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LILLE / SOLIDARITÉ

Lille crée un réseau de villes européennes pour Naplouse

Dans la vieille ville de Naplouse, on retrouve l'ambiance de tous les anciens quartiers méditerranéens du monde arabe. Ses échoppes, ses habitants qui prennent le thé sur le pas de porte, ses vendeurs de poulets vivants, ses minuscules boutiques où l'on t Dans la vieille ville de Naplouse, on retrouve l'ambiance de tous les anciens quartiers méditerranéens du monde arabe. Ses échoppes, ses habitants qui prennent le thé sur le pas de porte, ses vendeurs de poulets vivants, ses minuscules boutiques où l'on t

À Naplouse, la délégation lilloise a pu mesurer que le jumelage est un bol d'air plus qu'essentiel. Dans cette ville paralysée par le bouclage israélien, il suffirait de presque rien... Il suffirait que la paix



, enfin, fasse sauter les verrous.
FLORENCE TRAULLÉ
> florence.traulle@nordeclair.fr


Naplouse est une ville à terre mais, sous la déprime engendrée par près de neuf ans de blocus imposé par Israël qui a déployé ses soldats autour de la ville, on sent aussi bouillonner une véritable énergie. Elle peut prendre la pire forme. « La situation politique que nous vivons a des conséquences terribles pour les jeunes. Beaucoup sont désoeuvrés, totalement déboussolés. Ils se réfugient dans la religion, dans les mouvements extrémistes » s'inquiète Najat Abou Baker, députée de Naplouse et démocrate acharnée. « Le blocus affecte nos vies. La jeune génération est née avec la première puis la deuxième Intifada. Les tanks, les bulldozers, les incursions israéliennes la nuit, tout cela affecte psychologiquement les plus jeunes » confie, de son côté, le maire (Hamas) de Naplouse. Adli Yaish a passé deux ans dans les prisons israéliennes, avant d'être libéré faute de preuves de son implication dans des agissements terroristes. Il fait figure de modéré dans le complexe échiquier politique intra-palestinien. Cet homme croit aussi dans les forces vitales de sa population. « mais, pour cela, nous avons besoin de paix ».

« On est d'ici
et on veut vivre ici »

Si, dans l'ancienne capitale de la Cisjordanie, de nombreux jeunes ont choisi la voie des armes, la majorité de cette génération espère autre chose. Shafik Jamous, 21 ans, est de ceux-là. Étudiant à l'université An Najahr de Naplouse, il a monté avec trois copains de fac une « junior-entreprise » dont il espère maintenant faire une vraie PME informatique « avec la première hotline de maintenance en Palestine ».
Pour y arriver, il se bat comme un diable. « C'est vrai que les circonstances économiques ne sont pas bonnes, que ça serait mieux de faire ça à Ramallah mais on est d'ici et on veut vivre ici » explique le jeune homme dans un anglais parfait.
Il est venu déposer son projet au centre social de la vieille ville où Ayman Al Shaka'a, le directeur, travaille à un projet d'incubateur d'entreprises soutenu par la ville de Lille. « Le développement de Naplouse passe par l'économie » estime Marie-Pierre Bresson, adjointe (Verte) à la Solidarité Internationale pour qui, le jour où la paix sera enfin construite entre Israël et la Palestine, « Naplouse pourra retrouver son rôle économique en Cisjordanie et des tas de projets de développement réel pourront émerger ». La paix, ce serait aussi l'ouverture des esprits cloisonnés dans une ville où les seuls loisirs offerts à la jeunesse sont la télévision et Internet. Depuis quelques semaines, un restaurant s'est installé en bordure de la vieille ville mais il n'est pas à la portée de toutes les bourses. Reste que c'est une petite révolution.
À part ça ? L'hôtel Al Jasmeen, déserté par les touristes qui ne viennent plus ici, mais qui fait café l'après-midi. À l'abri des regards, on croise même des couples d'amoureux, jeunes filles voilées et jeunes hommes occidentalisés qui se tiennent pudiquement par la main. Et quoi d'autre ? Les petites échoppes traditionnelles du vieux quartier qui offrent thés, beignets et pâtisseries mais les jeunes filles ne peuvent s'y aventurer le soir.
Dans quelques semaines, un cinéma devrait voir le jour dans le centre commercial qui vient d'ouvrir mais qui peine à trouver des commerçants pour s'installer. Le niveau de vie de la population ne s'y prête guère. Les pauvres sont fauchés et les riches ont plus de facilité pour quitter la ville. Ils font plutôt leurs courses à Ramallah, devenue la capitale politique de la Cisjordanie, ou à Ramallah.

Rien de dérisoire
« La vie est très fermée ici. On s'occupe de sa survie économique » déplore Fahmi Masri qui fréquente les cours du Centre culturel français « la culture n'est pas prioritaire. Si les anciens cinémas ont fermé au moment de la première Intifada, c'est aussi parce que les gens n'y allaient plus ».
Au-delà des coopérations médicales, universitaires, économiques que la ville de Lille essaye de bâtir avec Naplouse, elle veut aussi ouvrir les fenêtres de la ville encerclée sur le monde. Convaincue qu'elle dispose d'un potentiel (50 % de moins de 20 ans) qui peut certes la mener au pire mais qu'il n'est pas toujours certain. On appelle ça l'espoir. Vu de Naplouse, cela n'a rien de dérisoire.

« Une opinion publique se crée pour réclamer la paix »

Adjointe à la solidarité internationale à la ville de Lille, Marie-Pierre Bresson explique l'intérêt de fédérer l'action des villes européennes pour Naplouse. Au-delà de l'efficacité sur le terrain, elle y voit une démarche politique aussi. Comment est née l'idée d'un réseau regroupant les différentes collectivités locales européennes jumelées avec la ville de Naplouse ? >>  Lors de notre déplacement en juillet à Naplouse, nous avions rencontré Raffaele Porta, de l'Observatoire de l'Euroméditerranée à la ville de Naples, une municipalité active dans le CUEPO, le collectif européen pour la paix au Proche-Orient. Nous avons trouvé pertinent, compte tenu de la difficulté à intervenir à Naplouse, de partager nos informations et de mutualiser nos moyens. Raffaele Porta a été très enthousiaste et nous avons proposé aux autres collectivités, villes et Régions, jumelées avec Naplouse de se joindre à nous. Où en est ce partenariat ?  >> La première démarche commune a été notre rencontre, en septembre, lors de la conférence pour la paix organisée par le CUEPO. Nous avons pu découvrir les domaines d'intervention des uns et des autres, à Naplouse. L'idée est de ne pas faire de doublons. Si une ville travaille déjà sur un projet sur lequel on pense agir, autant se concentrer sur autre chose. L'idée est d'être plus efficaces. Et que chacun puisse être le représentant des autres quand il intervient à Naplouse. Pourquoi ?  >> Avoir l'identité du réseau EuroNaplouse donnera plus de force à nos actions respectives. C'est aussi une volonté de faire porter une voix européenne à Naplouse. Comme cela se fait à Gaza et comme cela est en train de se monter à Djenine et Bethléem. Une démarche des collectivités locales pour compenser le déficit de message européen et d'action politique commune dans le conflit du Proche-Orient ?  >> Il nous faut créer une opinion publique européenne sur ce sujet. Les collectivités locales peuvent s'en faire l'écho et demander à l'Union Européenne et à leurs gouvernements d'agir. Nous sommes à un moment clé. L'intervention israélienne à Gaza a montré que l'opinion publique, ici, s'emparait du sujet. Dans les manifestations, on a vu des citoyens simplement très concernés par les droits de l'homme. Des gens qu'on ne voit pas habituellement. Il y a une opinion publique qui se crée pour réclamer la paix au Proche-Orient. PROPOS RECUEILLIS PAR FL.T.


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