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Tabac à l'étranger : la fin des seuils, pain béni pour les buralistes belges ?

Publié le 29/11/2010 à 00h00

Sous la pression de Bruxelles qui juge « non conformes aux principes de libre-circulation » les limitations à l'achat de tabac à l'étranger, la France s'apprête à supprimer ces seuils pour les achats dans l'UE.

Tabac à l'étranger : la fin des seuils, pain béni pour les buralistes belges ?
Sous la pression de Bruxelles qui juge « non conformes aux principes de libre-circulation » les limitations à l'achat de tabac à l'étranger, la France s'apprête à supprimer ces seuils pour les achats dans l'UE.


MAGALIE GHU > magalie.ghu@nordeclair.fr
On pourrait l'appeler la route du tabac. Sur la rue Jules Guesde, à Wattrelos, à peine le panneau Herseaux passé, les losanges rouges estampillés tabac se superposent. Sur quelques dizaines de mètres, pas moins de 7 « supérettes » du tabac sont alignées, amoncelant cartouches de cigarettes et seaux de tabac dans leurs vitrines.
C'est qu'ici, les cigarettes coûtent 20 à 30 % moins cher que côté français. Alors, pour les frontaliers, cela vaut la peine de faire le déplacement.


« Je viens chaque semaine acheter mes cigarettes ici », explique Leila, une Roubaisienne qui ne repart qu'avec deux paquets de cigarettes.
Alors, si on peut acheter autant de tabac que l'on veut chez nos voisins, cela va-t-il vraiment changer la donne ? Non, affirment la plupart des buralistes de cette rue d'Herseaux qui notent que les clients n'achètent en général pas plus de 2 ou 3 cartouches. « Mais c'est vrai que beaucoup nous demandent la limite légale, par peur du contrôle à la douane », concède Mirza, gérant du Luxe Tabac qui affirme que la quantité maximale change selon le douanier qu'on interroge. Pourtant, dans cette rue, la plupart des buralistes ont une brochure éditée par Japan Tobacco International qui stipule que chacun peut acheter 800 cigarettes, soit 4 cartouches, et 1 kilo de tabac à rouler. La filiale française du fabricant de cigarettes, qui estime que 12 % des cigarettes consommées en France ont été achetées à l'étranger, a d'ailleurs appelé la France à clarifier les seuils afin de ne pas relancer les achats transfrontaliers.
Alors certains fumeurs seront-ils tentés d'acheter plus en Belgique pour faire des réserves ? « Peut-être ceux qui viennent de plus loin » , suppose Said, à Eurotabac, qui accueille 3 à 4 clients du Pas-de-Calais ou de la Somme par jour. Des Normands sont ce jour-là en train d'acheter quelques cartouches dans la boutique voisine, mais assurent ne pas avoir fait le voyage pour le tabac.

« On viendrait
avec une remorque »

Et s'il n'y avait plus de limites ? « Là, on viendrait avec une remorque », lancent-ils sur le ton de la plaisanterie. À la caisse de Said, une Wattrelosienne nuance : « J'ai de la famille qui vient chaque mois du 62. Ils ne viendront pas plus souvent, dit-elle. Car plus on a de cigarettes, plus on est tenté de fumer ». Un avis que partage Araza, à la boutique d'en face. « Les gens ne peuvent pas se permettre d'acheter 10 ou 20 cartouches d'un coup », juge-t-il.
Pourtant, acheter un paquet de cigarettes environ 4 E contre près de 6 E en France ne pourrait-il pas donner des idées à ceux qui ne viennent pas seulement pour satisfaire leur besoin personnel de nicotine ? « La contrebande va éclater », s'indigne Patrick Brice, président de la Fédération Nord des débitants de tabac qui compte parmi ses adhérents quelque 200 buralistes situés à moins de cinq minutes de la frontière.
« Mais Bruxelles aura de nos nouvelles », assure-t-il, ajoutant : « Les buralistes belges feraient bien de ne pas crier Cocorico trop vite, car l'UE est en train de se pencher sur une uniformisation des prix au sein de l'Union ».
Un projet dont beaucoup de buralistes nordistes ont entendu parler depuis trop longtemps. « Déjà en 2002, quand les prix ont commencé à grimper en France, on nous disait cela », se désole Marilou Debled, gérante du bar-tabac de la Houzarde à Wattrelos, à quelques enjambées de la frontière.
Elle affirme avoir perdu 95 % de ses clients pour le tabac. Pas étonnant quand son voisin Said affirme avoir 98 % de Français parmi ses clients.
À la direction générale des douanes, on assure que s'il n'y a plus de seuil à ne pas dépasser si ce n'est celui de la consommation personnelle, les douaniers seront toujours là pour lutter contre le trafic.
« C'est leur métier d'apprécier la différence entre une consommation personnelle et un achat commercial », assure-t-on.w

Nord Éclair