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Présidence de la HALDE : Longuet sous le vent de la polémique

Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat. Photo : AFP. Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat. Photo : AFP.

Gérard Longuet a déclenché une polémique en jugeant préférable de nommer à la Halde quelqu'un du «corps français traditionnel» plutôt que le socialiste Malek Boutih, dont le nom circule avec insistance pour remplacer Louis Schweitzer.


M. Boutih est « un homme de grande qualité mais ce n'est pas le bon personnage » pour présider la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, a déclaré le patron des sénateurs UMP, invité mercredi de « Questions d'Info LCP/France Info/AFP ».

« Parce qu'il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes »

A la question de savoir pourquoi M. Boutih ne correspondait pas, à ses yeux, au poste, il a répondu : « Parce qu'il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. Si vous voulez, les vieux Bretons et les vieux Lorrains - qui sont d'ailleurs en général Italiens ou Marocains - doivent faire l'effort sur eux-mêmes de s'ouvrir à l'extérieur ». « Si vous mettez quelqu'un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l'opération », a insisté M. Longuet.

Condamnations et consternation

Le PS, par la voix de son numéro deux, Harlem Désir, s'est aussitôt dit « scandalisé » par ces propos, demandant à l'UMP de les « condamner immédiatement avec la plus grande fermeté et à M. Longuet de présenter des excuses publiques à Malek Boutih ». « Ces propos sont, bien plus qu'un dérapage, une véritable théorie raciale totalement contraire à l'idée de la Nation républicaine et à l'égalité des droits entre les citoyens de toutes origines », a affirmé l'eurodéputé en estimant que de telles assertions méritaient une saisine de la Halde.

Fustigeant également des propos « d'un autre siècle », le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a jugé sur Public Sénat que « le rapport de la droite à l'immigration est consternant ».

Faouzi Lamdaoui, membre du Conseil national du PS, a demandé à Nicolas Sarkozy « de prendre toutes les mesures pour mettre fin au déchaînement d'un racisme décontracté, devenu le "sport" préféré d'un pan entier de la droite française ».

« Ce n'est plus un dérapage, c'est une chute libre », a réagi le PCF.

Même indignation du côté de SOS Racisme: « La vision véhiculée par M. Longuet (...) montre la conception ethnique qu'il s'en fait et qui rappelle la France de Maurras en contradiction avec la France républicaine qu'il est censé incarner », a dénoncé l'association antiraciste.

L'association Tjenbé Rèd de lutte contre les racismes, les homophobies et le sida juge que « cette logique Shadok masque mal un retour du refoulé assez évident chez un ancien militant d'extrême droite et M. Longuet pourrait utilement, soit déclarer plus clairement qu'il a du mal à digérer qu'un "bougnoule" puisse diriger une institution française, soit retirer ses propos manifestement incompatibles avec les valeurs républicaines ».

Longuet est « désolé d'avoir choqué », mais persiste

Dans un communiqué publié en fin d'après-midi, mercredi, Gérard Longuet n'a pas retiré ses propos tout en se disant « désolé d'avoir choqué (son) compatriote Harlem Désir, tout comme » il est « désolé d'avoir sans doute choqué Malek Boutih dont (il) a reconnu volontiers les qualités personnelles ». « J'ai simplement exprimé le désir que l'ouverture d'esprit soit portée par une personnalité moins politique et parfaitement sereine en qui puissent et doivent se reconnaître tous nos compatriotes dans leur diversité et dans leur unité », a-t-il ajouté.

« Etre militant socialiste n'est certes pas un obstacle, mais ce n'est pas non plus un droit pour exercer une mission nationale à la Halde ou ailleurs », a souligné M. Longuet.

Lefebvre désavoue Longuet

Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a jugé jeudi « plutôt regrettables » les propos de Gérard Longuet sur l'éventuelle nomination du socialiste Malek Boutih à la tête de la Halde, estimant toutefois
que les expressions qu'il avait employées n'étaient « pas très compréhensibles ». « D'abord j'ai pas compris grand chose de ce qu'il a dit, ensuite je considère que c'est plutôt regrettable », a déclaré M. Lefebvre interrogé sur France 2 sur les déclarations du président du groupe UMP au Sénat qui ont provoqué une levée de boucliers dans l'opposition. Il a souligné que M. Longuet avait « lui-même dit que c'était une
maladresse ». Il a accusé les socialistes de vouloir, à quelques jours du 1er tour des régionales « faire une nouvelle polémique pour essayer de masquer leur bilan qui est catastrophique dans les régions et le fait qu'ils n'ont aucun projet à proposer ».

Borloo : Malek Boutih a « le bon profil »


Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a estimé jeudi matin que le socialiste Malek Boutih avait le « bon profil » pour prendre la tête de la Halde, jugeant « rassurant » que Gérard Longuet se soit excusé pour ses propos « malheureux » à l'égard de celui-ci. « Je connais bien Malek Boutih, je l'apprécie énormément » a affirmé M. Borloo sur France info, ajoutant : « Je trouve qu'il a le bon profil » pour diriger la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité. « Ce n'est pas le seul, mais c'est évidemment quelqu'un qui a à la fois la culture initiale du militantisme et en même temps il a pris de la sérénité et de
la tranquillité, et moi j'ai beaucoup d'estime pour lui », a poursuivi le ministre.

« Ce qui me rassure, c'est qu'il a dit qu'il était désolé, que c'était une expression malheureuse », a déclaré Jean-Louis Borloo, selon lequel le fait que Malek Boutih soit socialiste n'est pas un obstacle à son éventuelle nomination. « Sincèrement, je ne crois pas. Quand on accepte d'être nommé à la tête d'une institution comme elle-là, on prend évidemment le rôle de l'institution et on quitte évidemment son habit partisan antérieur, même si on garde ses convictions », a-t-il conclu.

Cohn-Bendit : le sénateur UMP « retrouve son histoire »


Daniel Cohn-Bendit (Verts, Europe Ecologie) a estimé jeudi qu'avec ses déclarations sur Malek Boutih, Gérard Longuet « retrouve son histoire qui n'était peut-être pas la plus belle », faisant allusion au passé
de militant d'extrême droite de M. Longuet. « Ce langage de Gérard Longuet je le trouve triste », a déclaré M. Cohn-Bendit sur Europe 1 estimant que le sénateur de la Meuse retrouve avec de tels propos
« son histoire qui n'était peut-être pas la plus belle ». M. Longuet a milité dans sa jeunesse à l'extrême droite.

Co-fondateur d'Occident

Il a notamment participé en 1964, avec Alain Madelin et Patrick Devedjian, à la fondation d'Occident. En 1965 il avait soutenu la candidature à la présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour, l'avocat de l'OAS.
« Je ne sais pas ce que c'est que le corps traditionnel français. La République est une et indivisible et donc il faut que ce soit quelqu'un de cette République une et indivisible, une personne de consensus, qui soit à la tête de la Halde », a aussi estimé le leader d'Europe Ecologie. « Je ne comprends pas l'UMP », a-t-il dit accusant son secrétaire général Xavier Bertrand « d'avoir couvert les dérapages » de certains candidats aux régionales de son parti en Ile-de-France, notamment contre le socialiste Ali Soumaré.

Yazid Sabeg : Longuet n'est pas « un raciste »

Le commissaire à la Diversité Yazid Sabeg a pour sa part pris la défense de Gérard Longuet estimant que le sénateur UMP n'était pas un « raciste primaire », dans un entretien mercredi soir avec Public Sénat.
« Je connais très bien Gérard Longuet : c'est tout sauf un raciste primaire », a déclaré M. Sabeg se disant « pas choqué » par les propos du patron des sénateurs UMP qui, selon lui, « n'a pas porté atteinte aux valeurs » de Malek Boutih donné pour probable successeur de Louis Schweitzer à la tête de la Halde.

Pour M. Sabeg, le sénateur « a voulu indiquer qu'il n'y a pas de fatalité que le président de la Halde, le ministre de la Ville, le commissaire à la Diversité soient fatalement issus d'une minorité ». « Il n'y pas de fatalité que le président d'une institution chargée de lutter contre les discriminations émane forcément d'une minorité discriminée. C'est ce qu'il a voulu dire. Il ne faut pas non plus que les ministres qui occupent des postes régaliens soient toujours issus de la même origine ou de la même culture », a poursuivi M. Sabeg en concluant: « Je suis de son avis sur ce plan ».

La Licra accuse Longuet de « réhabiliter le statut révolu d'indigène au coeur de notre République »

Par ailleurs, la Licra a estimé jeudi dans un communiqué que les propos « racistes et discriminatoires » de M. Longuet, malgré ses excuses, ne devaient pas rester « sans suite ». « Le sénateur Gérard Longuet ne fait rien de plus que réhabiliter en 2010, par ses déclarations, le statut révolu d'indigène au coeur de notre République, état conféré à tous ceux qui n'appartiendraient pas au "corps français traditionnel", ceux "extérieurs" à la communauté française », a dénoncé l'association antiraciste.

Le Pen père approuve, mais soupçonne une tentative de « récupérer » les voix FN

Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a approuvé jeudi les propos de Gérard Longuet sur Malek Boutih, soupçonnant toutefois « un petit signal lancé » par l'UMP « pour récupérer quelques voix du
Front national », alors que Nicolas Sarkozy « poursuit son ouverture à gauche ». « Je suis d'accord avec cette déclaration, ça me paraît normal », a affirmé M. Le Pen invité de RMC et BFM-TV. « M. Malek Boutih est un homme d'origine immigrée on le sait », a-t-il dit. « Que ce soit M. Longuet qui le dise c'est peut-être un petit signal qui est lancé pour essayer de récupérer quelques voix du Front national », alors que le
président de la République « continue son ouverture à gauche d'une façon systématique », a-t-il estimé.

« On dirait que M. Sarkozy a un complexe de ce côté-là, il est amoureux de la gauche ou quoi! », a lancé M. Le Pen jugeant que les électeurs UMP sont les « cocus » de la politique d'ouverture. Pour le leader du FN, le mieux serait de « supprimer la Halde » comme d'ailleurs « ces organisations dotées de pouvoirs exorbitants de poursuite et de dénonciation, comme SOS Racisme, le Mrap, etc ». Il faut, selon lui, leur retirer
le soutien financier « de l'Etat, des régions, des départements ».

Le Pen fille demande la suppression de la HALDE

Invité de LCI, Marine Le Pen a également demandé la suppression de la Halde, « un organisme d'idéologues fous » mis en place pour « imposer la discrimination positive partout ». Selon elle, « la montée très grave des discriminations » se trouve « dans les quartiers difficiles, où il n'est pas bon être blanc, femme, juif, ou homosexuel, et cela la Halde n'en parle jamais ». « A chaque fois qu'un poste se libère, eh bien Nicolas Sarkozy y met un socialiste », a-t-elle aussi dit, estimant que le chef de l'Etat « humilie volontairement les électeurs qui ont voté pour lui en 2007 ».


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