Patrick Rambaud, l'exaspéré
Publié le mercredi 08 février 2012 à 06h00
Son livre «La Bataille» est adapté en BD. Premier tome de ce triptyque le 16 mars prochain. Photo Hubert Van Maele
Déjà la cinquième chronique de cet écrivain « goncourisé » qui livre un regard corrosif sur le mandat de Nicolas Sarkozy et de sa cour. En attendant peut-être sa délivrance, Patrick Rambaud fera une halte demain à la Fnac de Lille.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Le succès de ces chroniques ne se dément pas. Êtes-vous le premier surpris ?
>> Surtout lors de la première publication. Je ne savais pas où j'allais. Quand j'ai proposé chez Grasset, le lendemain de l'élection, de refaire ce qu'avait fait André Ribaud dans Le Canard enchaîné en 1960 (La cour, ndlr), j'avais peur que ce soit démodé. J'ai essayé sans trop y croire. Et finalement ça a pris considérablement, bien au-delà de ce que j'imaginais. Les gens m'arrêtaient dans la rue pour me remercier ou me demandaient : « C'est quand le prochain ? »
Aviez-vous prévu de couvrir la totalité du quinquennat ?
>> Pas du tout. C'est venu au fur et à mesure. Au bout du troisième, je me suis dit que j'étais condamné à aller jusqu'au bout. C'est la première satire qui couvre tout un règne. Il m'en reste encore un à faire.
Étiez-vous effondré au moment de l'élection du président Sarkozy ?
>> J'étais invité à Libération . J'ai vu le résultat sur grand écran et tout le monde était navré. On connaissait le loustic depuis des années, on savait bien qu'il ne ferait rien à part ne parler que de lui. Ce sera le seul président français qui n'aura rien laissé.
Peut-on dire que vous êtes adepte de la satire, du pastiche...
>> J'ai écrit par le passé Marguerite Duraille parce que je ne supporte pas Duras. J'en ai fait une parodie. Au lieu de dire que je ne l'aime pas, je préfère faire rire avec. C'est plus efficace comme forme de critique.
Ces chroniques sont-elles en quelque sorte un contre-pouvoir ?
>> Je n'en sais rien. Je dis juste ce que je pense. Cela entretient en tout cas le moral de beaucoup de monde (rires).
N'êtes-vous pas parfois de mauvaise foi ou injuste ?
>> Je ne crois pas. C'est ma vision des choses. Quand il y a un doute, je mets souvent les deux versions.
Un rejet total alors ?
>> Je trouve que Sarkozy est lamentable, qu'il ne sait pas s'y prendre, qu'il n'a aucune vision. Mais comme je vous l'ai dit, on le savait avant. Il ne vient pas de nulle part. Il a été pendant cinq ans au pouvoir comme ministre de l'Intérieur, ministre du Budget. C'était connu comment il se comportait. Il a fait sa campagne présidentielle en étant ministre de l'Intérieur presque jusqu'au bout. Celle-ci a même été payée par l'État.
Estimez-vous qu'il n'a aucune culture ?
>> Là encore, ce n'est pas une découverte. Il passe de De Funès à La Bruyère mais c'est idiot. Il fait ça pour avoir l'air. Il prend du Tolstoï, collection La Pléiade, dans son avion sauf qu'il parle aux gens.
Les hommes politiques, d'ailleurs, ne lisent presque pas. Mais il est pire que les autres parce qu'il n'était pas très bon en classe. Seul le pouvoir et le pognon l'intéressent.
Est-il arrivé que vous ayez des pressions de l'Élysée ?
>> Je n'ai jamais eu d'échos personnels. Peut-être qu'il y a eu quelques allusions envers Grasset...
Avez-vous toujours gardé vos distances avec les hommes politiques ?
>> J'en connais quelques-uns. J'avais rencontré il y a quelques années Dominique de Villepin pour un article pour Paris Match. Je l'avais trouvé sympathique et un peu fou. On s'est revus deux, trois fois pour parler d'autre chose. Je vois aussi de temps en temps Bertrand Delanoë.
Cette démarche demande un réel suivi et une vraie discipline. Comment vous organisez-vous ?
>> C'est un problème de tous les jours. Je lis la presse, je découpe, je fais des dossiers pour les personnages, les événements, sur le climat de l'époque... Ces livres vont d'un été à l'autre. Comme il me faut du recul, j'écris entre mai et novembre tout en continuant la documentation. C'est un peu schizophrène (rires) !
L'été d'avant, je vois les choses qui restent. Certaines qu'on croyait très importantes n'existent plus. J'essaie alors de prendre ce qui surnage dans l'actualité. Alliot-Marie est arrivée toute seule à l'avant-scène avec ses vacances d'hiver en Tunisie.
Est-ce, selon vous, l'événement aberrant de ce cinquième tome ?
>> Il y en a plein d'autres. Celui-ci est seulement arrivé à point. Raconter les révolutions arabes et tunisienne, c'est intéressant. Mais là, en plus, il y a un gag au milieu. Cela montre aussi un système, tous ces gens qui vont en vacances aux frais d'untel.
Tintin est-il un modèle influent de Nicolas Sarkozy ?
>> J'en parle dans chacun des volumes. Tous les événements du monde sont dans Tintin. J'ai eu l'idée dans le deuxième tome qu'Henri Guaino montre Tintin pour expliquer la vie à sa Majesté. Qui sont accusés dans Les bijoux de la Castafiore ? Ce sont les Roms.
Pourquoi ne tapez-vous pas vraiment sur Dominique Strauss-Kahn ?
>> Tout le monde me pose la question. Je ne fais pas un livre pour taper sur les gens mais pour raconter ce qui se passe. Strauss-Kahn, c'est le début de l'affaire. Je m'arrête fin juin. Ce sont les premiers événements, les gens qui n'y croient pas, qui parlent d'un complot, l'arrestation... On n'avait pas encore vu Nafissatou Diallo. La suite sera dans le prochain.
Avez-vous déjà éprouvé de la lassitude avec ces chroniques ?
>> Je suis fatigué depuis le numéro deux.
J'ai envie de faire autre chose. Après, je suis tenu à la faire. C'est moi-même qui me suis fourré dans cette galère.
Où comptez-vous aller ensuite d'un point de vue littéraire ?
>> En Chine sur l'époque des Royaumes combattants (480-221 av. J.C.). C'est là où la pensée chinoise se forme.
Vous avez été longtemps nègre. Une bonne expérience ?
>> J'ai fait ça avant d'obtenir le Goncourt (La Bataille en 1997, ndlr) parce que je n'avais pas un rond. Ce n'est pas toujours inintéressant d'ailleurs. J'ai fait notamment les Mémoires de Paulette Dubost. J'allais chez elle tous les jours, c'était sympa. Le dernier, c'était un grand professeur de médecine qui avait été le premier au monde à avoir pratiqué une opération du coeur sur un bébé. Le type était vraiment passionnant. Ce n'est pas un boulot plus con qu'autre chose.w « Cinquième chronique du règne de Nicolas 1er ». Éditions Grasset. 194 pages. 14,50 E.
Patrick Rambaud sera présent ce jeudi 9 février à 17 h 30 au Forum de la Fnac de Lille.


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