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EXPULSIONS

Expulsion des premiers Roms depuis les annonces sécuritaires de Sarkozy

Des policiers encadrent des roms "volontaires" au retour en Roumanie, à l'aéroport de Lyon. Photo AFP. Des policiers encadrent des roms "volontaires" au retour en Roumanie, à l'aéroport de Lyon. Photo AFP.

La France renvoie jeudi vers Bucarest 93 Roms, premières expulsions depuis l'annonce par le président Nicolas Sarkozy de mesures sécuritaires visant spécifiquement cette population, utilisée par le gouvernement comme un bouc-émissaire, selon les ONG.


Un vol est parti ce jeudi de Lyon avec 61 Roms à son bord à destination de la Roumanie. Au départ, 79 passagers avaient été annoncés par le ministère roumain de l'intérieur, mais si « 79 Roms étaient candidats au départ volontaire, seuls 61 se sont présentés jeudi matin à l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry », a déclaré le secrétaire général de la préfecture de l'Isère, François Lobit, lors d'une conférence de presse.

Un autre vol est prévu vendredi avec « une centaine de personnes » et un 3e le 26 août. A leur arrivée chez eux, « ces citoyens seront contactés par les autorités responsables dans le domaine de la réinsertion », a indiqué Bucarest, à qui les ONG de défense des Roms demandent de faire davantage pour cette minorité.

« Chacune des personnes éloignées a fait l'objet d'un examen individuel quant aux conditions de son séjour en France », a assuré le gouvernement français, en réponse à la Commission européenne qui a rappelé que Paris « doit respecter les règles » sur la liberté de circulation et d'établissement dans l'UE. D'ici la fin du mois, Paris envisage le retour de 700 Roms après le démantèlement d'une cinquantaine de camps depuis le durcissement de la politique gouvernementale fin juillet.

Démantèlement annoncés à la suite d'un fait divers

A la suite d'un fait divers - qui concernait des tziganes français - le gouvernement avait annoncé le démantèlement de la moitié des camps illégaux en France dans les trois mois et une reconduite vers la Bulgarie ou la Roumanie des Roms ayant « commis des atteintes aux biens ou des fraudes ». Les Roms qui partent jeudi ont accepté l'aide au retour volontaire proposée de la France: 300 euros et 100 euros par enfant mineur.

En Roumanie, « les "Français" arrivent »

« Les "Français" arrivent », titrait jeudi le quotidien roumain Evenimentul Zilei, soulignant qu'il ne s'agit que d'un énième rapatriement. « Mais en l'absence d'un programme de réinsertion cohérent, beaucoup repartiront », note le journal. Il s'agit du 25e rapatriement de ce type depuis le début 2010 par Paris qui reconnaît que les personnes renvoyées pourront revenir.

Bucarest et Sofia ayant rejoint l'UE en 2007, leurs ressortissants peuvent en effet rester en France durant trois mois sans avoir à justifier d'une activité. Au-delà, ils doivent avoir un emploi, suivre des études ou justifier de ressources suffisantes. Pour éviter qu'elles perçoivent de nouveau l'aide au retour, il est prévu à partir de septembre un fichier biométrique. Si elles n'acceptent pas cette aide au retour, elles se voient alors notifier une « obligation de quitter le territoire français », qui leur donne un mois pour partir.

Les Roms seraient 15.000 en France où ils vivent souvent dans des squatts de fortune dans les grandes villes et certains groupes sont accusés par les autorités de se livrer à divers trafics ou d'exploiter des enfants à des fins de mendicité.

Bucarest évoque populisme et xénophobie

Cette question provoque des tensions entre Paris et Bucarest, le ministre des Affaires étrangères Teodor Baconschi s'étant déclaré inquiet des « risques de dérapage populiste » et de « réactions xénophobes ».
Les Roms sont entre 530.000 et 2,5 millions en Roumanie. Si Bucarest a fait des progrès dans l'accès à l'éducation, les Roms souffrent encore de discriminations sur le marché du travail et dans le domaine du logement.

Paris critiqué par l'ONU

Dans le quotidien Libération, Robert Kushen, directeur du Centre européen pour les droits des Roms déplore que « le gouvernement français (les) instrumentalise pour montrer sa poigne sur les questions d'ordre », tout en reconnaissant que « tous les pays européens ont programmé des expulsions massives ». Paris a aussi été critiqué à l'ONU sur cette question, et plus généralement sur le lien établi entre immigration et insécurité par M. Sarkozy. En juillet, il a notamment indiqué vouloir priver de la nationalité française certains criminels d'origine étrangère.

[Article réactualisé à 15h30]


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