Jean Ferrat : le poète avait toujours raison
Publié le dimanche 14 mars 2010 à 06h00
Le chanteur est décédé hier à l'âge de 79 ans. Un artiste profond, humaniste, engagé, compagnon de route du Parti communiste et admirateur du poète Aragon.
PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Dis quand reviendras-tu, était-on tenté de lui demander ces dernières années. La journée s'ennuage d'ombres noires. Jean Ferrat ne reviendra plus. Il s'est retiré. Définitivement. Comme tout le monde quand la grande Faucheuse le décide. C'était pourtant beau la vie avec lui. Il serait vain de crier à l'injustice. Il n'a pas le droit de nous laisser et de nous priver de son souffle et de ses engagements. Il manque déjà. Follement, éperdument. Un artiste incroyablement populaire, mais le contraire d'une star.
Le visage, illuminé par une moustache rieuse, était pétri de ténacité autant que d'incommensurable tendresse. Symbole d'une humanité riche et brûlante. Il avait le don de la justesse et de la discrétion, la finesse du verbe et du rythme, l'ardente poésie du sentiment anarchiste. Son oeuvre touche à l'essentiel. Ce ne sont pas que des chansons précises et vibrantes, ce sont des actes de foi, de résistance, des denrées impérissables, des hymnes à l'amitié, la fraternité et au partage. Entendre aussi par là : un goût du bonheur immédiat et une exigence de liberté sans concession.
Jean Ferrat a incarné tout au long de sa vie notre patrimoine, nos espoirs, nos révoltes, nos rêves, nos déchirements. Un porte-voix subtil et profond d'une génération. Il avait aussi cette capacité rare et merveilleuse de provoquer l'émotion. Ce qui est, sans conteste, la finalité de l'art.
Drôle de coïncidence. Alors qu'on parle beaucoup actuellement de la rafle du Vel d'Hiv, Jean Tenenbaum - son vrai patronyme - n'a pas été un rescapé de ce triste pan de l'Histoire Mais son père, juif émigré de Russie, a été déporté dans le camp d'Auschwitz. Une tragédie indélébile pour un enfant de 11 ans.
Plus tard, il saura trouver les mots. Toujours en chanson. D'abord avec Nuit et Brouillard, non diffusée par les radios en 1963 ( « Ils étaient vingt et cent/Ils étaient des milliers/Nus et maigres dans leurs wagons plombés... »), ensuite avec la moins célèbre mais tout aussi percutante Nul ne guérit de son enfance (« Le vent violent de l'Histoire allait disperser à vau l'eau notre jeunesse dérisoire/Changer nos rires en sanglots... »).
En 1954, Jean Ferrat abandonne le laboratoire de chimie du bâtiment dont il était employé pour passer ses premières auditions dans les cabarets parisiens.
Met en musique, deux ans plus tard, un poème d'Aragon (Les Yeux d'Elsa) pour André Claveau. Et connaît ses premiers succès scéniques en 1961 avec Ma môme et Deux enfants au soleil.
Rapidement, une partie de son répertoire est motivée par la lutte contre toute forme d'oppression. Il écrit Potemkine, chanson à la gloire des marins du cuirassé de la mer Noire ; Ma France où il s'attaque aux gouvernants (« Cet air de liberté dont vous usurpez aujourd'hui le prestige ») ; Un air de liberté sur la fin de la guerre du Vietnam. À chaque fois, il connaît la censure. Si bien que dans un titre ironique, il dira : « Quand on n'interdira plus mes chansons, je serai bon à jeter sous les ponts ».
Mais son oeuvre va aussi au-delà de ça. Elle embrasse notamment Aragon et regorge d'innombrables pépites ( Les Cerisiers, J'imagine, Maria, Que serais-je sans toi, Aimer à perdre la raison, La montagne ...). Sans oublier Mon vieux offert à Daniel Guichard.
Il quitte la scène en 1972, rompt peu à peu avec le métier et organise sa vie à sa guise dans son Ardèche d'adoption. Ce qui ne va pas l'empêcher de pousser ici et là, au début des années 2000, des colères à l'encontre des médias. Selon Ferrat, ceux-ci négligent volontairement de nombreux artistes français au profit d'une variété commerciale. Il prend en particulier la défense d'Isabelle Aubret, emblème d'une chanson française trop rare. Comment lui donner tort ?
Malgré sa retraite artistique, il continuait à toucher le public. Un mois après sa sortie en octobre 2009, sa dernière compilation avait été certifiée disque de platine. Tout passe, tout lasse, tout fout le camp mais pas les divines et éternelles chansons de Jean Ferrat.w
Jean Ferrat a écrit pour vous (« Une femme honnête », « La fête aux copains »). Quand l'avez-vous rencontré pour la première fois ? >> Je ne m'en souviens plus, mais je pense que c'est grâce à Jacques Canetti. On s'est rencontré parce qu'on devait se rencontrer. On pensait les mêmes choses, on faisait partie de la même famille. Nous avons défendu la poésie, la littérature, des idées. Vous êtes une femme libre. Lui l'était aussi... >> Absolument. Il était libre, fervent et tourné vers le bonheur des autres. Il ne se regardait pas le nombril. Que vous renvoyait-il ? >> D'abord, il était très beau. Il avait aussi une voix troublante et merveilleuse. C'est quelqu'un qui a fait entrer la poésie dans ce qu'on appelle maintenant les masses populaires. Il l'a rendue accessible. Quelle est, selon vous, la chanson la plus marquante ? >> À part La montagne qui est une chose magnifique, ce sont toutes les chansons d'Aragon bien sûr. Elles sont immenses. Il manquait ces dernières années... >> Il manquera toujours. C'était quelqu'un d'extraordinairement fort et doux à la fois. Il a toujours eu un sens de la communication extrêmement tendre et chaleureux. Allez-vous lui rendre hommage au cours d'un de vos prochains récitals ? >> Non, je ne pense pas. Il faut le laisser défendre les choses qu'il a toujours défendues seul. Cela continuera. Il restera vivant très longtemps.wPROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY



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sainte justice : Plus de 40% des soit disantes "Réformes" de L'U M P depuis...
jsr : ...
emilie06 : Veuillez s’il vous plait rectifier certaines confusions...
contribuable : ça arrangerait il le LOSC qui n'aurait pas le "stade...