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Se battre pour Wazemmes

Le côté ludique du quartier a disparu, selon un commerçant. Arch.NE Le côté ludique du quartier a disparu, selon un commerçant. Arch.NE

L'union commerciale de la rue Jules-Guesde et des environs tenait une réunion, lundi soir, avec en ligne de mire la question de la sécurité de celle qu'on appelle « le supermarché de la drogue ». Un sentiment d'abandon gagne les commerçants, inquiets.



MARIE TRANCHANT > lille@nordeclair.fr
C'est une rue qu'on évite de plus en plus. Le soir, bien sûr, mais la journée aussi désormais. Rue Jules-Guesde, ne circuleront bientôt plus que les riverains, les commerçants, et les autres. Trafiquants en tous genres qui gangrènent petit à petit celle-là, mais aussi les rues adjacentes, rue des Sarrazins, rue d'Iéna... Alors, les commerçants du quartier, eux, veulent continuer de faire entendre leur voix. Lundi soir, ils étaient réunis pour en discuter. Parce qu'une fois évoquées la réussite de Wazemmes l'Accordéon, la satisfaction d'avoir obtenu l'installation de plots pour sécuriser les piétons rue des Sarrazins et la braderie à organiser pour le 13 février, on passe au sujet qui préoccupe vraiment : la sécurité rue Jules-Guesde.
Et on pourrait imaginer que le problème mobilise. Pourtant, ils ne sont que huit dans la salle : quatre du bureau de l'union commerciale des rues Jules-Guesde, des Sarrazins et de la place de la Nouvelle-Aventure, quatre commerçants du coin, sur 52 adhérents à l'union. « Les coins les plus chauds ne sont pas là ! », râle l'un d'eux, qui s'interroge sur le pourquoi de leur absence. Le ras-le-bol est sensible.


Alors on en vient à imaginer un peu tout et n'importe quoi, pour répondre à cette question : à qui profite le crime ?
« Ils veulent sécuriser ou laisser pourrir le quartier ? », interroge un commerçant. « Ils », ce sont les pouvoirs publics, les forces de police. La police, elle, assure que la délinquance est en baisse depuis qu'elle a repris des patrouilles régulières. L'adjoint à la sécurité, Roger Vicot, est resté injoignable hier. Les commerçants, eux, doutent de la bonne volonté de chacun pour endiguer le phénomène : « On a un maire de gauche, un préfet de droite, mais on n'a pas à payer leurs divergences politiques ! » « La préfecture ne fait pas son boulot ! » Des courriers ont été envoyés au préfet, au président de la République. On évoque la possibilité de lancer une pétition commune avec les habitants. Parce qu'eux aussi en ont marre, et déjà des pétitions isolées circulent, même si certains n'osent pas signer, par peur des représailles. Quant aux clients, ils auraient aussi déserté le quartier. « La rue Jules-Guesde, on l'appelle "le supermarché de la drogue" maintenant », lance une commerçante. Pour Gérard Oriol, président de l'union commerciale, le marché de Wazemmes aussi se vide : il estime que le rendez-vous a perdu de 30 % à 40 % de sa fréquentation.
« Il faudra du temps pour que les gens aient à nouveau confiance en Wazemmes !, se désole-t-il. Mais il faut déjà se battre pour la sécurité. » Certains envisagent l'installation de caméras de vidéosurveillance, d'autres ne voient jusque-là que la peur qui les suit chaque jour, les menaces, les intimidations. « Wazemmes ne doit pas devenir un quartier de non-droit ! » s'insurge Gérard Oriol. Car pour le moment, ses commerçants ont l'impression d'être laissés à l'abandon et espèrent enfin un retour à la tranquillité, à la convivialité, loin des trafics qui se font à la vue de tous. La réunion touche à sa fin. Un des commerçants lève la main pour prendre la parole : « Et sinon, il y a des bonnes nouvelles, ou pas ? »


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