De l'enfermement au vent de liberté
Publié le dimanche 08 novembre 2009 à 06h00
Il est construit en 1961 pour endiguer la fuite des Allemands de l'Est. Il tombe en 1989 parce que ces mêmes habitants le poussent jusqu'à le détruire... Retour sur l'élévation puis la chute d'un Mur qui a divisé le monde.
BÉRANGÈRE BARRET > berangere.barret@nordeclair.fr
Nous sommes en août 1961, le 13 exactement. Les autorités est-allemandes ont pris la décision, avec l'aval de Moscou, de fermer hermétiquement leur frontière avec l'Ouest, ils entament la construction d'un Mur. Pourquoi ? Parce que les Allemands fuient en masse la partie Est du pays.
Les conditions économiques sont difficiles, la répression de la manifestation ouvrière de 1953 est dans tous les esprits - les Est-Allemands furent à cette occasion les premiers à « expérimenter » la répression communiste -, et la fracture se creuse entre population et pouvoir. Rien qu'en avril 1961, 30 000 personnes quittaient la RDA... Les conséquences sont catastrophiques, économiquement, mais aussi en terme d'image. « Nous sommes dans un régime socialiste où la légitimité du pouvoir vient des ouvriers, analyse Jean-Paul Cahn, universitaire spécialiste de l'histoire allemande.
L'image de la société est-allemande se trouve écornée par ces départs. » La SED, parti unique de la RDA, tourne la justification du Mur à sa sauce : « C'est un rempart antifasciste qui évitera aux troupes de l'Ouest de nous envahir », disent-ils. La véritable raison est purement utilitaire : retenir les gens...
Le choc passé, la vie s'installe de l'autre côté du Mur. Les Est-Allemands comprennent que la solution fuite n'est plus envisageable, ils s'accommodent tant bien que mal du régime de la RDA, digèrent la rancoeur qu'ils ont ressentie en s'apercevant que l'Ouest, malgré quelques timides objections face à ce Mur, n'a rien fait de concret pour l'empêcher. La raison en est que ce Mur, si honteux soit-il, fixe des frontières, fixe un état de fait, et paradoxalement, éloigne le danger d'une Troisième Guerre mondiale.
« L'autre côté » idéalisé
Le passage devient totalement hermétique jusqu'en 1963, date à laquelle un accord de transit permet aux Allemands de l'Ouest de rendre visite à leur famille à l'Est.
Ces visites, c'est l'occasion pour les Ouest-Allemands d'étaler, « sans beaucoup de délicatesse », leur richesse. « Ils viennent avec la Mercedes, etc... », explique Jean-Paul Cahn. On se rend compte que ça va quand même mieux à l'Ouest. Puis dans les années 80, le brouillage de la télévision est réglé, on reçoit les chaînes de l'Ouest. Un ensemble de choses qui pousse les Est-Allemands à idéaliser l'« autre côté ».
Une contestation politique s'installe. Elle est d'abord le fait d'intellectuels, qui ne cherchent pas à déboulonner le régime mais plutôt à le réformer.
Parallèlement, le régime bouge en URSS. À partir de 1985, Mikhaïl Gorbatchev met en place la perestroïka, ensemble de réformes accompagnées d'un assouplissement des règles. Gorbatchev, c'est la nouvelle génération communiste. Honecker, au pouvoir en RDA depuis 1976, l'ancienne. Le dialogue passe mal entre les deux, Honecker ne comprend pas ces réformes, il y perçoit - non sans raison finalement - un danger pour l'URSS, et le communisme. Gorbatchev, de son côté, prévient : il ne soutiendra pas quelque répression que ce soit en RDA... Cette dernière se retrouve « coincée », d'autant que d'autres pays du bloc ont pris le train de l'assouplissement, notamment la Hongrie qui a ouvert sa frontière avec l'Autriche.
Cafouillage des autorités est-allemandes
La population descend dans la rue, vient grossir les rangs des contestataires. Ce que veut le peuple : la fin du régime et l'unité du pays. L'Ouest reçoit le message, à Bonn, les dirigeants font savoir qu'ils sont prêts à financer la réunification.
Les ingrédients sont prêts pour fissurer le Mur. Il s'écroulera subitement, suite à un cafouillage de plus des autorités est-allemandes. En effet, alors que le régime a décidé de mettre progressivement en pratique une ordonnance de liberté de circulation, un porte-parole du régime, peu au courant, répond à la question des journalistes sur le délai de mise en application de cette ordonnance : « À ma connaissance, le Mur est ouvert tout de suite. » Les Allemands de l'Est apprennent la nouvelle, se précipitent à la frontière. Même chose à l'Ouest. Les gardes-barrières à l'Est ne peuvent contenir longtemps la poussée du peuple. Ils finissent par ouvrir les frontières. La liesse de l'Est se joint à celle de l'Ouest. Nous sommes dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989.w





