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AFGHANISTAN

L'ex-taliban devenu émissaire de paix

Pour Malauvi Qalamuddin, les talibans ont changé.Photo AFP Pour Malauvi Qalamuddin, les talibans ont changé.Photo AFP

Il était l'un des hommes les plus craints du régime taliban, le chef de la « police des vices et vertus » qui terrorisait intellectuels, femmes ou simples téléspectateurs. Maulavi Qalamuddin est désormais membre du Haut conseil pour la paix, nommé par le président afghan Hamid Karzaï pour dialoguer avec les rebelles.




Maulavi Qalamuddin, 60 ans, résume à lui seul toutes les contradictions de l'Afghanistan en 2012, après dix ans de présence étrangère. L'ancien chef de la « police des vices et vertus » reconnaît « beaucoup de réussites » durant l'ère talibane qui a duré de 1996 à l'arrivée des forces de l'Otan fin 2001, « mais quelques erreurs aussi » .
Des erreurs qu'il attribue aux faibles connaissances des talibans, pour la plupart d'anciens paysans ou combattants contre l'occupation russe dans les années 1980 puis durant la guerre civile ayant suivi. « Moi, par exemple, je ne savais pas ce qu'était un ordinateur. Mais maintenant, j'ai appris. Avant, quand quelqu'un mettait un magnétophone devant moi, j'avais peur », confesse-t-il tandis qu'un petit écran est allumé dans un coin de la pièce, ce qui aurait été impossible il y a quinze ans. « Les talibans avaient interdit la télévision parce qu'ils avaient peur que des films mauvais soient diffusés », observe Maulavi Qalamuddin qui reconnaît regarder « des programmes politiques, sociaux, les actualités et parfois des divertissements » .



« Pas les moyens de payer
les professeurs »

Emprisonné durant deux ans à l'arrivée des troupes étrangères en 2001, l'ancien cadre taliban, nommé depuis lors au Haut conseil de la paix par le président Hamid Karzaï pour dialoguer avec ses ex-comparses, affirme ne plus avoir de contact avec eux sauf quand il retourne chez lui, dans la province de Logar, au sud de Kaboul. « Maintenant, tout a changé. Je peux voir dans leur attitude que sur 80 % des thèmes, ils ont évolué », affirme Maulavi Qalamuddin.
Reste à comprendre quels thèmes sont concernés. Les droits des femmes semblent être un terrain en jachère. « Nous les respectons, dans le cadre de l'islam », dont celui à l'éducation, indique Maulavi Qalamuddin. Et si les filles étaient interdites d'école par les talibans, « c'est parce que nous n'avions même pas les moyens de payer les professeurs pour les garçons » . Outre l'impossibilité d'étudier, les femmes se voyaient refuser le droit de travailler ou, plus simplement, de sortir de chez elles sans burqua et accompagnateur.
Les hommes vivaient aussi dans la peur. Couper sa barbe valait aux contrevenants d'être punis sous les talibans. « Il s'agit d'une obligation de l'islam. Tous les prophètes, dont le Christ, avaient une barbe », souligne encore aujourd'hui l'ancien chef de la « police des vices et des vertus ». « Ceux qui ne la font pas pousser sont des pêcheurs » , reprend-il. Mais à Kaboul et dans les grandes villes afghanes, une grande majorité des hommes affichent désormais un visage glabre.
D'après un rapport de l'Otan qui a fuité mercredi, « beaucoup d'Afghans se préparent mentalement à un éventuel retour des talibans » une fois la coalition partie : les forces étrangères, fortes de 130 000 hommes, vont progressivement se réduire jusqu'à un retrait quasi total fin 2014. Mais « nous ne voulons pas d'un nouveau gouvernement taliban, mais d'une autorité qui représente tous les Afghans. Si cela ne se produit pas, cela sera un échec pour la communité internationale », observe Maulavi Qalamuddin.
Mais pourquoi alors une grande partie des Afghans, particulièrement les citadins, tremble à l'idée d'un retour de ses anciens dirigeants au pouvoir ? La réponse de Qalamuddin fuse : « Seul un petit nombre de personnes a peur. Ce sont c elles qui n'aiment pas les lois islamiques. »w


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