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INEGALITES

Journée de la femme : inégalités tenaces et avalanches de promesses

Le Nord-pas-de-Calais se situe parmi les régions de France dans lesquelles les écarts de salaires entre hommes et femmes sont les plus importants. Infographie : Idé. Le Nord-pas-de-Calais se situe parmi les régions de France dans lesquelles les écarts de salaires entre hommes et femmes sont les plus importants. Infographie : Idé.

Journée de la femme oblige, les déclarations d'intention se multiplient pour faire reculer l'inégalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Malgré les engagements des uns et des autres, le constat reste pourtant là : à travail égal, le salaire ne l'est pas.


D'abord, le constat.

Les femmes touchent en moyenne 27% de moins que les hommes dans le secteur privé. Certes, ces chiffres, issu d'une étude de la Dares menée en 2008 (statistiques du ministère de l'Emploi) doivent être en partie pondérés, les femmes étant beaucoup plus nombreuses que les hommes en temps partiel. Mais même en limitant la comparaison aux salaires des seuls personnes en temps complet, l'écart reste énorme : les femmes touchent 19% de moins que les hommes. Le chiffre ne se réduit que de manière très faible si l'on ne compare que les salaires d'hommes et de femmes qui ont le même niveau d'étude et la même expérience professionnelle. Dans ce cas, l'écart de salaire homme – femme est de 10%.

Le poids du temps partiel imposé

Les femmes sont aussi les plus exposées aux contrats en temps partiel imposés. Les femmes représentent en effet 80% des emplois à temps partiels. Et sur l'ensemble des femmes qui travaillent, un tiers son sur de tels contrats. Temps partiel imposé plus souvent aux femmes qu'aux hommes, et « plafond de verre » bien réel, aussi. Dans les entreprises privées, seulement 17% des dirigeants sont des femmes. Et pour les grandes entreprises, de plus de 200 salariés, le taux tombe à 10% de femmes dans les instances dirigeantes.

C'est pour lutter contre ce « plafond de verre » que la loi sur les quotas dans les conseils d'administration a été instauré. Il s'agit, d'ici janvier 2014, à imposer une part de 20% de femmes dans les conseils d'administration. L'objectif est de passer à 40% en 2017.

La fonction publique également concernée par le « plafond de verre »

La fonction publique n'est pas en reste en matière de maintien des inégalités hommes – femmes. Alors que 60% des fonctionnaires sont des femmes, seulement 20,3% occupent des postes de direction dans la fonction publique d'Etat, 18% dans la fonction publique Territoriale. Le secteur fait office de « bon élève » avec 40,2% de femmes parmi les cadres dirigeants. On est donc loin de la parité, dans ce domaine également.

La persistance du « plafond de verre » est aussi prouvé par une étude récente de l'Apec (association pour l'emploi des cadres), qui fixe même l'âge auquel les femmes atteignent le plus souvent ce barrage dans leur carrière de cadre : 35 ans. « Alors qu'avant 35 ans, elles occupent des postes proches en termes de responsabilité, elles sont moins nombreuses que les hommes, en proportion, à avoir ensuite la possibilité de s'élever dans la hiérarchie ou à prendre des postes d'envergure plus », note l'Apec dans cette étude, basée sur un questionnaire proposé à 12.739 cadres en février 2010.

L'Apec note cependant que des progrès ont été réalisés. Mais pas suffisamment. Il y a 20 ans, 23% des caderes étaient des femmes, elles sont aujourd'hui 34%. Mais seulement 11% des femmes cadres occupent des postes à haut niveau de responsabilité (alors qu'ils sont 23% chez les hommes).

Ces chiffres ont, évidemment, une traduction immédiate en terme d'écarts de salaires : la rémunération annuelle brute médiane des femmes cadres s'élève à 43.000 euros, soit 7.000 euros de moins que les hommes. Les femmes cadres sont également forcées, plus que les hommes, de faire un choix entre vie professionnelle et vie familiale. Alors qu'en moyenne, une femme sur dix n'a pas d'enfant, chez les cadres, elles sont 23% à ne pas en avoir.

Propositions et souhaits pour contrer les inégalités

Ce mardi 8 mars, l'heure est donc aux multiples promesses, engagements et autres signatures de chartes. Laurence Parisot, patronne du Medef, plaidait, la semaine dernière dans les pages de Elle, pour l'instauration d'un « ministère du Droit de la femme ». Dans l'idée de Laurence Parisot, ce ministère du Droit des femmes aurait vocation à « rassembler patronat et syndicats sur l'enjeu de la position des femmes ». Elle propose également « l'instauration d'un congé paternité obligatoire - pour commencer moins long que celui de la mère - qui permettrait de rétablir un regard plus égalitaire sur les jeunes parents ».

La HALDE plaide pour la transparence sur les écarts de salaires

Lundi, veille de la Journée de la Femme, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) a de son côté publié une série de recommandations, à destination des pouvoirs publics autant que du privé. Première mesure proposée par la HALDE : la transparence. Les entreprises seraient tenues de rendre public le niveau des écarts de salaires entre hommes et femmes.

La haute autorité demande également que soient publiés le décret prévoyant des sanctions financières à l'égard des entreprises « qui ne seront pas couvertes par un accord relatif à l'égalité professionnelle ou qui n'auront pas mis en place un plan d'actions ». Dispositif de sanctions financières que la HALDE souhaite voir étendu au secteur public.
Face à l'augmentation du nombre de plaintes que la HALDE a reçu concernant des discriminations liées à la grossesse et la maternité (615 plaintes en 2010, contre 259 de ce type en 2009), la HALDE plaide pour « une large campagne de sensibilisation ( ) afin de modifier la perception de la maternité ».

Xavier Bertrand espère « faire changer les comportements »

Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités, a pris acte de ces recommandations et promis qu'une partie d'entre-elles seraient intégrées au futur plan de lutte contre les violences faites aux femmes.

Xavier Bertrand, ministre du Travail, a également offert son lot de promesses, assurant que le décret concernant les sanctions financières à l'égard des entreprises non couvertes par un accord relatif à l'égalité professionnelle sera « publié, avec Roselyne Bachelot, avant l'été ». Le ministre, qui intervenait sur Europe 1, a par ailleurs assuré que ce décret « dit aussi qu'il devrait y avoir une vraie transparence dans les entreprises sur les écarts de rémunération ».

Mais le ministre s'est aussi dit adepte de la « pédagogie » plutôt que de la contrainte, pour pousser les entreprises à respecter l'égalité hommes – femmes. « J'attends que les entreprises qui n'ont pas encore cette égalité se disent: il vaut mieux la faire plutôt que de payer une pénalité. C'est pour faire changer les comportements », a-t-il souligné. Quant à l'objectif de 40% de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises, il a jugé qu'il était « possible », mais que cela supposera « de la part des dirigeants, une attention de chaque instant, car bien souvent les femmes ne se portent pas spontanément candidates ».


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