En vacances, l'opinion oublie tout ?
Publié le dimanche 04 juillet 2010 à 06h00
La pause estivale arrive à point nommé pour le gouvernement, secoué par de nombreux scandales. Photo AFP
Entre l'affaire Woerth, les polémiques liées aux dépenses des ministres, un énorme scandale potentiel et la nouvelle chute de popularité du chef de l'État, l'exécutif manque de souffle. La pause estivale ne lui sera pas de trop.
MARTIN LEPRINCE > france.monde@nordeclair.fr
Alors qu'une partie des Français partent pour le premier mois des congés d'été, la majorité, elle, attend les siens avec impatience. Face aux turbulences que traverse actuellement le gouvernement, la trêve estivale fait désormais figure de ballon d'oxygène. Au premier rang des difficultés, la polémique touchant Éric Woerth, liée aux relations entre l'ancien ministre du Budget, son épouse Florence et la milliardaire Liliane Bettencourt, ne cesse de prendre de l'ampleur. Le ministre du Travail, pourtant déjà bien occupé avec la réforme des retraites, consacre désormais une partie importante de son temps à bâtir sa défense. Pas un jour sans que de nouvelles révélations viennent s'ajouter aux charges. Une rencontre avec Liliane Bettencourt, en janvier 2008, mentionnée dans un journal intime ; des dons versés à l'UMP par la troisième fortune de France; des enregistrements pirates qui présentent Éric Woerth comme « un ami » ; une légion d'honneur remise au gestionnaire de la fortune de l'héritière l'Oréal (et accessoirement employeur de son épouse) ; l'absence d'investigation fiscale alors que la parquet avait transmis à Bercy des éléments sur la situation de François-Marie Barnier, le sulfureux photographe soupçonné d'avoir manipulé la milliardaire pour lui escroquer de l'argent...
Une bombe à retardement Les accusations de conflits d'intérêts pleuvent sur Éric Woerth, dont le principal tort est d'avoir combiné ses fonctions de trésorier de l'UMP et de ministre.
De façon moins explosive mais aussi néfaste en terme d'image, d'autres ministres de Nicolas Sarkozy ont connu l'opprobre ces dernières semaines. Le secrétaire d'État en charge du Grand Paris, Christian Blanc, accusé d'avoir fait payer 12 000 euros de cigares sur fonds publics ; le ministre de la Fonction publique, George Tron, locataire d'un logement social parisien pour un loyer inférieur de 50 % au prix du marché ; le secrétaire d'État à la Coopération, Alain Joyandet, soupçonné d'avoir obtenu un permis de construire illégal pour sa résidence secondaire après avoir, en mars, affrété un jet privé (coût : 116 000 euros) afin d'assister à une conférence sur Haïti ; le secrétaire d'État à l'Outre-mer, Christian Estrosi, disposant de deux logements de fonction et laissant l'usage de l'un d'eux à sa fille ; la secrétaire d'État à la ville, Fadela Amara, prêtant régulièrement le sien à des membres de sa famille avec les services d'un cuisinier et d'un maître d'hôtel.
On se souvient aussi que l'ancienne ministre du logement Christine Boutin a dû renoncer à cumuler sa retraite parlementaire et une mission très bien rémunérée confiée par l'Élysée. Des privilèges accordés par la République à ses serviteurs qui n'ont certes rien d'illégaux, mais qui choquent profondément les Français à qui l'on demande actuellement des efforts conséquents pour réduire les déficits publics.
Ces « affaires » ne manquent pas de rejaillir sur l'image de Nicolas Sarkozy, qui avait promis lors de son élection une « République irréprochable ». Le chef de L'État subit une baisse sans précédente des opinions favorables, un récent sondage lui donnant une cote de popularité de seulement 26 %.
Mais tout cela pourrait bientôt apparaître comme secondaire face à une véritable bombe à retardement : l'instruction menée sur l'attentat de Karachi, à propos duquel la justice soupçonne le versement de rétro-commissions ayant servi à des financements politiques, notamment la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole. Certains, notamment chez les Verts, accusent déjà l'Élysée d'être intervenu pour empêcher de plus amples investigations sur certaines zones du dossier. Une telle enquête pourrait certes, comme d'autres avant elle, rester cloîtrée dans les bureaux des juges avec l'aide du « secret défense ». Mais si elle explosait médiatiquement, avec les conséquences que l'on peut imaginer, quelques semaines de vacances ne suffiraient pas à la majorité pour reprendre pied.w


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