Pierre Lescure, curieux insatiable
Publié le mercredi 22 février 2012 à 06h00
Actuel directeur du théâtre Marigny, Pierre Lescure a créé l'émission «Les enfants du rock» sur la 2 en 1982.
Il a fallu le pousser à publier ses Mémoires. Dans « In the baba », l'ancien PDG de Canal +, fils de communiste, revient sur cette époque créative, ses débuts de journaliste et ses rencontres amoureuses (Pancol, Deneuve...). Passionnant.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Pourquoi avez-vous tant hésité à écrire vos Mémoires ?
>> Parce que je préfère raconter ce qui va se passer demain que de me retourner sur le passé. Sabrina Champenois (coauteur, ndlr) pourrait vous dire combien de fois on a dû se voir et le peu d'envie que j'avais de raconter la fin de Canal +. Donc on parlait de l'actualité (rires). Une fois que j'ai cédé, il fallait que l'histoire soit complète.
Une forme de pudeur ?
>> Exactement. Mais aussi quelque chose proche de la petite mort qui me faisait peur. Mine de rien, il m'est arrivé pas mal d'aventures, j'ai rencontré beaucoup de gens.
Estimez-vous devoir votre ouverture d'esprit à votre famille ?
>> Bien sûr. Cela m'a marqué à jamais.
J'ai toujours essayé de marier les contraires partout où je suis passé, dans les rédactions puis à Canal +. C'était ma démarche que les gens qui avaient peu de choses à voir ensemble mais qui pouvaient avoir en commun de raconter des histoires ou de donner du divertissement cohabitent.
Qu'aurait pensé votre père, rédacteur en chef à « L'Humanité », de Mélenchon ?
>> Je crois qu'il l'aurait apprécié parce que mon père était réformateur avant l'heure.
Vous dites que vous n'êtes pas un homme de réseaux. N'est-ce pas contradictoire au vu de votre parcours ?
>> Quand je dis ça, cela signifie que je n'ai pas eu de cursus universitaire. On a tous des amis qui ont fait telle grande école et qui ont commencé à structurer leur réseau là-bas. Même lorsque je suis devenu entrepreneur, j'ai toujours refusé d'entrer dans les réseaux des grandes écoles ou patronaux.
Parce qu'il n'était pas question que je m'y enferme.
Vous avez donc fabriqué le vôtre...
>> Comme on choisit sa famille.
D'où la fameuse phrase Canal + « on s'est tous choisis » ?
>> On a eu cette chance infinie. J'espère qu'on ne l'a pas gâchée et qu'on en a tiré le maximum pour nous et ceux qui se sont abonnés à Canal. C'est un privilège de démarrer une page blanche.
Ensuite, l'histoire a connu un tel développement qu'on a eu les moyens de faire que cette page soit extrêmement peuplée et qu'elle soit la plus créative possible.
Comment expliquez-vous que vous n'ayez pas su dissocier votre vie privée de votre vie professionnelle ?
>> J'ai toujours fonctionné comme ça. Je trouvais que c'était excitant de développer et poursuivre une aventure phénoménale la nuit. Vous vous trouvez devant un tel piano que vous ne pouvez pas vous empêcher de jouer toutes les partitions. Mais mes potes, y compris les plus proches et les plus responsables, estimaient que ce n'était pas mal non plus de rentrer chez soi.
Ce qui court à travers tout le livre, c'est l'équation entre l'affectif à fleur de peau et l'homme d'affaires. Pas facile chez vous ?
>> Je vais le dire de façon un peu prétentieuse : autant je n'ai jamais prétendu être devenu un gestionnaire, autant j'ai le sens de l'entreprise et donc de la stratégie et du business. Je me suis passionné pour ça. Alors, c'est vrai que la balance entre les deux fait qu'il y a des moments où vous êtes dans la contradiction. J'ai dû être obligé de faire céder le pas à l'affectif par rapport à ce qui me semblait être l'intérêt général de Canal +.
Avez-vous été effondré après votre limogeage par Jean-Marie Messier ?
>> Cela n'a pas été le coup de mou redouté. Mais c'est la première fois que j'avais un accident. En 2002, j'ai 57 ans et comme c'était spectaculaire, je le prends dans le buffet.
En même temps, tout le personnel, y compris les syndicalistes, vous réclame. N'est-ce pas la plus belle sortie qui soit ?
>> Quand je vais sur Dailymotion et qu'on voit les manifs, c'est étonnant : 1 500 personnes qui scandent mon nom devant Vivendi. Parmi elles, deux mecs sont interviewés : Omar Sy et Thomas Langmann. Intouchables et The Artist, ça me va (rires) !
Vous en êtes-vous voulu ne pas avoir décelé avant l'incroyable appétit de pouvoir de Jean-Marie Messier ?
>> Évidemment. J'ai un côté instinctif et intuitif qui n'est pas forcément toujours raisonnable. Mais en même temps, ma formation oblige à être assez rigoureux. Il y a toujours un moment où je redeviens journaliste. Donc ma conclusion était me dire que Messier pétait les plombs mais qu'il n'allait pas commettre l'irréparable. Il est arrivé tellement haut, venant d'une extraction méritocratique si modeste, que j'étais certain qu'il allait retrouver la raison. Mais il a fait le coup de trop.
Avez-vous éprouvé un sentiment de revanche quand il a été viré trois mois plus tard, le jour de votre anniversaire ?
>> Ce qui est paradoxal, c'est qu'il saute alors que théoriquement, je devais lui faire gagner du temps. Après, je ne me réjouis pas qu'il soit viré. Il n'y a aucun sentiment de vengeance. Rien ne remplacera ce gâchis. Il y a deux mots qui me font horreur : gâchis et subir.
La blessure est-elle refermée ?
>> Oui parce que l'enfant se porte bien aujourd'hui. Je suis heureux de ce que je vois. Il y a seulement le danger que fait courir Al-Jazira pour l'équilibre global de Canal qui m'inquiète.
« Zéro vergogne, zéro principe, zéro conscience du ridicule, tout à l'ego. Il n'y a pas loin de Messier à Sarkozy... », dites-vous. Même profil selon vous ?
>> Le parallèle que je fais entre les deux, c'est une grande capacité à gâcher d'évidentes qualités hors norme d'intelligence et d'énergie lorsqu'on se laisse aller à l'ego et à la forme. Même Sarkozy serait sans doute d'accord pour dire qu'il a un peu gâché la marchandise. Vous savez, à partir du moment où le président de la République est élu avec 53 % des voix, je suis comme n'importe quel citoyen responsable, donc j'ai envie que ça marche.
Votre nom circule, en cas de victoire de François Hollande, pour être ministre de la Culture. Intéressé ?
>> Ce n'est ni un objectif, ni un rêve, ni un souhait caché. J'ai du respect pour les hommes politiques et la fonction de ministre. Il faut des profils qui aient une vision globale dans le domaine concerné mais aussi une forte connaissance de l'administration et des circuits de décision. Un ministre de la Culture qui n'est pas capable du plein exercice, c'est calamiteux pour le secteur. Parce que cela ne fait que des communiqués, des remises de décorations et des inaugurations.w « In the baba ». Éditions Grasset. 384 pages. 18 E.
Pierre Lescure sera présent, en partenariat avec « Nord éclair », le 26 avril à 17 h 30, au Forum de la Fnac de Lille.


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bdxethike : bons débuts
Abde : Perdu d'avance. Mélenchon sera le candidat gagnant...
sofia : a sa nouvelle compagne???? j aimerais voir a quoi ressemble...
VIGILANT : Ne laissons pas une fois de plus Thierry LAZARO se faire...