France

Veille de sommet européen sous pression

Publié le 07/12/2011 à 00h00

Les Etats-Unis ont maintenu mercredi la pression sur l'Europe pour qu'elle endigue enfin sa crise de la dette, mais l'Allemagne s'est dite «pessimiste» à la veille d'un sommet européen présenté, une fois de plus, comme crucial pour créer le «choc de confiance» dont le monde a besoin.

Veille de sommet européen sous pression
Les Etats-Unis ont maintenu mercredi la pression sur l'Europe pour qu'elle endigue enfin sa crise de la dette, mais l'Allemagne s'est dite «pessimiste» à la veille d'un sommet européen présenté, une fois de plus, comme crucial pour créer le «choc de confiance» dont le monde a besoin.

« J'ai souligné à quel point il est important pour les Etats-Unis et le reste du monde que l'Europe réussisse », a déclaré le secrétaire américain au Trésor au cours de l'étape parisienne de sa tournée européenne. « Je suis confiant dans le fait qu'elle réussira », a ajouté Timothy Geithner, à l'issue d'un entretien avec son homologue français François Baroin.

La pression américaine vient s'ajouter à celle des agences d'évaluation financière, avec la menace de Standard and Poor's (S&P) d'abaisser les notes de presque toute la zone euro, dont l'Allemagne et la France, si elle juge décevants les résultats du sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles. Et l'Allemagne a douché, comme souvent à la veille de réunions décisives, les espoirs des plus optimistes. « Je suis plus pessimiste que la semaine dernière sur la possibilité d'avoir un accord total » car un « certain nombre de partenaires n'ont pas compris la gravité de la situation », a dramatisé une source gouvernementale à Berlin. Selon elle, « ceux qui tentent d'y échapper par des astuces n'ont pas compris les attentes » d'investisseurs ultra-nerveux à l'égard de la rencontre.

Les marchés financiers, après avoir limité les dégâts mardi face aux menaces de S&P, ont ouvert en nette hausse. Signe encourageant, l'Allemagne a dissipé les inquiétudes en réussissant une émission obligataire après l'échec d'une opération similaire il y a deux semaines. Mais l'optimisme résolu des investisseurs a été atténué par le pessimisme allemand, et les bourses sont toutes revenues dans le rouge en début d'après-midi.

Après avoir rencontré mardi les responsables allemands et ceux de la Banque centrale européenne (BCE), Timothy Geithner devait s'entretenir dans la soirée avec le futur chef de gouvernement espagnol Mariano Rajoy à Marseille, puis jeudi en Italie avec le nouveau président du Conseil Mario Monti. Comme il le fait depuis septembre, l'Américain profite de ce voyage opportunément calé avant le sommet de Bruxelles pour insister sur un point cher à Washington: la construction d'un « pare-feu suffisamment fort » pour empêcher que la crise de la zone euro n'échappe à tout contrôle et enfonce le reste du monde, Etats-Unis en tête, dans la récession.

Ce « pare-feu » sera l'un des grands enjeux du sommet, même s'il a été jusqu'ici occulté par la volonté franco-allemande de doter la zone euro d'un « nouveau traité » et d'une discipline budgétaire accrue. La proposition commune de la chancelière allemande Angela Merkel et du président Nicolas Sarkozy vise à renforcer, sur le long terme, la gouvernance et les règles européennes. Elle mise sur des sanctions plus automatiques pour les mauvais élèves et sur des « règles d'or » nationales contre les déficits, le tout dans un traité ouvert aux 27 Etats de l'Union européenne mais plus probablement limité aux 17 membres de la zone euro.

Mais un point porte précisément sur le « pare-feu »: le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de secours permanent de l'Union monétaire initialement prévu pour mi-2013, verrait le jour un an plus tôt. Parallèlement, le président de l'UE Herman Van Rompuy avance d'autres pistes potentiellement controversées qui visent toutes à accroître les capacités d'intervention du fonds de secours pour venir en aide, si besoin, à de grandes économies comme l'Italie ou l'Espagne. Parmi ces solutions, figure la possibilité de considérer le MES comme un établissement bancaire et se financer ainsi au guichet « illimité » de la BCE, une idée longtemps défendue par Paris mais rejetée par Berlin.

Le gouvernement allemand a d'ailleurs rapidement balayé les options envisagées à Bruxelles, insistant sur « les accords clairs » déjà entérinés sur le rôle et l'ampleur du fonds de secours. Sur tous ces points, les Européens se préparent donc à des longues tractations. Un porte-parole du gouvernement allemand à Berlin a d'ailleurs anticipé des « discussions très exigeantes et difficiles ». « La situation est grave » et, en conséquence, « ni Angela Merkel ni Nicolas Sarkozy ne quitteront la table sans qu'un accord fort soit signé », a prévenu de son côté François Baroin.
« Nous devons créer un choc de confiance. Et un choc de confiance, c'est répondre à toutes les problématiques qui ont été posées par les investisseurs qui se sont retirés » de la zone euro, a ajouté le ministre.

Nord Éclair