Cinq journalistes seuls face aux réseaux sociaux
Publié le dimanche 07 février 2010 à 06h00
Cinq journalistes francophones se sont « cloîtrés » pendant une semaine avec pour seule connexion avec le monde les sites Twitter et Facebook. Ils ont relaté sur un blog commun les informations qui leur sont parvenues.
Confrontation avec la réalité et bilan de l'expérience.
MAGALIE GHU > magalie.ghu@nordeclair.fr
Lundi. L'un des journalistes cloîtrés, Benjamin Muller, de France Info, commence la semaine sur une note assez positive. Il dit avoir eu vent sur Twitter et Facebook des informations suivantes : « Gérard Depardieu qui apporte son soutien à Georges Frêche, les "experts" d'Omesta champions d'Europe ou encore les résultats des grammys ». Et de conclure : « Les titres de l'actualité sur France Info étaient à peu près les mêmes. Intéressant, ce premier constat. Le décalage est moindre... » Sauf qu'il est tout de même passé à côté de l'ouverture du procès du crash du Concorde, de la saisie record de sept tonnes de cannabis en région parisienne, et de la décision de Barack Obama de renoncer à la Lune.
Mardi. Anne-Paule Martin, de la télévision suisse RSR, note que l'opération elle-même accélère la publication de « hoax » (rumeur) sur Twitter : « On m'a envoyé des messages selon lesquels Michel Sardou était mort », raconte-t-elle. Une info évidemment fausse.
Nicolas Willems, de la RTBF, fait, lui, le tour des informations qu'il a pu récolter : « L'arrêt de travail au sein de l'agence Belga, les chutes de neige en Belgique, le sort de l'otage français en Somalie ». Même s'il note un « triplement des fausses informations dans le but de nous induire en erreur », le journaliste relève quelques « découvertes pertinentes » : « Plusieurs tweets relatent les manifestations anti-Poutine le week-end dernier. L'opposition est fermement muselée en Russie. Les médias relatent très rarement les manifestations contre le pouvoir russe ».
Mercredi. C'est ce jour-là qu'un véritable cas d'école se présente aux cinq journalistes. Twitter est débordé de messages du type : « Explosion d'une centrale nucléaire à Lille », « Un immeuble a explosé à Ronchin », etc. « Dans la foulée, un groupe Facebook s'est même créé (Boum du 2 février) attirant, en moins d'une heure, près de 750 membres. Chacun y est allé de son hypothèse mais sans la moindre vérification... et sans le conditionnel », note Nour-Eddine Zidane, de France Inter. En réalité, il s'agit d'un avion militaire qui a passé le mur du son. Et c'est la mise en ligne de liens vers la presse locale (dont Nord éclair) qui permettra de dénouer l'énigme.
Ce même jour, Anne-Paule Martin a bien entendu parler de la liste de fraudeurs du fisc mise en vente en Allemagne, mais impossible de savoir si le gouvernement l'a achetée ou pas. En réalité, la nouvelle du rachat était tombée mardi.
Jeudi. « Mes réseaux sociaux ont réagi à la publication sur Internet du texte de Yann Moix. Un texte intitulé "J'aime Polanski et je hais la Suisse" », écrit Marie-Paule Martin. Les cinq journalistes notent que deux groupes se créent sur Facebook en un éclair, réunissant plus de 12 000 membres. Visiblement c'est cette information qui obnubile les utilisateurs des réseaux sociaux ce jour-là. Pas de trace, dans ce que relèvent les journalistes, de la création du service civique ou de la rencontre entre Sarkozy et Merkel.
Vendredi. L'expérience touche à sa fin et l'heure est au bilan. Premier enseignement pour Nicolas Willems, en prenant connaissance des titres des journaux : les cinq journalistes n'étaient absolument pas au courant de certains de ceux-ci. Cependant, les réseaux sociaux ont un intérêt indéniable, comme le souligne l'histoire, prise en exemple par Anne-Paul Martin, de ce journaliste Haïtien Carel Pedre qui, grâce à Twitter, a pu « informer le monde, rassurer les proches et lever des fonds ». Janic Tremblay, de Radio Canada, souligne, lui, que « Twitter reste un formidable outil d'alerte ». Toutefois, pour les journalistes, l'histoire du « Boum de Lille », par exemple, montre à quel point les infos relayées par ces réseaux sociaux sont à prendre avec des pincettes. « La mise en perspective des informations manque véritablement : il y a de l'anecdote, du mot d'esprit, de la vraie information, mais c'est difficile de trier », relève Nour-Eddine Zidane. Constat qui repose la question de l'importance du métier de journaliste. w


![[AUDIO] Immigration : France Terre d'Asile dénonce «l'inefficacité de l'inflation législative»](/mediastore/img/contenu/no_interview.jpg)



citospopulos : Pour ma part je pense qu'l y a toujours des personnes...
citospopulos : oui pour une nouvelle forme de police de proximité...
jeanjean59 : message pour Claire : Bravo pour votre "enfarinage"...