France

La droite retrouve l'opposition

Publié le 19/06/2012 à 00h00

Après avoir dominé durant dix ans l'Assemblée nationale, l'UMP a officiellement perdu, dimanche soir, sa majorité parlementaire. Face à une gauche qui centralise désormais l'ensemble des pouvoirs, la droite va devoir se reconstruire.

La droite retrouve l'opposition
Après avoir dominé durant dix ans l'Assemblée nationale, l'UMP a officiellement perdu, dimanche soir, sa majorité parlementaire. Face à une gauche qui centralise désormais l'ensemble des pouvoirs, la droite va devoir se reconstruire.


MARTIN LEPRINCE > france.monde@nordeclair.fr
« Bienvenue dans l'opposition ! » Après dix ans de mainmise sur le Parlement et dix-sept ans de présence à l'Élysée, la droite a désormais officiellement perdu sa majorité. Si, avec 314 députés, le Parti socialiste (avec ses alliés radicaux et divers gauche) a remporté la majorité absolue dimanche, l'UMP, elle, est condamnée à vivre plusieurs années en tant que « minorité absolue ».
Contrairement aux précédentes victoires de la gauche aux législatives, la droite ne possède plus la majorité au Sénat. Elle ne dispose de la présidence que d'une seule Région (l'Alsace), d'à peine 40 % des conseils généraux et n'est à la tête que de trois des dix plus grandes villes de France (Marseille, Nice et Bordeaux). Enfin, contrairement à la gauche lorsque celle-ci siège dans l'opposition, l'UMP ne peut pas compter sur le mouvement social pour lui offrir une nouvelle dynamique en portant certaines de ses propositions.


Mais cette privation de l'ensemble des leviers du pouvoir pourrait être une aubaine pour la droite. Tout d'abord parce qu'une longue période éloignée des responsabilités lui permettrait de s'offrir une nouvelle « virginité » et, surtout, car la reconstruction qui s'annonce mobilisera toutes les énergies.
La première question à trancher sera celle du leadership. Après une très longue période de règne de Jacques Chirac et une, plus courte, de Nicolas Sarkozy, un nouveau chef capable de faire régner l'ordre dans les rangs doit s'imposer. Dans ce domaine, contrairement au PS après le départ de Lionel Jospin en 2002, ce n'est pas l'absence de leader naturel qui menace l'UMP mais plutôt le « trop-plein » : l'affrontement direct entre Jean-François Copé et François Fillon, Alain Juppé en embuscade, sans oublier les quadragénaires qui attendent leur heure (Baroin, Pécresse, NKM...).

Virage vers le centre ?

Une lutte pour le commandement que l'on devine, évidemment, derrière la course à la présidence du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Pour l'heure, le sortant Christian Jacob, lieutenant de Jean-François Copé, demeure favori. Son adversaire, Xavier Bertrand, proche de François Fillon et ennemi intime de Copé, tentera tout de même de rassembler autour de lui les partisans de l'ex-Premier ministre.
Au-delà des querelles de personnes, l'UMP ne pourra pas faire l'économie d'un débat stratégique et idéologique. Après un quinquennat et une campagne présidentielle durant lesquels l'immigration et la sécurité ont été omniprésentes, la « droitisation » dictée à Nicolas Sarkozy par son conseiller Patrick Buisson va-t-elle s'inscrire durablement ou, au contraire, le parti va-t-il opérer un virage vers le centre ?
Côté cour, Alain Juppé a appelé le parti à « clarifier ses valeurs », François Baroin et Jean-Pierre Raffarin ont pris leurs distances avec le positionnement de la présidentielle, d'autres, comme Chantal Jouanno, ont été bien plus critiques sur le sujet. Côté jardin, le nombre de candidats aux législatives qui ont été sanctionnés par des triangulaires et les pressions de la base dans certains secteurs géographiques ne manqueront pas d'imposer, dans les années à venir, la question d'un rapprochement avec le Front national. Certes, les candidats qui se sont le plus directement adressés à l'électorat frontiste, comme Nadine Morano, ont été battus dimanche. Mais si, avec Jean-Marie Le Pen, la droite républicaine pouvait s'accommoder d'un FN à moins de 10 % dans la plupart des scrutins, avec Marine Le Pen, demeurera-t-elle inflexible face à une extrême droite qui risque de s'établir durablement entre 15 et 20 % ? Pour les cinq ans à venir, au moins, le Front national ne sera plus pour l'UMP un caillou dans la chaussure. Mais un clou dans le pied.w

Nord Éclair