France

Raymond Aubrac, icône de la Résistance

Publié le 12/04/2012 à 00h00

Il était devenu, avec son épouse Lucie, un symbole et une légende de la Résistance : mort mardi à 97 ans, Raymond Aubrac était l'ultime survivant de la réunion de Caluire fatale à Jean Moulin.

Raymond Aubrac, icône de la Résistance
Il était devenu, avec son épouse Lucie, un symbole et une légende de la Résistance : mort mardi à 97 ans, Raymond Aubrac était l'ultime survivant de la réunion de Caluire fatale à Jean Moulin.



Ce 21 juin 1943, dans le cabinet du docteur Dugoujon de cette commune de la banlieue de Lyon, la Gestapo et son chef redouté, Klaus Barbie, décapitent la Résistance intérieure : ils arrêtent le chef du Conseil national de la Résistance (CNR) Jean Moulin, et huit autres résistants.
Raymond Aubrac échappe aux nazis par une opération commando montée par Lucie, épisode digne d'un roman relaté en 1997 dans le film de Claude Berri Lucie Aubrac. Le couple, marié l'année de sa rencontre en 1939, rejoint Londres avant que Raymond ne gagne Alger où il sera, en juin 1944, délégué à l'Assemblée consultative.


Mais Caluire, terrible coup à la Résistance, devait susciter les polémiques plusieurs décennies : qui a livré à la Gestapo le lieu de la réunion ? Mis en cause par Klaus Barbie et son avocat Jacques Vergès, Raymond Aubrac, brièvement arrêté par les Allemands en mars 1943 avant d'être relâché sur un coup de bluff, avait gagné tous ses procès en diffamation. En 1997, lui et Lucie avaient fait face à un « tribunal » d'historiens mis en place par le quotidien Libération. Une réunion « pénible » qui a toutefois « fait justice de certaines allégations ou insinuations ». Inlassables témoins de la Résistance qu'ils vont raconter dans les écoles, unis jusqu'au décès de Lucie en 2007, les Aubrac, qui avaient 3 enfants et 10 petits-enfants, finissent par incarner la Résistance. De son vrai nom Raymond Samuel, Aubrac était né dans une famille de commerçants juifs de Vesoul, la veille du déclenchement de la Grande Guerre, le 31 juillet 1914. Déportés, son père Albert et sa mère Hélène ne devaient jamais revenir d'Auschwitz.

Homme de gauche
Sympathisant communiste, fait prisonnier durant la Drôle de guerre puis évadé, il participe dès 1940 à Lyon, berceau de la Résistance, à la création de Libération-Sud. À la Libération, il est nommé en août 1944 commissaire régional de la République à Marseille avant d'être chargé par De Gaulle, début 1945, de la rude tâche du déminage du littoral. Mais les relations entre le chef de la France Libre et celui qui reste proche des communistes, sans jamais s'encarter, sont difficiles. Directeur puis inspecteur général à la Reconstruction, cet ingénieur en Travaux civils renonce à une carrière de haut fonctionnaire.
Devenu spécialiste de l'alimentation dans le monde en développement, cet homme de gauche, qui avait publié son autobiographie Où la mémoire s'attarde en 1996, n'a jamais cessé de s'engager. Récemment, il appelait à voter François Hollande. w

Nord Éclair