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JUSTICE

Le maire d'Hénin placé en garde à vue hier

Le maire d'Hénin lors du conseil municipal de lundi soir. Hier matin, des policiers frappaient à sa porte... Photos Ludovic Maillard Le maire d'Hénin lors du conseil municipal de lundi soir. Hier matin, des policiers frappaient à sa porte... Photos Ludovic Maillard

Gérard Dalongeville a été interpellé hier matin ainsi que Guy Mollet, l'éditeur de l'ancien bulletin municipal d'Hénin, et Claude Chopin, qui fut son premier adjoint chargé des finances de 2001 à 2008.




CÉLINE DEBETTE ET FLORENCE TRAULLÉ > region@nordeclair.fr
La nuit, après une soirée très agitée, n'aura pas été bien longue. Au lendemain d'un conseil municipal désolant au cours duquel Gérard Dalongeville s'est débarrassé de sa première adjointe, Marie-Noëlle Lienemann, et de son adjoint communiste à la culture, coupables à ses yeux de n'avoir pas voté, il y a une semaine, le budget de la ville, le maire d'Hénin a ouvert sa porte à des policiers hier matin. Emmené au commissariat de Lens, il y a été placé en garde à vue par les enquêteurs de la section financière de la police judiciaire de Lille pour « des affaires de gestion », s'est contentée de dire Brigitte Lamy, procureure de Béthune.


Deux autres personnes ont également été interpellées : Guy Mollet, connu dans le Béthunois où son sens des affaires a laissé quelques souvenirs et qui fut l'éditeur du bulletin municipal d'Hénin « Le journal du pays » jusqu'à sa liquidation judiciaire en janvier 2008. Il était également un des organisateurs du grand prix d'Isbergues, une course cycliste. Également mis en garde à vue, Claude Chopin, l'ancien premier adjoint de Dalongeville (2001-2008). Il s'occupait des finances de la commune. On le dit proche du président de la Carpe Héninoise, condamné à six mois de prison avec sursis, il y a peu, pour prise en charge de frais qui concernaient une activité municipale sans aucun rapport avec la pêche.
Hier après-midi, les enquêteurs de la brigade financière se sont également rendus en mairie d'Hénin pour une perquisition. Dans la soirée, tant le parquet que la PJ restaient d'une discrétion absolue sur les investigations menées.
Prise illégale d'intérêts
Il y a une semaine, c'est Philippe Demarquilly, l'adjoint à l'urbanisme d'Hénin, qui connaissait le même sort. Mis en garde à vue pendant 48 heures et déféré au parquet, il est accusé de « prise illégale d'intérêts » et comparaîtra devant le tribunal de Béthune le 26 mai. Il avait acheté en 2003, pour 3 689 euros, un terrain à Hénin-Beaumont. En 2007, Philippe Demarquilly le revendait avec une magnifique plus-value puisqu'il en obtenait... 774 700 euros. Il faut dire qu'entre-temps, le terrain avait été classé en zone constructible par le plan local d'urbanisme. En sa qualité d'adjoint en charge de l'urbanisme, il avait élaboré le dit plan d'urbanisme et pris part au vote...
Si à Hénin beaucoup prédisaient que ce n'était alors que le début d'une longue série, l'annonce de l'interpellation de Gérard Dalongeville a évidemment fait l'effet d'une petite bombe. Le contexte s'y prête.
Un rapport récent de la Chambre régionale des comptes (CRC) du Pas-de-Calais s'inquiète de la gestion de la commune qui accuse la bagatelle d'un déficit de plus de 12 millions d'euros, l'équivalent d'un tiers de son budget annuel de fonctionnement et parle d'une « impasse de trésorerie » de 8 millions. Une situation « exceptionnelle et grave » caractérisée, selon la CRC, par une absence de maîtrise des dépenses de personnel, des budgets communication et cérémonies disproportionnés et des emprunts à hauts risques pour un tiers de l'encours...
Gérard Dalongeville est également sous le coup d'une menace de suspension de ses fonctions de maire par le préfet du Pas-de-Calais qui lui a notifié une « procédure contradictoire de demande d'explication ». Le préfet étudie sa réponse qu'il a reçue lundi après-midi.
Pour Marine le Pen, qui rêve de nouvelles élections à Hénin, ce n'est « que la partie émergée de l'iceberg ». Elle se dit persuadée que « d'autres adjoints suivront » et appelle à la révocation du maire et à la tenue de nouvelles élections.
Marionnette
Pierre Ferrari, le seul socialiste à avoir soutenu lundi soir Marie-Noëlle Lienemann débarquée de son poste d'adjointe et remplacée par Jean-Pierre Deshayes qualifié de « marionnette » de Gérard Dalongeville, estime que « cette garde à vue est à l'image des pratiques du maire et de ses acolytes » et il dénonce « l'attitude, les procédés et les manoeuvres de Dalongeville » qualifiés de « honte pour un élu qui se prétend socialiste ».
Refusant hier de commenter la garde à vue du maire, à ce stade de l'enquête, Marie-Noëlle Lienemann observait que Gérard Dalongeville « pense toujours qu'il va être sauvé et croit pouvoir être exonéré de rendre des comptes ».
Cette fois, c'est devant des policiers qu'il doit s'expliquer.

Hénin-Beaumont, une sale épine dans le pied socialiste...

Comment faire le ménage sans remuer trop de boue ? Au PS, on joue la prudence, on manie le silence. À la veille des Européennes et alors que le parti prétend se rénover, l'affaire (les affaires ?) héninoise(s) tombe(nt) mal...Martine Aubry reste muette et renvoie sur Catherine Génisson, la première secrétaire du Parti socialiste dans le Pas-de-Calais qui reste assez lapidaire. Les socialistes héninois avaient été prévenus dimanche. S'ils entérinaient la demande de Gérard Dalongeville d'éjecter Marie-Noëlle Lienemann de son poste de premier adjoint, ils « se mettraient d'eux-mêmes en dehors du parti ». À savoir qu'ils atterriraient en commission des conflits pour être exclus du parti. Une menace qui ne les a guère émus. Catherine Génisson se dit « terriblement déçue » mais n'explique en rien l'attitude de ces élus héninois. « Comme ils se sont exclus du PS, je n'ai plus à parler d'eux ». Fermez le ban.Reste que ce qui se passe à Hénin-Beaumont sent suffisamment mauvais pour provoquer la gêne au PS. Hier, des portables, d'habitude bien plus réactifs, sonnaient aux abonnés absents du côté des caciques socialistes du Pas-de-Calais. La garde à vue du maire d'Hénin n'est évidemment pas, officiellement, « commentable » puisqu'il faut « laisser la justice suivre son cours ». Habituel.Très mou Mais sur le fond ? Et avec le recul, comment expliquer que le PS ait réintégré en son sein un Dalongeville, d'abord exclu pour s'être présenté contre l'ancien maire, et alors que la chambre régionale des comptes, dès 2003, était allée mettre son nez dans la gestion municipale d'Hénin ?« Le communiqué de la fédération du PS dimanche soir était très mou », constate Alain Alpern qui suggère que le PS aurait, de toute façon, lâché Marie-Noëlle Lienemann pour préparer l'arrivée du député Albert Facon à Hénin. Pourquoi Marie-Noëlle Lienemann, débarquée de la liste des Européennes alors qu'on lui reconnaît avoir bossé à Strasbourg, n'a-t-elle pas été davantage soutenue par la famille socialiste ? « Dès le début, j'ai été placardisée à Hénin », raconte-t-elle. C'est-à-dire dès juin 2008. « Il a fallu que j'attende trois mois pour avoir un bureau » . Un détail ? En voilà un autre : « Le bureau municipal, comme par hasard, a été fixé au moment où j'ai le bureau national du PS. Pour être sûr que je n'y sois pas ».Suspicions Alors, envoyée au casse-pipe celle qu'on avait dépêchée, en son temps, à Béthune dans la tourmente provoquée par l'affaire Mellick ? « Pour aller face à Marine Le Pen dans les conditions des dernières municipales, ils étaient bien contents d'avoir un petit soldat comme moi... » , lâche celle qui dit aussi : « certains rêvent de me voir trébucher, je le sais... » L'exclusion probable de ces socialistes héninois, la dissolution annoncée de la section d'Hénin dirigée par Jean-Pierre Chruszez, devenu adjoint lundi soir, suffiront-elles à laver les suspicions qui pèsent sur le PS dans le Pas-de-Calais et pourraient bien éclabousser au-delà d'Hénin ?Sale épine dans le pied socialiste, et plus particulièrement dans celui de sa première secrétaire...  FL.T.

Jusqu'où son étrange flegme ?

Surnommé « Brutus » par les uns, « Monsieur 85 % » par d'autres - allusion à la flambée des impôts locaux quand il est devenu maire - Gérard Dalongeville ne s'est jamais départi d'un calme aux limites de l'étrange...Est-ce la barbe, est-ce la stature, est-ce le costume ? Toujours est-il que Gérard Dalongeville fait bien plus que la petite quarantaine qu'il affiche au compteur de l'état civil. L'actuel maire d'Hénin-Beaumont, on le découvre véritablement quand il prend, au milieu des années 90, les fonctions de directeur de cabinet du socialiste Pierre Darchicourt, alors premier magistrat de la ville. À l'époque, ces deux-là semblent inséparables.Indissociables. En 2000, tout bascule.« Il l'a poignardé dans le dos »Le bras droit se mue en Brutus, surnom dont il sera affublé, pour avoir tué celui qui l'a fait. En 2001, première provocation au parti socialiste, Gérard Dalongeville, bien qu'exclu du parti pour crime de dissidence, bat Darchicourt et s'installe dans le fauteuil de maire. « Il l'a poignardé dans le dos », se souvient Alain Alpern, ancien vert désormais au PS qui a voulu croiser le fer contre Dalongeville aux dernières élections. À première vue, Dalongeville n'a pourtant rien d'un tueur.Le jeune Pierre Ferrari, élu sur sa liste aux dernières municipales et qui s'est fait éjecter de sa délégation d'adjoint en octobre dernier pour avoir dit publiquement ce qui courait tout bas à Hénin, à savoir que le temps était venu « pour la mairie d'Hénin-Beaumont de se serrer la ceinture en matière de train de vie en changeant la manière de concevoir la dépense », se souvient de ses premières impressions quand il découvre le personnage Dalongeville : « Au premier abord, plutôt sympathique et même chaleureux. » Mais aussi « un homme énigmatique, un mystère que je n'arrive pas à percer. » Son calme, de fait, stupéfie dans la tourmente dans laquelle il surnage. Une menace de suspension par le préfet qui plane sur sa tête, telle une épée de Damoclès, des rumeurs qui couraient depuis un moment sur un prochain intérêt de la justice pour sa gestion (voilà qui est fait), des accusations de clientélisme, un rapport accablant de la chambre régionale des comptes ; rien de tout cela, décidément, ne semble troubler la sérénité du bonhomme. Jusqu'où et pourquoi ?Fort bien entouré...« Que sait-il qui lui donne l'impression d'être à ce point tranquille ? » s'interroge un observateur de la vie politique dans le Pas-de-Calais. Comment expliquer que le PS, après l'avoir banni, l'ait réintégré en son sein ? On l'a même vu, au moment de son retour en grâce socialiste, fort bien entouré. Cette rentrée au bercail avait pourtant fait grincer quelques dents. Et déjà celles de Marie-Noëlle Lienemann qui affirme s'y être alors opposée. En vain.Lundi soir, au sortir d'un conseil au climat infect, il continuait de donner l'impression de marcher sur l'eau. « C'est comme s'il pensait, toujours, que ça va s'arranger », avance Marie-Noëlle Lienemann, elle aussi troublée par cet aspect de sa personnalité. Qu'en est-il dans un commissariat face à des enquêteurs de la police judiciaire ? Jusqu'où son étrange flegme ?  FLORENCE TRAULLÉ

ÉCLAIRAGE

Corruption révélée au grand jour ?Après avoir voté le retrait de Marie-Noëlle Lienemann et de David Noël de leur fonction d'adjoint, le conseil municipal a désigné, lundi soir, deux nouveaux adjoints : Danièle Filipowicz et Jean-Pierre Chruszez. Ces deux nominations et plus particulièrement celle de Danièle Filipowicz ont provoqué les huées du côté du FN. Selon Marine Le Pen, l'élue aurait été manipulée par le maire. « Nous avions entendu dire que Mme Filipowicz ne voterait pas le budget primitif ni le compte administratif lors du conseil du 30 mars. Or, à notre grand étonnement, elle n'a pas tenu ses engagements », explique la conseillère municipale frontiste qui précise qu'une promesse d'embauche pour le fils de l'élue aurait été signée peu avant ce fameux conseil. Toujours selon les mêmes sources, cette embauche concerne Relais Nature, structure associative subventionnée par la mairie. Mme Samaille, une des responsables de ladite association, a affirmé que Thomas Filipowicz n'y travaillait pas, du côté de la mairie, même son de cloche : « Aucune personne n'est employée sous ce nom chez nous ».


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