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NICOLAS SARKOZY

Se recentrer sur l'essentiel

C'est sur la terrasse de l'Élysée que Nicolas Sarkozy a été interviewé pendant plus d'une heure, hier, par David Pujadas.Photo AFP C'est sur la terrasse de l'Élysée que Nicolas Sarkozy a été interviewé pendant plus d'une heure, hier, par David Pujadas.Photo AFP

Après un mois de polémiques autour de l'affaire Bettencourt qui ont atteint le sommet de l'État, Nicolas Sarkozy a voulu recentrer le débat sur « l'essentiel », notamment la réforme des retraites. Il a aussi confirmé un remaniement ministériel en octobre.




Affaire Bettencourt. « Sur le financement politique, la vérité se fait jour (...) Les calomnies, j'y étais préparé (...) Quand on met en oeuvre des réformes, on bouscule des intérêts, des situations acquises, on gêne un certain nombre de gens. La réponse, c'est bien souvent la calomnie (...) et voilà qu'avec la réforme des retraites, on me décrit comme quelqu'un qui, depuis vingt ans, irait chez Mme Bettencourt pour ramasser des enveloppes. C'est une honte ! » « Je demanderai à une commission représentant toutes les familles politiques de réfléchir dès la semaine prochaine à la façon dont on doit ou non compléter ou modifier la loi pour éviter toute forme qui pourrait (déboucher sur un) conflit d'intérêts. » « La France n'est pas un pays corrompu (...) Il y avait dans notre pays des habitudes, c'est incontestable, un certain laisser-aller, trop d'appartements de fonction, trop de voitures de fonction, trop de mauvaises habitudes. C'est exact et je le reconnais bien volontiers (...) C es mauvaises habitudes, il faut y mettre un terme. » « J'aime les journalistes passionnés, c'est un métier difficile (...) Je ne suis pas naïf, je vois bien que derrière tout ça (les révélations du site Mediapart sur l'affaire, ndlr), il y a des officines, il y a des gens. De la même façon qu'il y a des hommes politiques qui ont porté une tache sur l'ensemble de la vie politique de manière injuste parce qu'elle est honnête, de la même façon, il y a des comportements de quelques-uns qui ne font pas honneur à la profession » (de journaliste, ndlr).
Remaniement ministériel. « Si je devais écouter tous les conseils qui me sont donnés, j'aurais fait un premier remaniement après les régionales et j'aurais fait un deuxième remaniement maintenant. Et sans doute les mêmes auraient recommandé un troisième remaniement après la réforme des retraites. Cela donne la valse des ministres et des ministères et une image ridicule de notre pays (...) Il y aura donc une nouvelle étape de l'action politique que je conduirai après la réforme des retraites à la fin du mois d'octobre. » Réduction des déficits. « Nous avons supprimé 100 000 postes de fonctionnaires en trois ans (...) Dans le budget 2011, nous en supprimerons encore 34 000 (...) Je propose que les collectivités territoriales prennent la même règle que l'État. » « Le mot rigueur est connoté en France. Rigueur, ça veut dire baisser les salaires, je ne le ferai pas ; augmenter les impôts, je ne le ferai pas (...) Ce qui ne me fait pas peur, c'est le mot rigoureux. Rigoureux, ça veut dire qu'on revient à l'équilibre (des comptes publics, ndlr), je le ferai. » Équipe de France. « Pourquoi j'ai reçu Thierry Henry ? Il a porté le maillot de l'équipe de France 124 fois, dignement. Il a été le joueur qui a marqué le plus de buts pour l'équipe de France. Ça compte. » « Le visage donné par l'équipe de France en Afrique du Sud... désastreux. J'ai dit : "Les responsables doivent partir." Ils sont partis. Ne les accablons pas. J'ai dit : "Les joueurs ne doivent pas toucher de prime." Ils n'ont pas touché de prime. » Otages français. « Nous ferons tout pour sortir (les deux journalistes de France 3 enlevés en Afghanistan) de la situation où ils se sont mis. Nous n'avons pas d'inquiétude brûlante. Nous discutons. J'ai en revanche une inquiétude beaucoup plus brûlante pour un autre de nos compatriotes retenu en otage quelque part dans le Sahel. »w


Dans la région, réactions mitigées de la classe politique

Th. Lazaro, UMP. « J'ai retrouvé un Sarkozy offensif, qui assume. Il n'a occulté aucune question et su mettre les choses en perspective, comme la réforme de la dépendance après celle des retraites. C'est lui qui dicte le tempo. J'ai aussi apprécié qu'il prenne en compte la souffrance actuelle des Français. Même si je n'attendais pas un geste de contrition sur le rapport à l'argent, j'aurais aimé qu'il admette des maladresses, comme l'épisode du Fouquet's. » M.-Ph. Daubresse, UMP. « On a retrouvé le ton énergique et pédagogue, beaucoup plus important que des gestes dictés par je ne sais quelle urgence médiatique. Il s'est placé au-dessus de la mêlée, fixant le cap, mettant la justice au coeur de son discours. Il n'a pas éludé les questions. Je note au passage comme lui que ceux qui, comme Dominique de Villepin, trouvent déplacé qu'Éric Woerth ait été ministre du Budget et trésorier de l'UMP n'en disaient mot quand ils étaient au pouvoir. » Ch. Vanneste, UMP. « C'est un retour au Sarkozy de 2007 qui articule son discours autour du travailler plus et de la sécurité. Mais s'il est à l'aise pour parler des erreurs des autres, 35 h et retraite à 60 ans, il a du mal à reconnaître les siennes. Sur les 35 h, on a inventé les heures supplémentaires défiscalisées au lieu de les supprimer simplement. On a inventé le bouclier fiscal au lieu de supprimer l'ISF. Cela donne une impression de demi-mesures. Et j'ai trouvé qu'il en faisait parfois trop et que ça sonnait faux, comme quand il dit qu'il est un chef d'équipe alors qu'on sait qu'il continue à vouloir tout gérer. En somme, le Président travaille beaucoup, mais il a toujours raison et il veut tout faire. » M. Aubry, PS. « Je l'ai trouvé vivant dans un autre monde, très loin des Français et aussi très loin de la vérité, sur le chômage, les retraites, la sécurité. Pas de changement de cap qui ramènerait un peu d'espérance face à cette crise morale que nous traversons et face à cette terrible crise économique et sociale, on continue comme avant, l'auto-persuasion et l'auto-satisfaction. (Sur l'affaire Woerth), nous attendions des clarifications et des décisions et nous n'avons eu ni les unes ni les autres. On avait l'impression qu'il était au coeur d'un complot. » B. Roman, PS. « Pendant un mois, on nous a dit qu'il n'y avait pas de confusion d'intérêt. Puis Nicolas Sarkozy demande à Woerth de "se consacrer entièrement aux retraites". Il a le don d'asséner des contre-vérités. Le pays où les gros revenus sont les plus taxés, ce sont les USA. On les taxe plus en Allemagne qu'en France. Mme Bettencourt paie moins d'ISF qu'elle ne reçoit au titre du bouclier fiscal ! » A. Boquet, PCF. « J'ai le sentiment qu'on a un "président Domenech", un "chef d'équipe". Quand il s'exprime sur Woerth, il fait comme si on avait accusé le ministre d'être un voleur. Le seul problème, c'est qu'il est dans le camp des fortunés qu'il défend. » O. Henno, MoDem. « Je n'ai pas entendu beaucoup de choses nouvelles. Sur Woerth, il a donné des réponses, mais la question du conflit d'intérêt reste posée. Il est resté sur ses fondamentaux. Faire du bouclier fiscal un dogme alors qu'on rabote les niches fiscales, c'est faire payer les classes moyennes : pour celui qui est déjà au maximum, la fin des niches fiscales n'aura aucun effet. »wPROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LEROY ET MATTHIEU MILLECAMPS

Retraites : « Les 62 ans, nous n'y toucherons pas »

Nicolas Sarkozy a réaffirmé hier qu'il sera inflexible sur les mesures phares de sa réforme des retraites, à la veille de la présentation du projet de loi au Conseil des ministres. «Je dis : les 62 ans, nous n'y toucherons pas. Je dis : l'équilibre des cotisations public-privé, c'est une question de justice. On ne peut pas y toucher. » Interviewé par David Pujadas sur France 2 hier, Nicolas Sarkozy est resté droit dans ses bottes sur les mesures les plus symboliques du projet de loi sur la réforme des retraites présenté aujourd'hui au Conseil des ministres. Le chef de l'État a justifié le recul de l'âge légal, mesure la plus controversée du projet de réforme gouvernemental, en invoquant les exemples étrangers et la démographie. « Depuis 1950, nous avons gagné quinze années d'espérance de vie. Si on va vivre quinze années de plus, on peut comprendre qu'on va travailler deux années de plus », a-t-il estimé, rappelant que 10 % des pensions de retraites étaient actuellement financées par la dette. Face à la principale critique des syndicats et de l'opposition, qui déplorent une mesure touchant davantage les salariés modestes que les cadres, le Président a répondu que « la première injustice, c'est d'avoir un système où on n'a pas l'argent pour payer les pensions des retraités ». Manif « sans influence » Le gouvernement ne bougera pas non plus sur l'alignement du taux de cotisation des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, a prévenu Nicolas Sarkozy, ajoutant : « Sur le reste, nous serons très à l'écoute de ce que nous diront nos interlocuteurs. » Le président de la République a d'ailleurs rappelé les trois seuls volets sur lesquels il accepterait des évolutions de son projet de réforme : la prise en compte de la pénibilité, le dispositif de départs anticipés pour ceux qui ont commencé à travailler avant 18  ans et le cas particulier des polypensionnés, ces assurés pénalisés parce qu'ils relèvent de plusieurs régimes de retraite. Alors que les syndicats préparent déjà activement une « mobilisation massive » des salariés le 7 septembre, Nicolas Sarkozy a prévenu que cela ne ferait pas varier sa position. « Ce qui aura une influence, c'est l'idée que nous nous ferons de la justice, ce n'est pas l'importance des manifestations », a-t-il dit. Pour Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, Nicolas Sarkozy n'a « pas bougé d'un millimètre » dans le dossier des retraites en dépit de l'annonce de dialogue avec les syndicats. Même déception à la CFDT : « Le Président n'a absolument rien fait avancer, il est resté sourd aux injustices » , a jugé Jean-Louis Malys, chargé du dossier des retraites au sein du syndicat.w

Un ministre affaibli pour défendre le dossier

Le ministre du Travail, Éric Woerth, chargé de porter la réforme des retraites, emblématique du quinquennat de Nicolas Sarkozy, est de facto mis à mal par les rebondissements de l'affaire Bettencourt à laquelle son nom est mêlé. Nicolas Sarkozy l'a assuré hier sur France 2 : Éric Woerth, le ministre du Travail, défendra le projet de loi de réforme des retraites « selon le calendrier qui était prévu ». « Éric Woerth est un homme honnête, c'est un homme compétent, c'est un homme qui a toute ma confiance et celle du Premier ministre », a ajouté le président de la République tout en lui donnant un conseil : « Qu'il abandonne cette responsabilité de trésorier » de l'UMP. Mais les déjà nombreux soubresauts de l'affaire Bettencourt ont fragilisé le ministre. Des soubresauts dont les syndicats veulent officiellement rester à l'écart. « On parle moins de la réforme des retraites », constate, amer, François Chérèque, le leader de la CFDT. De toute façon, note Éric Aubin, chargé des retraites à la CGT, « c'est l'Élysée qui conduit le dossier » et les ennuis d'Éric Woerth « ne vont pas changer la donne ». Un point de vue partagé par Jérôme Fourquet, de l'Ifop, pour qui « ce n'est pas Éric Woerth qui a les cartes en main » . Sur le projet lui-même, des scénarios d'évolution s'esquissent dont l'un avancé par un ancien numéro deux de la CFDT selon lequel le Président pourrait écorner le bouclier fiscal et taxer les banques afin de conforter ses chances pour une réélection en 2012. Le président est « très habile pour prendre tout le monde à contre-pied », note la même source. Quoi qu'il en soit, il reste au moins une certitude, celle d'une grande manifestation de tous les syndicats, y compris FO qui faisait cavalier seul ces derniers mois, le 7 septembre. Ce sera le premier jour du débat sur les retraites à l'Assemblée nationale. w


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