Quelques jours à peine après la levée de son immunité présidentielle, Nicolas Sarkozy a fait, hier, l'objet d'une plainte dans le cadre de l'affaire Karachi. Six familles de victimes de l'attentat du 8 mai 2002 - qui avait causé la mort de onze salariés de la Direction des constructions navales (DCN) - dénoncent les termes employés par la présidence de la République dans un communiqué du 22 septembre 2011 relatif à l'enquête sur le volet financier de l'affaire. Peu de temps après les mises en examen de deux proches du chef de l'État, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, l'Élysée avait assuré que « s'agissant de l'affaire dite de Karachi, le nom du chef de l'État n'apparaît dans aucun des éléments du dossier ». « Il n'a jamais été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier », poursuivait le texte de la présidence de la République.
« Connaissance des pièces »
« Cela induit nécessairement que (Nicolas Sarkozy) a eu connaissance de ces pièces de la procédure et il s'agit d'une violation de nos principes d'autant plus grave qu'à ce moment-là, l'ancien chef de l'État est garant de l'indépendance de la justice » , a déclaré l'avocat des familles de victimes, Me Olivier Morice.
Outre Nicolas Sarkozy, cette plainte avec constitution de partie civile vise également son ancien conseiller presse, Franck Louvrier, et l'ex-ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux. Me Olivier Morice a demandé l'audition des trois hommes. La plainte comprend d'autre part les chefs de « violation du secret professionnel, recel et complicité » ainsi qu'« entrave au déroulement des investigations ».
Elle intervient dans le cadre de l'enquête menée par deux juges d'instruction sur un éventuel financement occulte de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995 par le biais de rétrocommissions qui auraient pu être versées dans le cadre de contrats d'armement. Nicolas Sarkozy était alors porte-parole de la campagne de Balladur. Une première plainte, visant les conseillers de la présidence de la République et Brice Hortefeux, avait déjà été déposée par les familles le 26 septembre 2011. Mais, elle avait été classée sans suite par le parquet le 21 décembre.w