La menace de l'arrêt des deux hauts fourneaux de Florange (lire page 41) s'est invitée à la première grande émission politique du Premier ministre, sur fond de hausse du chômage et d'efforts budgétaires historiques. Devant de nombreux membres du gouvernement, il a appelé, comme dans chacune de ses interventions depuis quatre mois, à la mobilisation et a martelé son « précepte : ne jamais renoncer ». « La France est affaiblie », a-t-il admis. Mais, « autour de nos valeurs, aujourd'hui, il faut se dire qu'on va y arriver ! ».
Sur le chômage. Après avoir émis des réserves sur l'objectif présidentiel d'inverser la courbe du chômage d'ici à un an, le Premier ministre, là aussi, a affiché son volontarisme. « On fera tout pour réussir (...) Il est important de se fixer des objectifs ambitieux », a-t-il estimé. Avant de proposer une réforme début 2013 pour dynamiser la compétitivité française, il a semblé prêt à explorer toutes les pistes, y compris sur le coût du travail (lire ci-contre), qui « n'est pas un sujet tabou ».
Sur le budget et la fiscalité. A la veille de la présentation du budget 2013 qui prévoit des efforts historiques, le Premier ministre a souligné que neuf Français sur dix ne seraient pas touchés par les hausses d'impôts (lire ci-dessous). Il a répété que l'objectif de 0,8 % de croissance en 2013 est « réaliste » et « atteignable » et celui de ramener le déficit français à 3 % du PIB est maintenu.
En attendant, il a redit que la CSG et la TVA ne seraient pas augmentées en 2013. S'il a exclu d'augmenter le taux de CSG pour les retraités en 2013, il a toutefois laissé entendre que les retraités les plus aisés pourraient contribuer au financement de la dépendance, au nom de la « solidarité intergénérationnelle ».
Deux catégories de niches fiscales restent en place, « les niches à caractère culturel » et celles qui concernent les « investissements dans les DOM ».
Sur le traité budgétaire européen. Voulant apaiser les tensions liées à l'opposition des écologistes au traité budgétaire européen, il a rendu hommage à l'action de ses ministres EELV Cécile Duflot et Pascal Canfin. « Tout gouvernement a une règle.
C'est "On discute et après on est solidaires". C'est le cas », a expliqué M. Ayrault, se défendant de toute « mansuétude » à l'égard de ses ministres. Mardi, il fera une déclaration sur l'Europe à l'Assemblée, en ouverture des débats parlementaires sur le « paquet » européen. Il ne la soumettra pas au vote mais dira plutôt « d'où nous venons ».
Selon lui, « les lignes ont bougé en Europe » depuis l'élection de François Hollande, même si « d'un point de vue juridique », le traité européen « n'a pas été renégocié », comme s'y était engagé le candidat PS durant la campagne. Mais pour M. Ayrault, ce qui compte, « c'est tout ce qui va avec : le paquet croissance, le paquet perspective pour enfin faire que l'Europe ne soit pas seulement une zone de libre-échange, mais porte aussi un projet, qu'elle redonne de l'espoir ».
Sur sa popularité. Malmené comme François Hollande dans les sondages « Je ne suis pas là pour gérer les affaire courantes, je suis là pour redonner de la force au projet français », a expliqué celui que sondages et politologues décrivent déjà comme affaibli, quatre mois après son entrée à Matignon. Interrogé sur l'opportunité d'un président et d'un Premier ministre « normaux » dans des périodes exceptionnelles, Jean-Marc Ayrault a répondu en faisant allusion au quinquennat de Nicolas Sarkozy : « Tout le monde sait pourquoi ce mot a été employé. On était dans les excès, dans les caricatures dans le quinquennat qui a précédé. Il fallait rompre avec cela ».w