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LILLE / SCIENCES PO LILLE

Profs inquiets, élèves prudents

Comme un peu partout en France, des enseignants-chercheurs de Sciences Po s'inquiètent d'un projet de réforme de leur statut, qui date de 1984.



Hier, ils expliquaient aux étudiants les raisons de leur colère.
SÉBASTIEN LEROY >
sebastien.leroy@nordeclair.fr


La colère enfle dans le supérieur. C'était hier au tour des enseignants de Sciences Po d'alerter leurs étudiants sur les dangers qu'ils entrevoient pour l'avenir. En l'occurrence c'est un projet de décret d'application de la loi relative aux responsabilités des universités qui les fait bouillir.
Un décret « sans concertation » qui « pourrait mener à la perte de leur indépendance. » « Ce qu'il prévoit c'est l'individualisation des carrières, auparavant gérées au niveau national par une instance composée pour l'essentiel de pairs. Demain, ce sont les chefs d'établissements et les exécutifs locaux qui décideront de nos carrières », argue Camille Goirand, maître de conférence.
« Un pouvoir exorbitant », selon Bruno Villalba, également enseignant-chercheur à l'IEP. « Ce type de pratiques porte en lui des risques d'arbitraire, car ces instances locales auront leurs intérêts propres. On ne sera pas jugé de la même manière sur tout le territoire et surtout, on pourrait être incités à travailler dans des domaines plus "rentables" que d'autres, en fonction de la composition des conseils d'administration des facs » . Insupportable pour des chercheurs qui tiennent à leur liberté de recherche.
Autre point d'achoppement, la modulation des services d'enseignement. « Concrètement les enseignants-chercheurs dont l'exécutif de l'établissement estimera qu'ils ne font pas assez de recherches ou qu'ils ne publient pas dans les "bonnes" revues devront faire plus d'enseignement », souligne Bruno Villalba. Résultat : « vous pourriez vous retrouver en cours avec des enseignants qui seront les moins bons, ceux qui font le moins de recherches ». Les chercheurs qui cherchent dans le « bon sens » étant, eux, partiellement déchargés d'enseignement...
L'assistance semble indécise. Certains voient dans cette mobilisation un corporatisme qui les dépasse un peu. D'autres sont solidaires contre une « privatisation de l'université ». Si bien que les étudiants préfèrent faire le point jeudi midi pour décider s'ils rejoignent le mouvement enseignant. Les profs, eux, sont déjà en mode offensif. Ils feront grève jeudi et seront dans la manifestation prévue ce jour-là.
Et menacent d'actions plus musclées (rétention de notes, grève illimitée, etc.) si leur ministre ne les entend pas d'ici à lundi.


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