore une fois signe un bon papier. À lire, son papier sur l’Arc en Ciel Liévin : http://www.nordeclair.fr/Actualite/2009/10...uis-p.shtmlJ’en profite pour appeler tous les habitants de la communauté à soutenir l’association des spectateurs de Liévin.http://ascaec.blogspot.com/2009/09/arc-en-ciel-lievin-ou-en-est-le-cinema.html« Il faut faire exister un cinéma du milieu », Dominique Besnehard.Sans obligatoirement parler de cinéma d’auteur, il y a des films, qui font naitre en nous l’émotion puis contribue à affiner notre esprit critique, ce cinéma est trop rare dans notre région.À l’heure, où dan

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Tronczyk

À l’heure, où dans le bassin minier trop d’alarmes sont dans le rouge, pollution, réussite scolaire, accès à la culture, alcoolisme, chômage et j’en passe, il en va de l’avenir de nos enfants, de nous prendre en charge et d’élever cette région qui me tient tant à cœur, c’est ce que j’essaie de faire dans ma modeste vie d’enseignant, mais il y a des moments où les élus sont tenus de prendre le relais, certes il y des actions liées à la culture qui sont entreprises, je ne parle surtout pas des spectacles du Colisée, mais par exemple des initiatives de Culture commune.

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Tronczyk
à lire dans l'ordre horaire.
Pourtant, le 7e Art est un fantastique vecteur social et culturel, à condition qu’il soit accessible par tous et autrement que par les décisions formatées des grands groupes de distribution cinématographique. N’est-ce pas un grand projet de l’éducation nationale ?’ « Écoles, collèges et lycées au cinéma » emmener nos élèves dans une salle, si possible d’art et d’essai, voir la projection de plusieurs films, précédée et suivie de séquences pédagogiques, Christine Albanel). Alors, je vous en conjure, élus de notre région, redonnez vie à ce lieu d’échange, de culture, de découverte, de bonheur, qu’est le cinéma Arc en Ciel de Liévin. Merci d’avance, Monsieur Tronczyk Bernard. Un prof de maths.

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