Les Belges, touristes du médicament
Publié le lundi 18 mai 2009 à 06h00
Passer la frontière néerlandaise permet aux Belges d'économiser sur leurs achats de médicaments. Un mouvement qui met sous pression labos pharmaceutiques et caisses d'assurance maladie.
THÉO DUBREUIL > france.monde@nordeclair.fr
La chasse aux médicaments low cost est ouverte en Europe. Et la Belgique, petit pays à la pharmacopée très chère, contrairement à la France, recèle quelques spécialistes en la matière. Au point d'inquiéter les pouvoirs publics du royaume qui luttent depuis plusieurs mois contre l'évasion de patients partis chercher leur prescription aux Pays-Bas. Car, selon l'association Médecine pour le peuple, certains médicaments coûtent entre cinq et quinze fois moins chers aux Pays-Bas qu'en Belgique.
Résultat, des bus entiers ont été affrétés afin d'emmener à moindre frais des patients dans les pharmacies situées de l'autre côté de la frontière avant de les ramener chez eux. L'opération est rentable : plus de 60 E d'économies sur certaines boîtes de médicament. Mais à la limite du respect des règles sur l'importation des produits pharmaceutiques. Les bus ont été « interdits », précise Chris Van Hul, médecin-expert à l'Union nationale des mutualités libres de Belgique, et les contrôles ont été « renforcés ».
« C'est un effet pervers de l'utilisation de la carte de santé européenne qui est destinée à faciliter les achats de médicaments dans le cadre de séjours temporaires », explique le Dr Van Hul. Faux, rétorque le Dr Dirk Van Duppen, membre de l'association Médecine pour le peuple cette fois. « L'Europe oblige les États-membres à rembourser au maximum de ce que l'assurance maladie aurait fait si les médicaments avaient été achetés chez eux », précise-t-il. C'est « parfaitement légal ».
Opération « Kiwi »
Les Pays-Bas attirent, quoi qu'il en soit, toujours autant de « touristes du médicament », selon ce spécialiste. Et ce, grâce à l'opération « Kiwi », mise en place depuis juillet 2008. Ce système instauré par La Haye vise à mettre sous pression les laboratoires pharmaceutiques lors des négociations sur le prix des trente médicaments les plus courants. Il consiste à rembourser un seul produit, le moins cher de sa gamme, et à ne plus rien rembourser pour les autres. Sorte d'enchères inversées comme les pratique la grande distribution.
La Belgique a pensé mettre en place un système équivalent mais elle s'est finalement contentée d'un « Kiwi » light pour ne pas se mettre à dos son secteur pharmaceutique, gros pourvoyeur d'emplois dans le pays, explique en substance le Dr Van Duppen.
Cette solution intermédiaire n'a pas réglé le problème mais a donné satisfaction à l'industrie, farouche ennemi de ces mécanismes qui tirent vers le bas le prix des médicaments. Ils portent, selon elle, portent atteinte à sa capacité d'innovation. Une victoire ponctuelle car le Danemark et l'Allemagne songent à l'appliquer, comme aux Pays-Bas, pour réduire le déficit de leur système de santé.
La contrefaçon de médicaments, qui inquiète la Commission européenne, est un business rentable. Bien plus rentable que le trafic de drogue, selon certains experts de l'industrie pharmaceutique européenne. Renforcement des contrôles aux frontières et instauration de dispositifs de sécurité pour identifier les vrais emballages de médicaments, comme sur les billets de banque. Telles sont deux des pistes avancées par la Commission européenne pour lutter contre la contrefaçon des médicaments. Une lutte qui exige une coopération renforcée entre les Vingt-Sept, selon Bruxelles. Car, grâce à Internet, ce marché est en pleine expansion. Avec ses stars : le Viagra et le paracétamol, deux des médicaments les plus achetés. « L'abus et le trafic de médicaments vont dépasser la consommation de drogue. La demande pour ces produits est si forte qu'elle a fait naître un nouveau phénomène : les médicaments de contrefaçon », indique une note de la Fondation Shuman. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le marché de la contrefaçon représenterait 10 % du commerce mondial de médicaments et 50 % des médicaments vendus en ligne seraient faux. L'Europe a jusqu'à présent été épargné. Mais le phénomène s'y développe peu à peu. « Le nombre de médicaments falsifiés va croissant et le profil des risques a changé : ils ne concernent plus seulement des médicaments de confort mais aussi un nombre croissant de médicaments innovants et vitaux » , relève Bruxelles qui s'inquiète de ce que « ces produits sont distribués de plus en plus souvent par le biais de la chaîne d'approvisionnement légale ». T.D.


![[AUDIO] Immigration : France Terre d'Asile dénonce «l'inefficacité de l'inflation législative»](/mediastore/img/contenu/no_interview.jpg)



citospopulos : Pour ma part je pense qu'l y a toujours des personnes...
citospopulos : oui pour une nouvelle forme de police de proximité...
jeanjean59 : message pour Claire : Bravo pour votre "enfarinage"...