France

Festina : le juge déchu dénonce une « double peine »

Publié le 01/10/2012 à 00h00

L'ancien juge de l'affaire Festina, Patrick Keil, est mis en cause, à Lille, dans une affaire d'exercice illégal du conseil juridique. Lui se dit victime d'un manipulateur. Et dénonce une double peine qui l'empêche de travailler. Rencontre.

Festina : le juge déchu dénonce une « double peine »
L'ancien juge de l'affaire Festina, Patrick Keil, est mis en cause, à Lille, dans une affaire d'exercice illégal du conseil juridique. Lui se dit victime d'un manipulateur. Et dénonce une double peine qui l'empêche de travailler. Rencontre.

Difficile d'imaginer qu'il y a quatorze ans, en 1998, cet homme faisait trembler le Tour de France en instruisant à Lille l'affaire Festina.
Depuis, il y a eu le divorce, l'alcoolisme, la corruption, la révocation de la magistrature et une condamnation à Paris, en février dernier. Et cette mise en examen, en juillet à Lille, dans une affaire d'escroquerie et d'exercice illégal de la profession de conseiller juridique (NE du 13 septembre) .

On retrouve un Patrick Keil diminué dans un petit café de Ronchin, la commune où il réside désormais dans « un studio loué par un ami » . Avec de maigres ressources : 417 E par mois, son RSA. « Une fois enlevé mon loyer de 100 E, il me reste 10 E pour vivre », constate, amer, Patrick Keil, qui déteste l'image qu'il renvoie de lui-même. Il montre le tee-shirt qu'il porte, flanqué de l'emblème de la mairie d'Arras. « Vous croyez qu'on le vit bien, ça, quand on a été juge ? » Ses mains tremblent et il commande un « diabolo-menthe ». Il jure ne plus boire. Et s'il est là, c'est pour défendre son honneur, malgré tout. Pour essayer de s'expliquer, aussi. Il reconnaît sa « part de responsabilité » dans la nouvelle affaire qui le touche : avoir fauté en signant des actes qu'il n'aurait pas dû signer.
Mais il jure n'avoir « jamais eu le sentiment de faire quelque chose d'illégal » et explique n'avoir gagné « que 500 E » dans l'affaire. Il dénonce une forme d'acharnement contre lui : « Qu'est-ce qu'il me reste à moi ? Après vingt ans de magistrature, on m'interdit d'exercer dans mon domaine... », scande-t-il d'une voix tremblante

« J'étais pris à la gorge... »

Patrick Keil semble porter tout le malheur du monde sur ses frêles épaules. Cite l'exemple d'Alain Juppé, qui a été condamné, mais a pu redevenir maire de Bordeaux et ministre. Lui dit qu'aucun emploi ne lui est proposé, que tout le monde lui tourne le dos. « Il y a un an, un avocat voulait m'embaucher comme rédacteur d'actes, il a annulé au dernier moment, je suis victime de mon nom... » C'est pour toutes ces raisons qu'il dit avoir accepté de monter un business avec Dominique Lenglart en août 2010. « J'étais pris à la gorge. Il fallait que je vive. J'avais besoin de faire fonctionner mes cellules grises, aussi. » Dominique Lenglart, connu comme le loup blanc à Lille dans le milieu de l'immobilier et des affaires, mais également bien connu de la police et de la justice (lire ci-dessous).

Celui-ci, qui est décrit au mieux comme un « séducteur », au pire comme un « manipulateur », a-t-il profité de la faiblesse et de la crédulité de Patrick Keil ?
C'est la thèse de l'ancien juge, qui a assumé pendant un an la gérance officielle de la société Omni Jus, dont Dominique Lenglart, qui avait une interdiction de gérer, tirait les ficelles. C'est sans doute aussi la thèse de la justice, puisque contrairement à Keil, Lenglart a été incarcéré le 10 septembre après sa mise en examen pour gérance de fait, faux et usage de faux, abus de biens sociaux... La société devait faire du conseil juridique, mais semble avoir servi à bien d'autres choses, qu'il appartiendra à l'instruction menée par la juge Ida Chafaï de démêler.
Patrick Keil, lui, assure que tout s'est passé dans son dos. Refuse d'être un « bouc émissaire ». Et aimerait pouvoir retravailler pour ne pas « subir de double-peine ».

Nord Éclair