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LILLE / REMISE DES PRIX DU CONCOURS ERASMUS/NORD ÉCLAIR

En route pour l'Europe à la gare Saint-Sauveur

En route pour l'Europe à la gare Saint-Sauveur En route pour l'Europe à la gare Saint-Sauveur

Le choix fut difficile. Nord éclair a remis hier soir les prix aux étudiants auteurs des meilleurs billets relatant leur séjour dans un autre pays de l'Union européenne, qui sont publiés chaque lundi dans la page Europe de votre journal.



ISABELLE HODEY > isabelle.hodey@nordeclair.fr
Erasmus, vous connaissez ? C'est cette opportunité qui est offerte aux étudiants par l'Union européenne d'aller passer une année de leur cursus dans un autre pays membre que le leur. Même si le système a des lacunes - « il n'existe rien pour les jeunes peut-être moins chanceux. Il serait bien qu'eux aussi aient une expérience à l'étranger » a ainsi regretté Martine Filleul, adjointe au maire de Lille dans son mot de bienvenue - c'est là une expérience unique.
Une expérience que Nord éclair fait partager chaque semaine à ses lecteurs à travers des billets. Cette année, ce sont 14 établissements de la métropole et de Belgique, qui ont participé à notre concours. « Ce sont des petites perles d'écriture, des petites perles de lumière sur des pays qui ne sont pas les nôtres », s'est félicité Jean-René Lore, directeur général et rédacteur en chef. Des perles qu'il a bien fallu départager. Après la réunion du jury (lire ci-contre), l'heure est venue de la remise des prix.



« Université de la vie »
Et l'endroit pour ce faire était tout choisi : la gare Saint-Sauveur, lieu emblématique d'Europe XXL. Une Europe qu'Erasmus, « ce facilitateur d'échanges, véritable fabrique de vrais Européens » selon Jean-René Lore, fait vivre au quotidien.
Un de ceux qui parlent le mieux de cette Europe n'est paradoxalement pas européen. C'est l'Israélien Elie Barnavi, conseiller scientifique du musée de l'Europe à Bruxelles.... qui a jadis eu l'occasion d'enseigner à Lille « l'une des capitales de l'Europe qui montre à quel point la volonté politique est suffisante pour faire avancer l'Europe. » C'est lui que Nord éclair a choisi pour présider le jury des personnalités, et il n'a pas boudé son plaisir : « Il faudrait multiplier ce genre d'initiatives, c'est aussi une façon de faire l'Europe », a-t-il déclaré avant de se livrer à un plaidoyer passionné pour l'aventure européenne dont « les Européens ne se rendent pas toujours compte ». Erasmus pour lui ? C'est une façon de renouer avec une vieille tradition : « L'Europe s'est faite en marchant au Moyen Age, avec des marchands, des étudiants. C'est ce que fait Erasmus : faire l'Europe en vagabondant, en allant à la rencontre des différences qui font l'européanité. » L'Europe en marchant, ou presque, c'est ce qu'a fait Alexandre Mirlesse, un jeune étudiant de 23 ans, qui est parti à la rencontre d'intellectuels européens à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Union : « Je me sentais à l'étroit dans l'enseignement français, je voulais comprendre. J'ai saisi cette chance qui m'était donnée de partir en Erasmus. Je suis resté un semestre à Vienne, mais je voulais aller plus loin. » Une expérience dont il a tiré un livre, et qu'il appelle dans la lignée de Stefan Zweig , « l'université de la vie ».
L'université de la vie, les Erasmus savent ce que cela veut dire. Aurilya est lauréate du prix coup de coeur. Si elle n'est pas une Erasmus à proprement parler, elle a passé une semaine en Géorgie avec l'Ecole supérieure de journalisme de Lille dans l'optique de faire un magazine : « J'ai vécu un moment avec un chauffeur de taxi qui m'avait touché, un échange court mais fort avec quelqu'un qui voulait connaître la France. » Clémence Bodocco, elle, est lauréate de l'année dernière... et repartirait bien : « Ma vie d'Erasmus me manque, mais c'est vrai que je garde une perception européenne de mon avenir. » Nord éclair remercie ses partenaires et l'équipe de lille3000.

ÉCLAIRAGE

Le billet qui a gagné le concours Voici le billet Vu d'Europe signé Virginie Eeman, étudiante à l'Ihecs Bruxelles, intitulé « Barcelone, miroir de mes 20 ans ». « La ville est en chantier. Comme moi. En ébullition, festive, carrefour de cultures et de grandes idées. Comme ces étudiants Erasmus qui n'ont pas assez de 4 mois pour tout aspirer et partager. Barcelone est polyglotte. Je lis mes cours en catalan, je réponds au prof en castillan, je parle néerlandais avec Bernie, italien avec Bruno et anglais avec le monde entier. Nous sommes 13 dans l'appart' qui longe la Rambla. Cuisine internationale, débats jusqu'au bout de la nuit et un planisphère géant dessiné sur le mur de la cuisine. J'ai 20 ans et déjà 5 métiers, rien qu'à Barcelone. Agent immobilier - j'ai négocié mon loyer à la baisse contre la recherche de locataires. Marathonienne - marcher, toujours marcher. Testeuse de bars à tapas. Guide touristique -pour la famille et les amis. Médiatrice - parce que 12 nationalités différentes sur 90 m², ça demande du tact et de l'ouverture. J'ai 20 ans et je suis en Érasmus. J'apprends à partager, à construire. C'est sans doute la leçon commune de cette expérience. La vie est un chantier permanent. Nous sommes tous des Sagrada Familia. » 

Une belle unanimité dans les jurys

Deux jurys, composés pour l'un de huit fidèles lecteurs de Nord éclair, pour l'autre de six personnalités européennes comme Élie Barnavi, ont délibéré hier pour élire le meilleur billet « Vu d'Europe ». Ambiance. Gare Saint-Sauveur, dans l'ambiance feutrée des chambres-salons de l'Hôtel Europa, décorées à la mode « rétro est-européenne »... Élie Barnavi, conseiller scientifique du Musée de l'Europe de Bruxelles, Patrick Pépin, éditorialiste à Nord éclair, Louis Deretz, directeur de la communication du groupe Accor, Alix Dutrieux de lille3000, Jean-René Lore, directeur de la rédaction de Nord éclair, et Jean-Christophe Minot, président de l'Aéroport de Lille, débattent d'Europe, d'écriture aussi. Ils examinent à la loupe tous les « Vu d'Europe », ces témoignages d'étudiants partis en Erasmus. « J'ai retenu deux critères principaux, avance Éli Barnavi, qui préside le jury. L'écriture, et l'Europe, la façon dont ils en parlent. » Ce précepte posé, les six personnalités avancent leurs choix. Et la délibération s'avère très facile, rapide même. L'heureuse élue, qui fait l'unanimité, est Virginie Eeman, étudiante de l'Ihecs (Bruxelles), auteure d'un « Vu d'Europe » sur Barcelone. « La ville est en chantier. Comme moi. », écrit-elle. « On a ici un morceau d'Europe », sourit Elie Barnavi. La jeune étudiante gagne un séjour pour deux personnes en Italie... Quelques mètres plus loin, au coeur de la cafétéria, autres délibérations. Le jury des lecteurs cherche l'exactitude. Chacun avance ses arguments. « J'ai mis des bons points et des mauvais points », explique Bernard Duvernay. La discussion tourne au politique lorsque le témoignage sur la Roumanie d'Anne-Lise Richard, elle aussi étudiante à l'Ihecs, est mis sur le tapis. « Ils détestent la Roumanie. Nous, on essaye de leur dire non, tout n'est pas rose chez nous », écrit-elle. Les discussions vont bon train, mais c'est bien ce témoignage qui sera choisi. Anne-Lise Richard gagne un pass InterRail. Mais le jury des lecteurs a tenu aussi à décerner un prix coup de coeur. Il va à Aurylia Rotolo, qui lance un regard décalé sur la Géorgie. « Ce texte ne répondait pas vraiment au cadre fixé, mais il était très touchant », note Olivier Beddeleem président du jury des lecteurs. L'étudiante de l'ESJ repart avec un abonnement Nord éclair. B.B. 


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