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RÉFORME DES RETRAITES

Le baroud d'honneur

Hier, en marge du cortège parisien. Les manifestations ont rassemblé entre 375000 et 1,2million de personnes.Photo AFP Hier, en marge du cortège parisien. Les manifestations ont rassemblé entre 375000 et 1,2million de personnes.Photo AFP

La journée de manifestations contre la réforme des retraites, la huitième en deux mois, a été marquée hier par une nouvelle baisse de l'affluence. Les syndicats divergent désormais sur les formes à donner au mouvement de contestation qui perdure malgré l'adoption de la réforme.




Pour une fois, police et syndicats sont tombés d'accord sur le constat : la mobilisation d'hier contre la réforme des retraites a été la plus faible depuis la rentrée. Les quelque 245 cortèges en France ont rassemblé entre 375 000 personnes selon la police (560 000 le 28 octobre) et 1,2 million selon la CGT (près de 2 millions).
« Le mouvement est clairement en recul par rapport aux fois précédentes. Je pense que progressivement, la réforme est entrée dans l'esprit des Français », a réagi le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel. Mais pour le patron de la CGT, Bernard Thibault, ce moindre succès « ne doit rien enlever à notre détermination à agir » et « nous continuerons de contester la loi même si elle est promulguée », après l'aval du Conseil constitutionnel d'ici à début décembre. Il a même menacé de faire cavalier seul « s'il s'avérait impossible de continuer la bataille » avec les autres syndicats.


Sa pique visait son homologue de la CFDT, François Chérèque, qui avait vu, vendredi, le sujet des retraites « s'éloigner ». Mais, aux côtés de Bernard Thibault dans le carré de tête parisien, le leader cédétiste a assuré hier que sa confédération « sera toujours (dans) ce mouvement unitaire (et) participera ( à une) nouvelle journée d'action fin novembre ». Réfutant toute dissension, il a affirmé que « l'intersyndicale continuera dans l'avenir sur les retraites et aussi sur les problèmes de l'emploi, des conditions de travail, du pouvoir d'achat » .
Cependant, le numéro un de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, est apparu plus que jamais en désaccord avec la stratégie de l'intersyndicale. « Depuis le début, nous demandons une journée nationale de grève de 24 heures qui a été refusée encore il y a trois jours, donc on en tire les conséquences. Je considère qu'on n'a pas donné ensemble le coup de pouce nécessaire pour faire reculer le gouvernement. Il y a eu un certain gâchis dans la conduite du mouvement, a-t-il lancé hier. Nous ne sommes pas pour la stratégie d'épuisement en faisant des manifestations jusqu'à Noël et en disant : celle de Noël sera gratuite. »
Casse-tête intersyndical
La réunion de l'intersyndicale prévue demain pour déterminer les suites du mouvement dans la semaine du 22 au 26 novembre risque donc de ressembler à un casse-tête. Les modérés plaident pour d'autres « formes d'action » à imaginer car, prévient la CFTC, « la manif peut tuer la manif » tandis que l'Unsa s'interroge sur « la pertinence d'une nouvelle journée de grève et de manifestation si on n'est pas suivi ».
En revanche, Solidaires veut la poursuite des cortèges qui « rythment » le mouvement et la FSU propose « une manifestation nationale » à Paris.w Lire également en page 4.

Hausse des adhésions syndicales : vrai succès ou feu de paille ?

Depuis septembre, la contestation de la réforme des retraites a provoqué un afflux de nouveaux adhérents, affirment les confédérations syndicales. Mais ce phénomène pourrait toutefois n'être qu'éphémère, selon des experts. Pascal Joly, secrétaire général de la CGT d'Île-de-France, est formel : « Il y a eu 7  000 adhésions depuis le 7 septembre. Dans nos tracts, il y a toujours un bulletin d'adhésion. » Côté CFDT, François Chérèque relève « un pic d'adhésions important au lendemain de toutes les manifestations ». Si FO, la CFTC, la FSU et l'UNSA estiment pour leur part qu'il est « un peu tôt » pour quantifier le phénomène, la CFE-CGC constate ces deux derniers mois « une augmentation de 23 % par rapport à la même période l'an dernier ». Enfin, Annick Coupé, porte-parole de Solidaires, n'avance pas de chiffre mais assure qu'il y a « beaucoup de prises de contact » et « qu'a priori, les adhésions augmentent ». « Je doute de la réalité des chiffres avancés qui sont toujours extrêmement difficiles à établir et à vérifier, tempère de son côté l'historien Stéphane Sirot. On assiste à un phénomène de "zapping" militant. On prend une carte pendant une manifestation ou une grève et on ne va pas forcément la renouveler. L'adhésion à un syndicat est souvent liée à une victoire syndicale alors qu'en l'espèce , il s'agit plutôt d'une défaite. Ce serait vraiment quelque chose d'inédit d'avoir de nombreuses adhésions dans un contexte d'impression de fin de conflit. » Quant à Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques à l'université de Nancy et auteur, avec Dominique Labbé , d'une étude qui fait référence en la matière, il rappelle que « les syndicats ne sont pas transparents » sur le nombre de leurs adhérents (1). « Quelques témoignages, voire un surcroît ponctuel d'adhésions ne fait pas nécessairement le printemps », affirme-t-il.w (1) La CGT en revendique 662 000 et la CFDT 833 000.


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