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Travail et handicap : le redémarrage à zéro

Un poste de travail équipé d'un clavier pour mal- et non-voyants au conseil régional de Basse-Normandie, à Caen.Photo AFP Un poste de travail équipé d'un clavier pour mal- et non-voyants au conseil régional de Basse-Normandie, à Caen.Photo AFP

Quand on a connu une première vie de « valide », reprendre le travail avec un handicap nécessite souvent de changer de poste, voire de métier. Ce parcours ardu peut prendre des années, témoignent responsables associatifs et personnes handicapées à l'occasion de la treizième semaine pour l'emploi des handicapés qui débute aujourd'hui.




Cela semble évident mais Thierry Delerce, directeur interdépartemental de l'Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt) à Lyon, tient à le rappeler : « Une grande majorité des travailleurs handicapés ne l'est pas de naissance mais le devient après un accident ou une maladie. » « Après la période de soins, vient l'envie de reprendre le travail, donc une "vie normale" », poursuit-il, tandis que des aides financières complètent généralement les revenus, de façon très variable selon la gravité et l'origine du handicap. Mais « la reprise est une aventure », souvent tortueuse. « L'aspect "redémarrage à zéro" n'est pas sécurisant » , insiste-t-il.


« Toujours plus »
Privé de l'usage d'une main alors qu'il dirigeait un salon de coiffure, Claude Thorès a dû renoncer à son métier après quatre ans de rééducation. Soucieux de « continuer à faire quelque chose », il sera clerc d'huissier pendant six ans, bien que cet emploi « tristounet » ne lui convienne pas. « Quand un problème de santé nous tombe dessus, on est un peu désorienté. On met énormément de temps à savoir comment on va se diriger », explique ce Lyonnais de 51 ans, qui vient d'entamer une reconversion « dans l'événementiel », accompagné par l'Adapt.
Mêmes tâtonnements pour Nicole Malecki, 41 ans. Handicapée depuis 1999 par son mal de dos, elle est d'abord restée dans l'hypermarché qui l'employait, au rayon fruits et légumes, puis en a claqué la porte dix ans plus tard pour suivre une formation d'agent d'accueil. À l'origine de son changement de cap, un premier accident de travail en 2005, avec de lourdes séquelles, puis un deuxième en 2008. « Mon poste était théoriquement adapté à mon handicap mais on me demandait toujours des choses en plus. En portant un carton lourd, mon épaule a lâché », raconte-t-elle.
Pour Thierry Delerce, l'histoire de Nicole illustre la nécessité pour les entreprises de « s'adapter aux capacités » de leurs employés au quotidien, seul moyen de respecter leur quota légal de 6 % de travailleurs handicapés, sous peine de lourdes sanctions financières (lire ci-dessous). Au fil du temps et des réorganisations, il leur faut également « tenir compte des difficultés d'adaptation de certaines personnes, notamment celles qui ont des problèmes cognitifs », ajoute Anne-Laure Moal, ergothérapeute à l'Adapt.
Certains employeurs le font, comme celui de Fabrice Pleux. Gravement blessé à la tête dans un accident de moto, l'ancien technicien se dit « heureux » des efforts déployés par son entreprise pour lui conserver des tâches précises, malgré les restructurations. « Sans cela, je ne me serais trouvé qu'avec des handicapés, dans un centre spécial. Là, je fréquente des gens normaux et, souligne-t-il, c'est ce qu'il me faut. »w

Des sanctions comprises entre 400 et 600 fois le smic horaire

Près de cinq ans après la loi sur le handicap, les entreprises sont toujours loin d'atteindre le quota de 6 % de travailleurs handicapés alors qu'un certain nombre d'entre elles risque de se voir lourdement sanctionné à partir de 2010. Selon Sylvain Niel, avocat spécialisé en droit social et président du Cercle des directeurs de ressources humaines, « u ne très grande partie des entreprises ne sont pas du tout à jour » sur le quota légal de 6 % de salariés handicapés (à partir de 20 employés) qui existe depuis 1987. Pourtant, depuis la loi Handicap de 2005, les sanctions contre les entreprises sont lourdes : selon la taille de l'établissement, entre 400 et 600 fois le smic horaire par salarié manquant. Pour y échapper, les employeurs peuvent signer des accords spécifiques avec les syndicats illustrant leur bonne volonté en matière de recrutements, de formation, d'accessibilité. Mais, à partir de 2010, ceux qui n'auront engagé aucune action, même minime, en faveur des personnes handicapées verront leurs sanctions multipliées par trois (1). Selon Pierre Blanc, directeur général de l'Agefiph, le fonds qui gère les sommes provenant des pénalités, environ 6 000 entreprises sur les 126 000 concernées par « l'obligation d'emploi de travailleurs handicapés » devraient tomber sous le coup des sanctions. Les plus grandes entreprises devraient les éviter car elles « ont pour la plupart négocié un accord » , juge Me Niel. Mais les petites entreprises sont en mauvaise posture à l'approche de la hausse des sanctions, affirme Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la Confédération générale des PME (CGPME). Elles « vont être très lourdement pénalisées » et « certaines vont mettre la clé sous la porte », s'inquiète-t-il. « 1 500 fois le smic, ce n'est pas tenable » , confirme Pierre Blanc, de l'Agefiph, qui espère que l'effet dissuasif poussera les entreprises à agir.w Pour une entreprise de 50 salariés qui n'emploie pas les trois personnes handicapées qu'elle devrait, la pénalité sera de 30 000 E contre 10 000 actuellement.


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